Le restaurant populaire

De nouveaux horizons culinaires – hybridations et activisme

Retrouvez chaque mois sur le site de l’OCPOP un projet culinaire original au croisement de la street food et des nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, extrait du mémoire d’Audrey Harlange.

Retrouvez également dans le dossier « Restaurant populaire » tous les exemples répertoriés sur la street food.

StreetFood2L’espace public se repense, se remanie, se réinvente. La ville devient le creuset d’aménagements vivants qui suscitent des interactions communautaires et valorisent des lieux de vie collectifs. Terrain privilégié de toute une génération d’artistes, elle donne lieu à des formes d’appropriation qui dénotent un certain activisme et préfigurent de nouveaux usages de l’espace public.

Témoignant d’une ‘fonctionnalité augmentée’ de l’art, de son engagement social et démocratique, ces interventions rejaillissent positivement sur le quotidien des citadins comme sur la perception et l’image de la ville. City mine[1], un réseau actif notamment à Bruxelles et Berlin et composé de jardiniers urbains, bricoleurs, urbanistes, cuisiniers, etc, considère la créativité comme un moyen de rendre la vie quotidienne de la ville plus agréable.

A mesure que l’espace public s’investit et se ‘multidimensionnalise’, les pratiques artistiques s’ouvrent et s’hybrident. L’évolution du collectif EXYZT, composé au départ d’architectes uniquement, traduit entre autres cette orientation nouvelle. Rassemblant aujourd’hui graphistes, constructeurs, photographes, jardiniers, vidéastes et cuisiniers, il défend l’idée que l’architecture s’envisage comme « un outil ou un véhicule qui invite les compétences et les savoir-faire d’une société pour déclencher et expérimenter d’autres formes d’habiter et construire ensemble »[2].

Il se crée davantage de ponts entre les pratiques. Arts plastiques, urbains, architecture et ‘arts de la subsistance’ se croisent et s’enrichissent mutuellement, donnant à voir des dispositifs autonomes, nomades et insolites qui se déploient dans l’espace public.

Différents projets, présentés pour certains lors de l’exposition « Ma cantine en ville »[3] à la galerie VIA[4] (Paris), reflètent à mon sens ce brassage et les ‘interférences constructives’ qu’il génère.

Au-delà du désir de reconquérir l’espace public et de lui attribuer des saveurs et des odeurs, ces créations soulèvent intrinsèquement la question de « comment se nourrir en ville, mieux et de manière responsable? »

Dans un contexte agité par la crise économique, les désordres environnementaux et les scandales générés par l’industrie agro-alimentaire, une vague de réflexion autour des moyens de subsistance s’est propagée, entraînant l’éclosion de nombreux actes et projets engagés.

De la même manière qu’un désir accru de reprendre possession de l’espace public et de renouer avec des formes de convivialité se manifeste, il s’exprime une volonté d’autant plus forte de retrouver une maîtrise et un contrôle de sa nourriture.

L’urban farming (agriculture urbaine) est une pratique initiée à Détroit – une shrinking city désertée suite à la crise automobile – qui a fait naître dans son sillon toute une série d’initiatives et de mouvements activistes qui prônent la biodiversité en ville et l’amélioration du cadre de vie. Des initiatives qui permettent à chacun d’agir sur son environnement à travers un acte poétique et de participer à la construction commune de ‘cultures partagées’.

Dans les creux de la ville comme dans des lieux d’abord dénués de vie et d’intérêt, des végétaux s’immiscent, des tuteurs se dressent, des jardins potagers se créent. L’espace public se perçoit dès lors comme un patrimoine collectif dont chacun est responsable.

L’auteur a dressé un panorama d’initiatives de ce type, chacune s’inscrivant dans une démarche solidaire et sensible; les unes mettent en scène des pratiques alimentaires alternatives et réapprivoisées, tandis que d’autres, trouvant leurs origines dans le garden city mouvement (mouvement des cités‐jardins)[5], l’urban farming ou le guerrilla gardening – un mouvement qui suit une dynamique similaire de réappropriation de l’espace urbain – sensibilisent à la préservation de la biodiversité en ville comme à un accès pour tous à des ressources alimentaires de base.

 

A PROPOS DE L’AUTEUR – Coordinatrice du projet artistique Kollisions partagé entre Bruxelles et Berlin, Audrey Harlange porte depuis longtemps un intérêt prononcé pour les pratiques éphémères. Elle se met à explorer l’aliment comme médium artistique et entame en 2013 un master en design culinaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.  Après un travail de fin d’études et une première publication consacrés au street art, à la street food et aux nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, elle crée le collectif Frisko en collaboration avec une artiste et chef originaire du Japon, Suzuna Yamashita. Suivant une approche fusion, mêlant souvent traditions culinaires japonaises, nouvelle gastronomie européenne et street food, elles réalisent, sous le nom de ‘food tailors’, des installations spécifiques et des performances ‘sur mesure’ pour différents collectifs d’artistes et lieux d’exposition – Spores insideout/Compagnie L’Indiscrète, Tetra/Centre culturel Jacques Franck, Les espèces altérées/La Ruche,…

[1] Pour en savoir plus : http://www.citymined.org/

[2]«  Par qui et comment se construit la place publique?”, De l’aire, 2009-2012 http://www.delaire.eu/coordination-de-projets/sur-la-place-publique-vercors

[4] Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement http://www.via.fr/

Do you want to be contacted?

You will be contacted soon