Les Placards

Premiers regards sur nos placards

placardSur la base des premières réponses à notre enquête sur nos placards en cuisine, 23 questionnaires et 100 photos, nous pouvons déjà dégager un certain nombre d‘observations (1). Balise de notre quotidien, les placards de cuisines rythment notre nourriture. L’épicerie et les produits s’y accumulent pour nous permettre de faire face à nos envies et nos habitudes en cuisine. Mais que renferment-t-ils réellement ? Sont ils rangés ou à l’image de nos envies de désordre ? Ils sont le témoin de notre nourriture quotidienne et de nos repas de fêtes. Cette enquête est en cours et deviendra de plus en plus pertinente au fur et mesure de nouvelles réponses, mais nous pouvons déjà voir apparaître plusieurs constantes, donnant une image de nos réserves en cuisine.

 

Parler de son ou ses placards en cuisine soulève une ambiguïté sur l’intimité, la représentation sociale. Plusieurs informateurs ayant déjà répondu ou promettant une réponse, avouent implicitement dans leur discours une certaine gêne, une certaine timidité face à la familiarité de leurs choix alimentaires. “Je ne suis pas un grand cuisinier. Tout ce qu’il y a dans mon placard n’a rien d’extraordinaire”.  Ou encore “Je ne cuisine pas. De la semoule pré-cuite, des boîtes et des sucreries industrielles pour grignoter”.

Le placard de ces informateurs revêt une représentation sociale, où l’acte culinaire que laisse supposer les réserves, serait une image forte du niveau culturel. Plus simplement, parler et ouvrir son placard montre à voir l’investissement dans la cuisine comme acte fort de son niveau et de ses choix de vie. “Je ne suis pas très fier de ce que je mange. Je n’ai ni le temps, ni l’envie, je ne fais pas beaucoup d’efforts”.

A l’inverse, pour la grande majorité de nos informateurs, parler de son placard en cuisine, c’est exprimer avec une certaine fierté, sa capacité à choisir avec discernement son alimentation, pour le bon goût que l’on offre à sa famille et à ses amis. Parler de son placard est valorisant et permet de se montrer.

placIl existe un vrai plaisir à parler de ses placards.Les denrées alimentaires sont stockées dans un très grand placard à côté du frigo. Même si les produits ont tendance à coloniser les autres placards, voire le sous sol à certaines périodes de cuisine intense pour grands ou petits événements familiaux ou amicaux qui ne sont pas rares. En règle générale mes placards sont en désordre, toute la famille puise dedans et range dans les places vides sans aucune logique. Leur contenu est donc dans ma mémoire et elle est des plus incertaines. Cependant tous les mois je prends le taureau par les cornes et je fais le bilan des produits, dates de péremption, je range, je réorganise pour que tout finisse sens dessus dessous en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les placards sont remplis assez régulièrement, je dirais avec une fréquence hebdomadaire pour les produits basiques indispensables à une famille composée de 3 ados affamés. Cependant, j’achète très régulièrement des nouveaux produits glanés au gré de mes pérégrinations culinaires ou lors de mes voyages, dans les magasins spécialisés, les exotiques, les bios, les suédois, les italiens, les anglais. Et ils contiennent aussi des produits étranges que mes amis me ramènent de leurs voyages.

Deux groupes s’opposent à peu près à parts égales par le rangement du placard : ceux qui classent, et ceux qui empilent. Lorsque je remplis le placard, je mets les anciens devant : comme au supermarché (pour manger les plus anciens)”. Mais il semble, que même dans l’empilement, il existe toujours une forme de rangement. Dans la plupart des cas, quatre lieux organisent les placards :

  1. L’indispensable à la cuisine de tous les jours regroupant les bouteilles d’huile entamées, le ou les vinaigres, le sel, le moulin à poivre ou le poivre moulu, et une base d’assaisonnement composé suivant les informateurs, d’épices, de fonds lyophilisés, de sauce soja. “D’autres produits d’épicerie trônent également ça et là sur mon frigo ou sur mon plan de travail.” Pas forcément considéré comme un placard stricto sensu, cette base quotidienne semble être le métronome de la pratique alimentaire.
  2. La réserve des réserves, où se trouve ce qui est à la base de la cuisine comme épicerie sèche neuve ou entamée et refermée. Pâtes, huiles neuves, farine, boîtes de conserve…
  3. Le sucré. C’est le placard ou l’endroit dévolu au petit déjeuner et à la pâtisserie.
  4. Enfin, pour ceux qui indiquent posséder des conserves maison, un lieu privilégié, encore plus intime ou relevant une plus forte valeur affective, où sont mis en réserve confitures et bocaux provenant de la production maison, familiale ou amicale. Plusieurs fois citées, si les conserves sont reçues en cadeau, des informateurs avouent tenir à ces conserves maison données, sans pour autant vraiment les utiliser. “Ce sont celles que je reçois de mon père et de ma grand-mère. Deux pots de confitures qui sont la production de l’année, et quelques conserves de coulis de tomates jamais touchées, trop difficiles si ce n’est impossible à ouvrir.”

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Si le placard possède la capacité à suivre et fournir la nourriture de tous les jours, il est aussi pour les ¾ de nos informateurs à la base de l’impromptu, prévu et mis en réserve. “Je ne suis jamais prise au dépourvu, pouvant rester 15 jours, voire un mois sans faire de courses si je suis seule. Il faut dire que la maison est toujours pleine et que je dois faire face à n’importe quel moment pour un dîner ou un apéro.

Les placards en cuisine montrent dans 8 cas sur 23 une forte relation à la transmission. Ils sont une manière de prolonger l’origine, l’éducation, les manières de faire de la famille. “Les placard, je crois que c’est ce que ma mère m’a transmis, plus que les recettes. Elle avait une pièce entière qui faisait office de « réserve », on l’appelle d’ailleurs toujours comme ça. Et je ne l’ai jamais vue prise au dépourvu quand mon père annonçait à 8h qu’il débarquait avec 8 personnes à dîner. Chez moi c’est un peu pareil, mais je n’ai qu’un placard… certes un gros placard. Donc j’ai de quoi tenir un siège.

Les photos de placards

dn-h50-maule-78-marie-3-enfants-3Les photos que nous avons pour l’instant recueillies permettent un regard sur l’abondance de tel ou tel produit. Ces fréquences, pas forcément très lisibles dans les questionnaires, sont mises en évidence sur ces photos. Elles semblent révélatrices d’habitudes d’achats et d’alimentations qu’il faudra, d’ici la fin de notre enquête, interroger. Les choix d’achat, l’apparition de nouvelles pratiques, les changements concernant le fait-maison, sont déjà au coeur du regard que nous pouvons porter.

Dans les relevés que nous vous donnons, nous n’avons pas pour l’instant essayer de classer les placards suivant les quatre catégories pré-citées. Les 34 informateurs ayant fait parvenir des photos, peuvent avoir de 1 à 5 placards. Nous avons pris comme base de calcul des pourcentages de présence, le nombre d’informateurs et non le nombre de photos. Fait remarquable, seul 27% des informateurs ont de la farine dont 22% de farine de sarrasin. Ce qui pourrait laisser supposer que peu d’informateurs utilisent ou ont en réserve de la farine pour la pâtisserie. A moins, que la farine ne soit achetée au coup par coup lors de l’utilisation et peu mise en réserve.

placards53% ont de l’huile en réserve, dont 50% d’huile d’olive (par ordre décroissant huile d’olive marque, artisan et/ou bio, marque distributeur), 33 % d’huile composée (7 sur 10 Isio4), nous pouvons aussi remarquer une bouteille d’huile de colza bio. Ce chiffre concerne les bouteilles d’huile en réserve, sans doute les utilisateurs gardent-ils leurs huiles entamées à proximité de leur table de cuisson. Fait remarquable dans le changement de nos habitudes alimentaires, 21% des informateurs possèdent de la sauce soja.

27 % des informateurs ont du Nutella entamé ou en réserve. Enfin, 21% des informateurs possèdent un placard réservé ou en parti occupé par des conserves maison, réunissant du confit de canard, des sauces tomates, des fruits au sirop ou à l’alcool et surtout des confitures.

placfCe regard photographique sur les placards, semble très révélateur de notre alimentation quotidienne. Le développer permettrait d’avoir une vision dynamique de nos désirs alimentaires. Il est important que vous sollicitiez votre entourage familial, professionnel et vos amis pour participer à cette enquête.

 

 

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : placards_premiersregards_eroux_ocpop

Notes :

(1) 23 questionnaires nous sont déjà parvenus, tous venant de zones urbaines, 10 en provenance de Paris et sa région, les autres, sont également répartis sur le territoire (2 à Lille, 1 à Montpellier, 2 à Bordeaux, 2 à Nantes, 3 à Lyon, 1 à Clermont-Ferrand, 2 à Marseille, 1 à Belfort). L’Est de la France est pour l‘instant sous-représenté. 20 nouveaux questionnaires sont attendus pour le début de l’année cherchant à mieux prendre en compte l’Est et le Nord de la France. Pour l‘instant ceux qui nous ont répondu, sont surtout de jeunes parents, 30 à 45 ans, avec 1 à 3 enfants, et plutôt des cadres. 4 informateurs sont des étudiants ou des jeunes travailleurs sans enfant, et 2 informateurs sont âgés de plus de 60 ans. 100 photos de placards nous sont pour l’instant parvenues.

 

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