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Comment bien manger pendant la période des fêtes pour rester en pleine forme ?

La période des fêtes peut s’étaler sur plusieurs semaines, les invitations de la famille et des amis se succédant à un rythme plus ou moins accéléré entre le début décembre et la mi-janvier. Le risque nutritionnel est alors d’augmenter l’apport calorique, car les aliments que nous mangeons pendant cette période sont souvent riches en graisses et sucres. La conséquence est souvent une augmentation de poids. Pour les personnes présentant un diabète ou des maladies cardiovasculaires, les conséquences peuvent être plus importantes comme un dérèglement de la régulation de la glycémie ou des troubles vasculaires.

De plus, nous sommes habitués à consommer une certaine quantité de graisses au cours des repas de l’année. Notre organisme s’y est habitué et est tout à fait capable de gérer cet apport de graisses. Au cours des repas de fêtes, nous allons par exemple doubler ou tripler cet apport et notre foie ne pourra fabriquer suffisamment de bile pour les digérer. Nous risquons alors une indigestion avec des nausées, voire des diarrhées qui gâcheraient notre plaisir.

Alors, comment manger sans excès, tout en se faisant plaisir, pendant cette période de festivités ?

Un repas de fêtes comprend plusieurs plats que nous allons analyser. Une entrée qui peut être très grasse comme le foie gras ou très maigre comme les crustacés ou le homard, la langouste et les langoustines. Si on mange du foie gras à un repas, essayons de consommer des crustacés à l’autre repas de fêtes.

Pour le plat principal, il peut s’agir d’un plat maigre comme de la dinde même farcie, du poulet ou de la pintade, voire du rosbif ou un plat gras comme un chapon, de l’oie ou des viandes farcies au foie gras. Il y aura probablement des fromages et un dessert plus ou moins enrichi en crème.

La stratégie du bien manger consiste dans un premier temps à évaluer grossièrement la quantité de graisses que l’on va consommer et dans un deuxième temps à faire un choix qui permet de ne pas en consommer une quantité trop importante pour éviter des troubles digestifs.

Si l’on mange du foie gras en entrée et une viande grasse en plat principal, on se passera de fromage et on prendra une part raisonnable de dessert. Si l’on connaît à l’avance le menu, on peut parfaitement orienter ses choix en fonction de son plaisir. Si le foie gras est le met que l’on préfère, on pourra s’en resservir une deuxième fois et réduire les quantités des autres plats.

Même stratégie pour les boissons alcoolisées. Bien sûr, il est agréable de boire plus d’alcool que d’habitude, mais votre foie ne sera pas forcement d’accord. Regardez combien vous buvez habituellement lors de repas chez des amis, ou quand vous invitez à dîner, et augmentez légèrement cette consommation (d’un à deux verres maximum). Si la différence devient trop importante pour votre foie qui détoxifie l’alcool, votre état d’ébriété surviendra vite et vous aurez des difficultés à passer une bonne soirée avec les autres. Surtout, ne buvez pas d’alcool sans manger quelque chose, l’alcool passerait dans le sang beaucoup plus vite et vous n’auriez pas le loisir de profiter pleinement de votre soirée.

Que manger après les fêtes ?

Les lendemains de fêtes sont souvent difficiles. La sensation la plus commune est celle d’avoir trop mangé et trop bu. C’est la fameuse gueule de bois. Manger ou boire n’est certainement pas la priorité du moment. Pourtant nous avons intérêt à continuer de manger et de boire de l’eau.
La consommation d’alcool en grande quantité entraîne rapidement une déshydratation que l’on ne ressent pas tout de suite. Des maux de tête vont survenir et une sensation de mal-être peut s’installer. La première mesure à prendre est celle de boire de l’eau. Beaucoup d’eau pour réhydrater son corps. Et c’est en buvant suffisamment que s’estomperont les symptômes comme les céphalées et les nausées. Il est souvent difficile de boire de l’eau froide. Il faut commencer par de petites quantités de tisanes ou de thé léger pour ne pas provoquer de réactions de contractions de l’estomac.

Pour l’alimentation solide, de petites quantités d’aliments maigres comme le jambon ou un poisson blanc pour un apport en protéines sont nécessaires. On pourra y ajouter une soupe et pour finir une compote. Quelques repas frugaux, mais bien équilibrés, permettront de retrouver la forme et de perdre les deux ou trois kilos pris pendant ces fêtes.

Continuer à se faire plaisir est important, mais savoir gérer ses écarts alimentaires aussi. N’oubliez pas de continuer à pratiquer un peu d’activité physique, qui permettra à votre corps de retrouver plus facilement une bonne régulation et récupérer son poids habituel.

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Par Patrick Serog. Mieux connaître Patrick.

Comment manger des fruits et légumes sans se ruiner ?

pexels-photo-375896 (1) » C’est bien joli de nous dire qu’il faut manger des fruits et des légumes à tous les repas mais c’est cher, ils ne se conservent pas, les enfants et mon mari ne les aiment pas. En plus il faut du temps pour les cuisiner et au final, j’en jette la moitié à la poubelle… » Pas facile de motiver les personnes réticentes à manger des légumes. Leur vécu, leur ressentis, voire leur aversion les empêchent de modifier leur comportement.

Le marché : un lieu privilégié

Certains de leurs arguments sont fondés : Oui les fruits et légumes peuvent paraître chers. Mais ils ne sont pas chers partout.

Les marchés sont le lieu idéal pour acheter des fruits et légumes frais, de saison, cultivés localement. Les fins de marchés sont propices aux bonnes affaires quand on entretient de bonnes relations avec le maraîcher. Le panier reste le meilleur outil d’économie : « je n’achète que ce que je peux porter ».

Quand on privilégie les produits de saison, que l’on se déplace chez des producteurs, le prix au kilo baisse de manière très avantageuse pour le consommateur. Les producteurs mettent en vente également à moindre coût les « gueules cassées ou abîmées » de leur production qui n’en sont pas moins mangeables.

 Les conserves : praticité et bas coût

Aller chez un producteur et acheter en grande quantité peut permettre également de faire des conserves. Il n’y a pas que nos mamies qui en font… Même dans un appartement grâce à un autocuiseur, il est possible de faire des bocaux. Avec 5 kg de fraises, il est facile de faire une belle tarte, des confitures, du sirop… il existe différentes façons de conserver les fruits et les légumes. Pour les « chercheurs de temps et de facilité », il est facile de trouver des fruits et légumes déjà préparés en conserves. Là, tout un panel existe dans les rayons des supermarchés, c’est la préparation la plus rapide. Une grande diversité de légumes et de fruits existe et permet là encore de diversifier ses préparations. Le prix au kilo reste très abordable pour l’ensemble des produits.

Profiter de ce que la nature nous offre

Une autre possibilité afin de consommer des fruits et des légumes moins chers, c’est de les cultiver. Un petit carré de jardin peut produire beaucoup. Bien sur tout le monde n’a pas de jardins, mais il est possible de louer un terrain dans le cadre des « jardins solidaires » ou des « jardins partagés ». En appartement, il est également agréable de planter dans des jardinières des tomates, des salades, des fines herbes… et d’avoir un citronnier en pot par exemple. Pour ceux qui vivent près de la nature, le glanage est aussi une manière de se procurer des fruits et légumes à moindre coût. La nature offre à la personne qui sait être attentive beaucoup de produits : champignons, châtaignes, mûres, fleurs… mais une règle d’or existe…Ne cueillir que ce que l’on peut consommer. Ici pas de concours du plus gros panier…

Les surgelés : la meilleure façon d’éviter le gaspillage

Oui, les produits frais sont fragiles, ils s’abîment plus facilement, mais on peut consommer des fruits et légumes autrement. En effet, on en trouve sous forme surgelés… qui sont portionnables et utilisables selon son bon vouloir. De ce fait, il n’y a pas ou moins de gaspillage. De plus, sous cette forme, les fruits et légumes sont nettement moins chers car le prix au kilo correspond plus à la réelle quantité de produits achetés : on trouve 1kg de têtes de chou-fleur dans un sachet. On peut de plus, les utiliser de multiples manières : soupes, purée, en accompagnement, gratins… Bien sûr il est préférable d’acheter des produits simples plutôt que des mélanges déjà préparés car cela permet ensuite de les utiliser comme bon nous semble et de maîtriser les quantités souhaitées. En achetant 1 kilo d’oignons coupés, vous pouvez au choix faire une flammenkuche, une soupe à l’oignon, ou prendre juste la quantité suffisante pour apprêter un plat. Un autre élément pour maitriser son budget est de préférer les produits à l’unité plutôt que les lots. En effet, ces derniers semblent de prime abord moins onéreux mais bien souvent ils génèrent du gaspillage. Et c’est ce coût-là qui est très important.

 

MireilleDufauANDESPar Mireille Dufau. Mieux connaître Mireille

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Les conserves… ou l’art de préserver un immatériel alimentaire

Sans titre2Que son contenant soit le métal ou le bocal, la conserve – avouons-le – ne fait pas rêver. En cause, son usage ultra-banalisé : les Français ne sont que 0,3 % à ne jamais en acheter. Rançon du succès, les petites boîtes de fer-blanc ou d’aluminium qui s’entassent dans notre caddie et garnissent nos placards ne suscitent plus vraiment notre attention. La conserve pâtit même d’une image négative chez les mangeurs d’aujourd’hui. On l’associe à la nourriture « industrielle », devenue synonyme de malbouffe, d’additifs néfastes à la santé, de fraudes et de scandales. Dans les esprits, elle ne fait plus le poids face au frais, perçu comme incomparablement plus savoureux, plus riche en nutriments, bien meilleur pour la santé et, surtout, plus « naturel ».

Pourtant, la conserve – composante majeure s’il en est de la cuisine populaire – ne mérite pas une telle indifférence. Et encore moins pareille indignité. Petit retour en arrière… La conserve est née il y a plus de deux cents ans, pendant les tumultes de la Révolution, de l’ingéniosité et de la ténacité de Nicolas Appert, un confiseur champenois installé à Paris (mais qui connaît encore le nom de cet inventeur qui reçut, en 1822, le titre de « bienfaiteur de l’humanité » ?[1]). La conserve – ou « appertisation » – est un procédé aussi révolutionnaire que l’époque qui l’a vu naître : il a changé en profondeur l’alimentation de nos ancêtres… et du reste du monde. Grâce à la conserve, il a été possible de conserver pendant des années les aliments sans (trop) altérer leur aspect, leur goût et leurs qualités nutritives (ce que ne permettaient pas les procédés préexistants de conservation, comme le séchage, le fumage ou le salage).

Malgré son extrême banalisation, la conserve demeure un objet d’étude passionnant… si on prend le temps de porter sur elle un regard ethnographique. Comme celui que propose Eric Roux dans l’étude récente qu’il a réalisée sur l’imaginaire des conserves pour l’UPPIA, l’interprofession du secteur.

Le premier constat issu de la trentaine d’entretiens « ouverts » conduits par l’auteur est un paradoxe. Les conserves ont été inventées pour conserver la nourriture pendant une longue durée, pour ne plus perdre des aliments ponctuellement excédentaires, pour pouvoir transporter ceux-ci sur de longues distances (par exemple lors des voyages maritimes au long cours). Or les Français interrogés en 2017 par Eric Roux n’achètent pas leurs conserves pour cela. A l’ère de l’abondance alimentaire, nombre de boîtes sont ouvertes dans les semaines voire les jours qui suivent leur achat. Elles sont, en premier lieu, appréciées pour leur praticité : il est plus facile – surtout lorsqu’on a peu de compétences culinaires – et plus rapide d’ouvrir une boîte de petits pois que d’écosser ceux-ci puis de les cuisiner. Et cela est vrai a fortiori quand il s’agit de conserves de « plats cuisinés ». Un autre atout majeur des conserves, pour une partie de la population, réside dans leur prix relativement modique. Par ailleurs, elles représentent le produit de dépannage par excellence : qui ne se sent pas soulagé, le jour où des proches débarquent à l’improviste ou lorsqu’il rentre tardivement à la maison, de pouvoir sortir du placard une boîte de confit de porc ou un bocal de haricots verts quasiment prêts à manger ?

Eric Roux nous rappelle qu’une poignée d’irréductibles vouent à la conserve domestique un véritable culte, continuant saison après saison à mettre en boîte légumes et fruits de leur jardin ou du marché. A moins que, mœurs locales obligent, ils ne fassent subir ce même sort au canard et à son foie (gras). L’étude souligne ces variantes régionales : tandis que partout ailleurs, c’est le bocal de verre qui domine pour les conserves maison, les gens du Sud-ouest ne jurent que par la boîte de métal (plus solide, moins lourde, plus pratique à transporter, moins chère… et donnant, d’après eux, un meilleur goût après maturation). Une boîte qu’ils portent, une fois remplie, chez l’artisan ou le commerçant qui en assurera le sertissage, avant de la ramener au domicile pour procéder à sa stérilisation.

Qu’elle soit domestique ou manufacturée, la conserve relève du patrimoine. Par la magie de la mise en boîte ou en bocal, c’est toute une culture qui se trouve « conservée » et, partant, protégée : un terroir et un paysage, une histoire et des traditions, des savoir-faire parfois ancestraux, des plats ou des aliments « de pays »… Rappelons à ce propos que par les vertus de l’appertisation, nombre de plats locaux et de spécialités régionales ont été préservés de la disparition. Voire, pour certains, promus à la faveur de leur diffusion rendue possible sur l’ensemble du territoire national. Pensons par exemple au cassoulet ou au foie gras. Et que dire des sardines en boîte et du pâté Hénaff, sinon qu’ils ont contribué à l’identité de la Bretagne et à sa promotion… ainsi qu’aux pique-niques et repas sur le pouce de tous les Français, bretons ou pas.

Dans certaines familles, nous dit encore Eric Roux, la conserve s’inscrit au cœur d’un système que l’anthropologue Marcel Mauss aurait qualifié de « don et contre-don ». Il évoque cette grand-mère qui remercie son petit-fils Paul pour sa visite dominicale en lui donnant des bocaux de conserves qu’elle a réalisé à son intention. On pensera aussi à toutes ces mères inquiètes qui, le dimanche soir, au moment du retour vers l’université de leur progéniture étudiante, ne manquent pas de glisser dans leur sac quelques boîtes de conserve et pots de confitures maison (ou parfois achetés, mais toujours choisis avec soin). Des nourritures affectives et, comme le dit un interviewé du Lot, un « bout du pays » que le bénéficiaire, à son tour, partagera peut-être avec ses camarades étudiants (par exemple lors d’un repas destiné à les remercier pour un coup de main). Le don passe aussi par la transmission intergénérationnelle des savoir-faire relatifs à l’art de confectionner, et d’utiliser, les conserves.

Pour toutes ces raisons symboliques et immatérielles – le patrimoine culturel, le don, le partage, la transmission, le travail et la tendresse investis… – la conserve mérite d’être réhabilitée, d’être en quelque sorte ré-enchantée. Le mouvement est lancé : aux dernières nouvelles, les stages proposant d’enseigner l’art des conserves ne désemplissent pas. Comme la cuisine, la conserve maison devient un loisir « tendance ». Mais pour certains de nos concitoyens, attentifs à ne rien gaspiller et contraints aux économies, elle demeure avant tout une nécessité domestique.

[1] Titre honorifique qui n’empêcha pas le dit « bienfaiteur » de mourir dans la misère la plus totale. Il avait refusé de faire breveter son invention afin d’en faire don – précisément – à l’humanité.

Par Eric Birlouez

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Nos astuces pour consommer plus de fruits et de légumes

Sans titreSi l’injonction “5 fruits et légumes par jour” peut sembler culpabilisante, difficile de faire l’autruche. En effet, il a été prouvé qu’une consommation suffisante et régulière de fruits et de légumes est vitale pour notre santé.

Pour rappel, cela correspond à consommer 5 portions de fruits et de légumes, chaque portion correspondant à environ 80g de fruits ou de légumes.

Si vous faites partie des gens pour qui cette consommation n’est pas naturelle et que vous devez vous creuser la tête, le plus simple est de les intégrer naturellement au fil de la journée, grâce à nos astuces.

L’idée est d’y aller par petites touches, jusqu’à ce que cela devienne un réflexe dans votre quotidien.

Au petit déjeuner

Les accros à la tartine beurrée peuvent ajouter une compote de fruits faite maison et non sucrée à la place de la confiture.

Ceux qui ne jurent que par les céréales peuvent tout simplement y ajouter un fruit de saison coupé en dés. Ça croque, c’est frais et cela ne prend que quelques secondes à préparer.

L’option jus de fruits frais est chouette aussi. L’offre dans les grandes surfaces est abondante mais si vous avez le temps de vous presser une orange, c’est encore mieux.

Investissez dans un extracteur de jus ou une centrifugeuse, c’est un bonheur le week-end de se faire un jus de fruits frais (pommes, poires, ananas, raisins, etc.), voire des mélanges légumes et fruits (pommes et carottes, pommes fenouil ananas, pommes poire et raisins, etc.).

Le snack du matin ou de l’après midi

Quand on prend son petit-déjeuner vers 7 h, voire plus tôt, nos estomacs ont parfois du mal à attendre le déjeuner. Le fruit mais aussi les bâtonnets de légumes sont parfaits pour calmer les gargouillis de nos estomacs. L’astuce quand on travaille en dehors de la maison : le pot de confiture vide à remplir le matin avec des morceaux de fruits ou de légumes. Zéro risque de faire des dégâts dans nos sacs et le verre est un matériau sain.

Ça marche aussi pour le creux de l’après-midi. Pensez à prendre un fruit à la cafétéria si vous n’avez pas eu le temps de le faire à la maison.

Le déjeuner

Tout le monde n’a pas pour réflexe de manger des légumes à chaque repas. Si c’est votre cas, commencez doucement en mélangeant dans votre assiette des féculents et des légumes, à parts égales. L’option crudités en entrée est parfaite aussi. Foncez sur les radis à croquer quand c’est la saison.

A la maison, ne cherchez pas systématiquement à cacher les légumes dans des gratins ou des quiches mais optez pour des plats de pâtes aux légumes, des riz sautés aux légumes et des soupes de légumes maison, les enfants adorent.

Le goûter

“Si tu as faim, mange une pomme” ont l’habitude de dire nos mères, soucieuses de notre santé. Bizarrement, on a parfois plus envie de manger une part de cake marbré qu’une pomme. Si c’est votre cas, voyez les fruits d’une manière différente. Pensez à couper votre pomme et à la tremper dans un yaourt, façon dip. Cela donne une dimension “dessert” à la pomme, ou à un autre fruit, qui va vous faire oublier votre envie de cake. Accompagnez votre fruit de quelques amandes pour un goûter rassasiant, fruité et très agréable.

Le goûter n’a pas besoin d’être sucré. Un fruit avec un morceau de fromage ou des bâtonnets de légumes avec un peu de houmous feront très bien l’affaire.

Le soir

A vous les soupes, les salades ou les pâtes aux légumes. Pour les dîners sur le pouce, ajoutez systématiquement des bâtonnets de crudités quand vous bricolez un sandwich ou un croque-monsieur et prenez l’habitude d’ajouter des légumes dans vos omelettes, vos sandwichs et vos quiches.

Le dernier conseil

Il y a mille et une manières de cuisiner les légumes et les fruits. Fouillez sur les réseaux sociaux, sur les blogs, les sites de cuisine et les magazines. Vous ferez le plein d’idées originales pour consommer les fruits et les légumes autrement et surtout, comme vous aimez. C’est en partie comme cela que le chou-fleur est devenu le « It aliment » ces dernières années. (http://observatoirecuisinespopulaires.fr/chroniques/comment-le-chou-fleur-legume-populaire-par-excellence-est-devenu-un-legume-star/)

Par Pascale Weeks.

Pascale-Weeks

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Tout est végétal !

Sans titre

Éric Roux a conduit des entretiens avec des consommateurs pour comprendre ce que représentait dans leur réalité et dans leur imaginaire la notion de végétal.

Il apparaît très rapidement que le mot végétal englobe une palette bien plus large de produits alimentaires que l’on aurait pu imaginer.

Le végétal dans son acceptation première fait penser aux plantes et à celles que l’on consomme, des produits de la terre :

« Des produits qui viennent de la terre, qui sont naturels, des arbres, des choses comme ça… », dit Anna 10 ans. Elle parle des légumes verts sous toutes leurs formes, mais aussi des fruits. On sent bien que le végétal évoque des aliments bien différents, pourtant issus d’une même famille : « des poires, des pêches, de la salade, beaucoup, et aussi les fruits. Dans un repas y’a un fruit et des légumes. »

Encore plus intéressant venant de la pensée d’une enfant : « Je ne suis pas sûr que le pain soit végétal, ah si, ça vient de la farine et la farine, ça vient du blé, tout ça. Les pâtes aussi c’est naturel, c’est fait avec des céréales du blé et de la farine. Du blé, de l’orge, du seigle. Les pâtes c’est quand on n’a rien à manger. » Bonne réflexion, manger du blé c’est aussi manger végétal.

À partir d’un aliment, on est capable de fabriquer de nombreux aliments et préparations culinaires très différents, les uns des autres, en accroissant la variété alimentaire. Prenons le blé, on en fait du pain, des pâtes de toutes les formes ou encore en y incorporant de la viande ou des légumes sous forme de raviolis, des pizzas, des quiches… De nombreuses sauces et plats tout préparés contiennent également du blé.

« Les frites ce n’est pas trop végétal, dans les cafet’ (cafétéria) ce n’est pas végétal. Celles que font mes grand-mères, qu’on fait chez nous, ça c’est des vrais, ça c’est végétal. Les produits qui sortent de la terre ce sont les végétaux. Les huiles, ça vient des olives et c’est végétal comme le vinaigre qui vient du vin, qui vient du raisin. » Anna 10 ans. Si les frites « ce n’est pas trop du végétal » on sent bien que le végétal est relié directement à la santé.

« A priori dès le départ ce sont les légumes, mais le grain c’est aussi végétal. Le pain oui, c’est pas immédiat d’y penser, mais c’est du végétal, mais oui, le riz, les pommes de terre aussi même si au départ ce sont d’abord les légumes frais. Je ne consomme pratiquement pas de légumes en conserves, mais je fais des pots appertisés de tomates et de ratatouille en été. Je n’achète pratiquement jamais de conserves si ce n’est du maïs. Exceptionnellement du congelé. » Monique 66 ans.

ou encore :

« Je n’y pensais pas, mais oui, le vin, les jus de fruits, les compotes, j’étais parti sur le cru, les choses non préparées. Il y a aussi les surgelés et congelés, les boites de conserve. Du pain bien sûr, le blé, les céréales. La bière, et oui, les farines, le sucre, les épices, le poivre, la cannelle, le café, le chocolat, le thé, mais oui, les pâtes, le riz, les pommes de terre, la polenta, bien sûr. Et les gnocchis ce sont aussi des végétaux. Une viande ou un poisson sont toujours accompagnés d’un légume et quand on mange tous les deux, avec mon mari, on ne prend jamais d’entrée. La salade fait figure de légume. » Fabienne 61 ans.

« C’est formidable de dire végétal. C’est pour moi la vraie nature et cela associe le nez et le palais, l’odeur d’une salade au potager, une verdeur, l’herbe, et l’humus. Mais cela ne recouvre pas tout le végétal, il y a des racines aussi, mais je ne les mettrais pas spontanément dans le même sac. Le végétal c’est léger, c’est dans l’air. Je ne pense ni au pain, ni aux pâtes, ni au riz. Par contre je pense : potager, le marché, la forêt. Ces univers-là. » Anne 55 ans.

Au travers de toutes ces pensées spontanées et de ces mots prononcés, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte, on découvre l’étendue de l’espace occupé, dans nos esprits, par le végétal. Il est présent partout sans que nous nous en apercevions. Les féculents deviennent des végétaux au même titre que le haricot vert ou la salade, car ils poussent dans la terre, même s’ils n’ont pas la couleur verte et pas la même structure de nutriments. Dans les légumes verts, blancs ou rouges, les glucides (sucres) sont de petites unités qui sont plus rapidement absorbées que les glucides des pommes de terre ou des pâtes, car ils sont composés d’unités de molécules de glucose beaucoup plus nombreuses.

Les viandes et les poissons ne sont que les accompagnateurs des légumes qui y sont associés. De nombreuses personnes mettent le végétal sur un piédestal nutritionnel et considèrent comme secondaire les apports nutritionnels des protéines animales.

Au travers de toutes ces constatations, on sent combien il est devenu important de puiser nos racines dans cette terre qui se trouve sous nos pieds.

Pourquoi en avons-nous besoin encore plus aujourd’hui qu’hier ?

En dehors de l’aspect santé des légumes et des fruits, peut-être que le végétal nous réconcilie avec le sentiment d’être issu de cette terre et que nos vraies racines sont celles que nous matérialisons avec la consommation de végétaux. L’être humain naît et vit de plus en plus dans les villes. Il est bien difficile pour lui de trouver des racines quand il habite au quatrième étage d’un immeuble. Il a besoin d’un ancrage familial fort et des valeurs pour construire son avenir. Les terriens apportent plus facilement cette possibilité que les citadins, même s’ils disposent d’une famille nombreuse et aimante.

Nous ne pouvons pas vivre sans végétaux. Nous risquons de tomber malades. Notre microbiote est avide de fibres et notre corps d’antioxydants contenus dans les végétaux. Les couleurs des légumes et des fruits nous parlent. Elles sont déjà là pour attirer notre attention, nous séduire. Elles nous indiquent également le type d’antioxydants que nous allons consommer. Les légumes et les fruits changent en fonction des saisons même si avec le développement du trafic aérien nous pouvons manger n’importe quel fruit à chaque saison. Ce n’est d’ailleurs pas une très bonne chose. Notre corps n’a pas les mêmes besoins à chaque saison. Les fruits et les légumes de saison sont parfaitement adaptés à nos besoins.

Pourquoi certaines personnes ont-elles des freins à consommer des légumes ?

Il existe une grande variété de texture des légumes et des fruits. Certaines textures sont plus rugueuses que d’autres et peuvent déplaire à un certain public. Il faut donc goûter et choisir la texture qui conviendra le mieux à votre palais.

Le goût, difficile d’en discuter. Mais sachez que même si vous n’aimez pas la première fois que vous goûtez un légume ou un fruit en réessayant plusieurs fois vous commencerez à les apprécier. Rien n’est jamais perdu et votre persévérance vous permettra d’étendre votre registre alimentaire.

Parfois la transmission des goûts de nos parents s’impose à nous et devient un frein pour la consommation de légumes ou de fruits. Je suis « comme maman ou comme papa » disent souvent les enfants. C’est presque un devoir de leur ressembler. Difficile dans ces conditions de changer de goût ? Le faire ne serait-il pas une trahison, un conflit de loyauté vis-à-vis de nos parents ? Se poser la question c’est déjà avancer dans la solution de cette énigme.

La croyance. Oui, la croyance que les légumes ne donnent pas de force, que les légumes ne permettent jamais d’être rassasié, que les couleurs de ces légumes sont suspectes voire inquiétantes, que les légumes ne sont pas frais, que l’on ne pense pas à manger des fruits…est une pensée toujours vivace que l’on retrouve chez les personnes beaucoup moins séduites par les végétaux.

Nous voyons que le végétal occupe une partie de nos pensées même si nous n’en mangeons pas beaucoup. Y réfléchir nous donne la possibilité d’étendre notre champ d’action pour manger mieux. Mieux pour notre corps et mieux pour avoir l’énergie nécessaire de vivre chaque jour en étant en pleine forme.

Par Patrick Serog

Patrick Serog (2)Mieux connaître Patrick.

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Étal végétal, la Toile s’agite

L’émergence du végétal

Sur les blogs et sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram et Pinterest, on note clairement une émergence du végétal depuis plusieurs années. Contrairement aux résultats de l’étude Ifop / Lesieur pour l’OCPop, sur ces réseaux, le végétal est bien compris dans son ensemble, et non restreint aux fruits et aux légumes. On y trouve pléthore de jolis bols et d’assiettes végétales avec des mélanges de légumes, légumineuses (les pois chiches et les lentilles sont devenus de nouvelles stars) mais aussi de céréales, de fruits secs et de graines.

La photogénie, facteur essentiel

Si j’étais cynique, je dirais que la photogénie de ces assiettes n’est pas anodine. On découvrira peut-être dans une dizaine d’année que le côté coloré et esthétique de cette alimentation végétale aura influencé notre manière de nous alimenter. Joël Thiébault a bien raison de dire que la patate douce est tendance. Même si elle a des atout nutritionnels, je reste persuadée que l’engouement pour ce légume, aujourd’hui cultivé en France, est dû au fait que la patate douce est extrêmement photogénique et donc sexy pour les réseaux sociaux. J’ai presque envie de dire que le légume est le nouveau cupcake.

L’équilibre alimentaire représente une nouvelle demande

Le #Healthy a vraiment le vent en poupe. On voit bien que les gens ont cette envie d’un mode de vie plus sain, plus équilibré et plus responsable.

Sur 750g, nous avons remarqué aussi cette tendance, notamment en lisant les commentaires des internautes sur nos pages Facebook. Il suffit de lire comment les fans de nos pages se fâchent dès que l’on propose une recette avec de la pâte à tartiner ou une recette avec des fraises hors saison. Il y a toujours une volonté de nos internautes d’avoir des idées pour cuisiner de manière économique et rapide mais aussi de plus en plus de façon équilibrée.

Nous avons d’ailleurs créé en avril une page spécifique appelée 750Green pour fédérer une communauté autour du manger mieux, manger sain. On s’intéresse à l’assiette mais aussi à tout ce qui se passe avant (culture, provenance des produits, circuits de distribution) et après avec des thématiques sur le gaspillage alimentaire.

Sur 750Green, on trouve :

– des recettes saines et équilibrées ;

– une cuisine qui respecte les saisons et l’environnement ;

– une démarche qui s’inscrit dans le cadre plus large de la chaîne alimentaire, au sein de laquelle le consommateur est l’acteur central.

En conclusion

Il y a effectivement une émergence du végétal sur les sites, blogs et réseaux sociaux mais qu’il faut néanmoins nuancer. Nous remarquons comme une schizophrénie chez ceux qui nous suivent. Ils pestent quand on leur propose des choses dégoulinantes de chocolat mais quand on regarde nos statistiques, aussi bien sur le site que sur les réseaux sociaux, on remarque que cela suscite beaucoup d’engouement.

Certains sites américains, comme Buzzfeed ou Tastemade l’ont bien compris en jouant sur un savant mélange de vidéos healthy et d’autres pas du tout diététiquement correctes. Les deux remportent un franc succès.

Par Pascale Weeks

Pascale-Weeks

Mieux connaître Pascale.

Rédac Chef du site 750g depuis 3 ans et demi et auteure du blog C’est moi qui l’ai fait depuis 13 ans.

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Manger végétal, ça s’apprend

Ne jamais avoir goûté à l’amertume des chicorées en salade, à l’anisé du fenouil, aux notes aigrelettes des produits lacto-fermentés comme la choucroute… impacte-t-il nos habitudes alimentaires et l’éducation gustative de nos enfants ?

Enseigner la variété des goûts, sensibiliser les enfants à la diversité de formes, de couleurs, de parfums et de goûts des fruits et des légumes peut-il être un moyen efficace pour lutter contre les problèmes de surpoids ? C’est un échange de recherches et d’expériences que nous vous avons proposé lors du Colloque OCPop en compagnie de :

 

Sophie Nicklaus

 Sophie Nicklaus, ingénieur agronome de formation, docteur en sciences de  l’alimentation de l’université de Bourgogne, spécialisée en évaluation  sensorielle, elle s’est consacrée à l’étude des déterminants sensoriels des  préférences  et des consommations alimentaires. Basée au Centre des sciences du  goût et de  l’alimentation à l’INRA de Dijon, elle y pilote notamment l’étude  Opaline  (Observatoire des préférences alimentaires du nourrisson et de l’enfant).

 

Dorothée Germain

 Dorothée Germain, chargée de mission responsable du programme VIF   (Vivons en Forme) à Saint-André-lez-Lille dans le Nord, où elle a mis en place depuis  2007 des interventions en maternelle, sur l’éveil des sens avec la découverte des fruits  et légumes de saison, en CP-CE1, en travaillant sur le petit-déjeuner et le goûter, en  CE2 sur le sommeil, en CM1-CM2 sur l’équilibre alimentaire et les bienfaits de  l’activité physique.

 

L’émergence des préférences alimentaires

Afin de comprendre les goûts et les systèmes d’acquisition des préférences alimentaires chez les enfants (en particulier ce qui concerne le végétal), l’étude OPALINE observe depuis 2005 l’alimentation de femmes enceintes puis de leur enfant jusqu’à ses 2 ans en tenant compte des expositions sensorielles de l’enfant, de sa réactivité gustative et olfactive et du contexte familial des repas.

Les résultats de cette étude ont notamment montré que le facteur visuel est essentiel : s’il y a identification par l’enfant du légume dans l’assiette (par exemple, des pommes de terre avec un peu de céleri), l’enfant va vouloir le trier pour ne pas le consommer.

Le dégoût présumé des enfants pour les légumes

Vient alors la question : pourquoi les enfants n’aiment-ils pas les légumes ? Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène :

  • L’hypothèse sensorielle : les légumes ont des goûts spéciaux, qui ne plaisent pas forcément aux enfants.
  • L’hypothèse énergétique : la densité énergétique renforce la notion de plaisir. Plus c’est calorique, meilleur c’est. Les légumes peu caloriques et riches en eau sont donc moins appréciés. D’où certainement la préférence du trio pâte-riz-pomme de terre.
  • L’hypothèse marketing : les légumes sont des produits très peu marketés. Le légume n’est pas valorisé (en publicité notamment) comme peuvent l’être les produits transformés.
  • L’hypothèse éducative : les légumes sont présentés de manière coercitive aux enfants : « mange tes carottes », « finis tes épinards ». Cette pratique est contreproductive et créé un rejet des légumes par les enfants.

La création des répertoires sensoriels 

Les premières expériences sensorielles s’acquièrent dès la vie intra-utérine, car l’alimentation de la mère parfume le liquide amniotique. Si la mère consomme de l’anis, les enfants auront à la naissance un réflexe de succion après avoir senti cette odeur. Un répertoire sensoriel se construit comme on apprend une langue, c’est à dire de manière implicite dans les premières années de la vie : à force de goûter, on apprend à aimer et à manger.

De la théorie à la pratique

A Saint-André, ville où est chargée de mission Dorothée Germain, un parcours santé a été mis en place en partenariat avec la commune et l’association Vivons en Forme (VIF) pour les élèves scolarisés de la maternelle au CM2. Ce parcours, progressif, permet de sensibiliser les enfants à l’éveil des sens, notamment par rapport aux légumes, dès leur plus jeune âge. Ce programme se déroule en plusieurs étapes :

  1. L’approche du végétal se fait par le toucher afin de le dédramatiser.
  2. Apprendre comment il pousse afin d’introduire une réalité derrière l’image du produit.
  3. Goûter le produit brut (sans jamais forcer l’enfant).
  4. Goûter le produit cuisiné, ce qui permet à l’enfant de réaliser qu’il n’aime pas un légume sous une forme mais peut l’aimer sous une autre forme.

Ce travail mené à Saint André a permis de diminuer le taux de surpoids et d’obésité des CM1/CM2 de 18% à 11% entre 2008 et 2015. Les livrets distribués aux enfants lors de ce parcours sont disponibles ici : http://www.villesaintandre.fr/Nos-engagements/Vivons-en-forme-a-Saint-Andre

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Rencontres MangerVégétal Colloque OCPop

Consommer végétal, ça peut être simplissime

Savoir s’approvisionner, choisir, mettre en œuvre et donner le goût du végétal relèvent parfois d’une volonté militante. Des professionnels de la restauration collective et de l’aide aux personnes en situation de précarité partagent leur expérience sur les méthodes, les contraintes, les limites mais surtout les solutions pour replacer le végétal au cœur de la cuisine du quotidien.

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Didier Thévenet, Directeur de la restauration municipale de Lons-le-Saunier, nous parle de la pratique de la cuisine collective : quelles peuvent être les sources d’approvisionnement pour fournir une cuisine centrale qui réalise plus de 7000 repas par jour et quelle place occupe les produits végétaux dans l’offre alimentaire quotidienne ?

 

anneAnne Giraud, Responsable du pôle d’insertion par et pour l’alimentation à ANDES, nous explique comment s’organise la gestion des fruits et légumes de retrait pour fournir les épiceries solidaires du réseau et comment accompagner parents et enfants dans l’utilisation et la préparation de produits végétaux bruts.

La place du végétal dans l’aide alimentaire

Faire une place au végétal dans l’aide alimentaire est un réel combat. Traditionnellement, l’aide alimentaire était portée sur les produits faciles à consommer et à conserver et ne fonctionnait que grâce aux dons caritatifs. En 2000, Guillaume Bapst, fondateur d’ANDES, crée le premier réseau d’épiceries alimentaires. Il bouscule le secteur de l’aide alimentaire en ouvrant des magasins banalisés, où l’on propose aux bénéficiaires un choix de produits comme dans une épicerie ou une supérette classique. C’est le combat propre à ANDES : ce qui est bon pour l’ensemble de la société doit aussi être bon pour ceux qui n’ont pas les moyens.  Le but est de réintégrer socialement et culturellement les personnes en situation de précarité. À travers les 330 épiceries adhérentes, ANDES travaille sur le don alimentaire mais également sur l’insertion des personnes et leur retour vers une intégration sociale.

Le projet « La Compagnie Des Gourmands », porté par ANDES, soutient ce but, en équipant les cuisines des épiceries et en animant des ateliers parents/enfants afin de valoriser le savoir en cuisine des parents vis-à-vis des enfants.

Les bénéficiaires des épiceries solidaires ont certaines difficultés à se tourner vers les produits bruts. En réponse à cette difficulté, ANDES a lancé un chantier d’insertion à Rungis pour récupérer et trier les fruits et légumes de retrait à l’aide alimentaire. Cette initiative a été lancée suite à l’étude ABENA, réalisée sur le marché de Rungis, et mandatée par l’État, qui  montrait que les bénéficiaires de l’aide alimentaire n’avaient pas accès à l’ensemble de l’offre alimentaire et en particulier aux produits frais.

Véritable succès grâce aux dons des grossistes, on voit tout de même apparaître certaines limites au système de don : il est difficile d’inciter les bénéficiaires du don alimentaire à consommer végétal si l’offre est limitée à seulement quelques produits. Il est donc indispensable de compenser les dons par des achats de produits généralement peu présents dans les dons.

Éduquer à la consommation

Didier Thévenet prend l’exemple des fameux épinards qu’aucun enfant n’aime manger et qui est un des souvenirs les moins appétissant des repas de la cantine. Il y parvient, grâce à un principe simple : plus un aliment est difficile à manger, plus il faut le cuisiner (ici avec une béchamel, des œufs et du comté râpé). En restauration collective, bien souvent c’est le manque d’habitude et d’éducation à la consommation des légumes des enfants qui  représente un réel frein à leur consommation à chaque rentrée scolaire. En organisant la lecture collective du menu (un enfant est désigné chaque jour pour lire le menu à ses camarades), des enquêtes de satisfaction, à une attention particulière à la manière de servir, l’éducation alimentaire de l’enfant est développée et permet de repousser les freins à la consommation d’éléments végétaux. Pour réussir l’éducation de la consommation de végétal, 3 facteurs sont essentiels selon lui :

– le politique, qui a le pouvoir décisionnel de l’argent engagé pour cette restauration collective ;

– les professionnels, qui ont envie de bien faire leur métier, la cuisine ;

– les maraîchers, les producteurs et les distributeurs, qui souhaitent s’investir dans ce type de projets.

Didier Thévenet met lui même en place, en tant que directeur de la restauration de la ville de Lons-le-Saunier, cette relation particulière avec ses producteurs pour l’usage de sa restauration collective. Il prévoit un an à l’avance ses besoins en végétaux afin que son réseau de producteurs avec lequel il travaille ait le temps d’anticiper ses demandes.

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Rencontres_CuisinerVégétal_Colloque_OCPop

L’offre végétale, ça se cultive.

Suite à la présentation des résultats de l’enquête Ifop/Lesieur pour l’OCPop, Eric Roux a invité Michel Troisgros et Joël Thiébault à échanger sur la place du végétal en cuisine et sur la perméabilité des goûts et des envies entre cuisine gastronomique et cuisines populaires.

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Joël Thiébault, aujourd’hui à la retraite, est toujours un observateur attentif en tant que précurseur d’un choix élargi d’espèces et de variétés de végétaux proposés sur les marchés de ventes directes qu’il fournissait. Il a certainement été un des instigateurs du renouvellement et de l’élargissement de la proposition végétale auprès des chefs parisiens mais aussi des clients qui se fournissaient chez lui.

 

De même, Michel Troisgros, inscrit dans l’histoire culinaire de sa famille à Romicheltroisgrosanne, et dans le choix de la nouvelle installation à la campagne de cette maison historique, scrute et initie ce que sont les produits, légumes et fruits que lui proposent les agriculteurs de son territoire. Michel, et aujourd’hui César et Léo, ses fils, tissent une relation toujours renouvelée dans leurscuisines, à cette palette du végétal. Le verger aux portes du restaurant à Ouches, le petit potager de César, la connivence avec les maraîchers de Roanne et des initiatives comme celle d’acclimater une culture de wasabi chez un de ses producteurs, témoignent de l’attention active de la famille Troisgros à ce que peut lui proposer « sa » nature.

Un échange, en compagnie de Joël Thiébault et de Michel Troisgros, dans le prolongement de la présentation des résultats de l’enquête Ifop/Lesieur pour l’OCPop, sur la place du végétal en cuisine et sur la perméabilité des goûts et des envies entre cuisine gastronomique et cuisines populaires.

La proximité de la relation restaurateur/maraîcher

Le maraîcher et le cuisinier travaillent de connivence. Grâce à un lien de partage de savoir, maraîcher et cuisinier s’échangent mutuellement leurs connaissances sur ce qu’est un produit, comment il est produit et comment il peut être cuisiner. Comme ils l’ont répété tout au long de cet échange, Michel et Joël pensent que plus les tandems de travail entre maraîchers et cuisiniers se développeront dans toute la France, plus le choix d’espèces et de variétés végétales et les manières de les cuisiner se trouveront diversifiées et riches de pratiques.

Les idées de cuisine prennent la plupart du temps naissance directement sur le marché : c’est au contact du maraîcher et de ses productions que se construit l’idée d’une préparation culinaire, d’une association aromatique et, peut être, que naît un plat. Les chefs font le marché tôt le matin, ménageant ainsi un temps d’échanges sensible avec leurs maraîchers pour créer un lien privilégié. Par delà la seule qualité du produit, c’est bien une dimension humaine qui préside au choix des produits et à la relation de confiance qui doit s’installer entre cuisiniers et maraîchers. Michel Troisgros emmène ses équipes à tour de rôle sur le marché de Roanne le vendredi matin. Le but est bien sûr de donner un visage humain à celui qui a semé, planté, entretenu, arrosé et permis tout simplement de travailler des produits de qualité en cuisine. Ces produits qui seront lavés, parés, pelés, tournés, acquièrent ainsi une dimension plus humaine. Ils sont bien plus qu’une simple matière à cuisiner.

Une forte relation entre maraîchers et producteurs permet d’innover. Michel Troisgros a visité une exploitation de wasabi au environ de Tokyo il y a une quinzaine d’années. De cette rencontre est né le projet d’installer dans la région de Roanne une culture de wasabi. Après de nombreux essais et expérimentations, l’un des producteurs en relation avec Michel obtiendra les premiers rhizomes qui trouveront naturellement place dans sa cuisine. Si aujourd’hui ce condiment japonais n’est plus utilisé dans les plats de la maison Troisgros, car peut être trop devenu à la mode, l’expérience montre bien cette volonté de diversifier la palette aromatique pour nourrir la cuisine que recherche un chef dans sa relation avec ses maraîchers.

L’effet de mode

Les produits suivent ainsi un effet de mode : le cuisinier et le maraîcher vont mettre en avant un produit, cela va surprendre, s’installer dans un univers gustatif et doucement le cuisinier va l’abandonner car il devient trop répandu, trop commun. Le maraîcher ne va pas pour autant stopper cette production mais continuer de produire à destination du grand public pour ceux qui viennent se fournir sur les marchés de vente directe.

Pour développer de nouveaux produits, il ne s’agit pas de faire du copier-coller d’un produit fait à l’autre bout du monde, cela demande tout un travail d’adaptation et d’acclimatation. La culture d’une nouvelle espèce ou variété végétale doit tenir compte des contraintes de climat du lieu d’adoption qui peuvent faire varier les caractéristiques organoleptiques et culinaires du produit. Par exemple, pour planter des carottes de Kyoto en France, on doit adapter la période de plantation qui est différente pour les variétés occidentales.

Une nouvelle variété de légume se doit de trouver une place, une fonction culturelle dans son lieu d’adoption. Correspond-il à un goût ou un désir de cuisine ?

L’importance de la production pour les restaurateurs

Il est essentiel que les restaurateurs s’intéressent à la production des produits qu’ils utilisent. Le fait d’être acteur de la production et de savoir comment on fait, on stocke, on cultive, représente une grande richesse pour le restaurateur. Cette richesse se traduit dans l’assiette, et on voit ainsi évoluer les tendances en matière de produits. Michel Troisgros souligne qu’en ce qui concerne le végétal, la nouvelle génération est en train de modifier l’attirance pour les nouveaux produits. Le végétal dans notre cuisine a pris une importance au fil des générations. Le changement, déjà amorcé par sa génération, va être accéléré par la suivante.

L’évolution du métier de maraîcher

La façon de penser le métier de producteur a évolué : beaucoup de chefs avaient leur propre producteur qui faisait des choses exceptionnelles. Maintenant les approvisionnements sont plus diversifiés et spécifiés. Aujourd’hui, sûrement grâce aux médias qui s’intéressent à l’univers de l’alimentation et pas seulement à la cuisine, les maraîchers peuvent s’exprimer, trouver des espèces nouvelles, montrer ce qu’ils font et s’ouvrir au monde extérieur.

Le but est de trouver de nouvelles variétés (par exemple dans la catégorie des produits dits exotiques) afin qu’elles apportent richesse et diversité, tout en conservant l’héritage d’une technique culinaire française.

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Face aux légumes, les enfants disent beurk !

Par Patrick Serog.

L’attrait du végétal chez les enfants est d’intensité très variable d’un enfant à l’autre et quelle que soit l’éducation alimentaire reçue.

Le rejet du véwatermelon-summer-little-girl-eating-watermelon-foodgétal chez l’enfant, un passage obligé

Il existe des familles où le végétal est hissé au rang d’aliment sacré. Le refus de manger des légumes est vécu par les parents presque comme une non reconnaissance des liens familiaux. Les enfants, forcés d’en manger se libéreront plus tard de ce joug familial. Parfois, ils n’arriveront plus à aimer les légumes, parfois ils arriveront à réintroduire ces aliments grâce à la pensée que ce sont des aliments bons pour la santé.

Dans d’autres familles, les enfants sont naturellement attirés par les végétaux même si les parents n’en mangent pas en quantité importante et tous les jours. Mais ils sont peu nombreux.

La plupart des enfants acceptent jusqu’à 2 ans les légumes mais à partir de la phase de néophobie alimentaire qui permet à l’enfant de s’autonomiser, le rejet d’un certain nombre d’aliments se portera préférentiellement sur les légumes verts. Moins sur les légumes rouges comme les carottes ou les tomates mais essentiellement sur les haricots verts, les épinards et les brocolis mais également sur les différentes espèces de choux.

Cette phase de néophobie alimentaire durera environ jusqu’à 5 ans. Après cette période nécessaire à la construction des goûts personnels de l’enfant, il n’est pas dit qu’il remangera des légumes.

Pourquoi un tel rejet ?

La texture des aliments est une première explication. La texture des féculents est plus douce et donne une sensation des plus agréable en bouche, plus onctueuse que celle donnée par les légumes verts.

Et quand on parle de goût, les féculents sont bien plus neutres que les légumes qui ont un goût plus segmentant. Finalement le goût pour les légumes est beaucoup plus tranchant : on aime ou on n’aime pas.

Il y a aussi la couleur. Les féculents sont pour la plupart de couleur claire et neutre. Les légumes sont de couleurs vives : du vert clair au vert foncé, du rouge, parfois même du violet pour le chou rouge (qui n’est pas rouge) ou pour la vitelotte, pomme de terre dont la chair est violette. Là encore, ces couleurs imposent un choix qui n’est pas en accord avec l’évolution psychologique de l’enfance à l’adolescence.

Le sexe de l’enfant peut également avoir un rôle dans sa décision. Le garçon aime le rouge de la viande et la jeune fille les couleurs plus pastel des aliments. Cela peut avoir un rôle dans le choix alimentaire.

L’enfant ne veut pas être contrarié par des couleurs ou des textures qui ne lui laissent pas le choix de son goût. Il peut ajouter du ketchup sur les pâtes, du riz ou des pommes de terre mais pas vraiment sur des haricots verts ou des brocolis. Il crée son mélange mais ne veut pas être bloqué dans ses décisions.

Faut-il attendre que ce rejet passe sans intervenir ?

Entre deux et cinq ans il n’y a pas de raison d’intervenir et forcer l’enfant à manger des aliments qu’il n’apprécie pas. Beaucoup d’adultes ont ce souvenir d’avoir été forcé à finir leur assiette avec des aliments rejetés et n’avoir jamais pu au cours de leur vie, même s’ils en avaient le désir, regoûter de ces aliments.

Comment modifier ce comportement alimentaire de rejet s’il existe ?

Le goût comprend une partie innée et une partie acquise qui se réalise au travers d’un apprentissage tout au long de la vie. C’est souvent la rencontre avec un aliment nouveau qui va déclencher le plaisir ou le rejet mais quand il y a rejet, on peut faire évoluer ce goût vers l’acceptation et pourquoi pas le plaisir.

La méthode consiste à présenter une quinzaine de fois en trois à quatre mois, le même aliment cuisiné dans les mêmes conditions, que l’on fait goûter à l’enfant en lui interdisant de le manger. Il doit alors donner une note de goût de 0 à 10 sur une échelle analogique pour qualifier la sensation qu’il ressent. Dans la plupart des cas, l’enfant pourra s’apercevoir que le goût pour un aliment qu’il n’aimait pas se modifiera dans le bon sens. Parfois même cela devient un aliment qu’il adorera consommer régulièrement. Il est possible d’utiliser cette méthode également à l’âge adulte.

Parfois la méthode échoue car on a utilisé pour le premier aliment un de ceux que l’enfant détestait le plus. Il faut choisir un aliment qu’il n’aime pas sans qu’il soit rejeté fortement. Certains aliments ne sont pas acceptables et le resteront malheureusement toute la vie.

Faut-il avoir une politique publique d’incitation à manger des légumes ?

Certainement oui. Et pour deux raisons principales : manger est un acte social, et le « bien manger » est une norme sociale.

Les légumes sont indispensables pour la santé de l’individu. Le rôle des antioxydants des légumes est multiple : rôle immunitaire, protection contre certaines affections comme certains cancers, amélioration de la vie du microbiote intestinal et de la fonction digestive…

Mais les moyens utilisés pour influencer le comportement ne sont pas encore bien clairs. Expériences et évaluation sont indispensables pour en savoir un peu plus dans ce domaine.

Par Patrick Serog

Patrick Serog (2)Mieux connaître Patrick.

Contenus libres de droits. PDF à télécharger : OCPop_PSerog_FaceAuxLégumes

La végétalisation de l’assiette des Français est en marche !

Commentaires sur les grands enseignements de l’étude Ifop/Lesieur pour l’OCPop, par Eric Birlouez, ingénieur agronome et sociologue de l’alimentation (cabinet Epistème, Paris).

L’enquête Ifop/Lesieur réalisée pour l’OCPop le confirme : le végétal est tendance ! Dans le domaine alimentaire, il “s’enracine” de plus en plus profondément dans l’assiette de nos concitoyens, conduisant cette dernière à se végétaliser chaque jour davantage.

Le végétal, un imaginaire spontanément positif

L’étude révèle à quel point l’imaginaire du végétal est devenu positif (il y a encore une à deux générations, les aliments végétaux étaient jugés bien moins prestigieux que les produits “nobles” issus des animaux). Seulement 5 % des interviewés citent spontanément des éléments négatifs (fadeur, prix élevé1) à l’évocation du “végétal dans l’alimentation”.

Le végétal, associé à la notion de verdure et de plantes

IMG_4793Pour plus de la moitié des personnes interrogées le “végétal dans l’alimentation” rime immédiatement avec les légumes alors que les fruits ne sont spontanément cités que par un Français sur quatre (respectivement 55 % et 28 %). Ces deux groupes d’aliments sont pourtant couramment associés par les diététiciens et les nutritionnistes, et ils sont vendus côte à côte dans les grandes surfaces et chez les primeurs. Mais on remarquera que, dans l’esprit de nos concitoyens, le mot végétal renvoie également à la notion de “verdure” et de “vert”, aux “feuilles” et aux “plantes” (tous ces mots ont été cités spontanément). Or ces associations mentales correspondent bien davantage aux légumes qu’aux fruits, lesquels se distinguent de (presque) tous les autres végétaux par leur saveur sucrée.

Au total, près de deux Français sur trois (62 %) associent spontanément le “végétal dans l’alimentation” à une catégorie de produits et plus particulièrement aux légumes. En revanche, d’autres végétaux comme les féculents, les légumes secs ou les produits à base de soja (steaks, yaourts et “laits” de soja) apparaissent très rarement reliés à cet univers du végétal…

Végétal et recherche de naturalité

Le recueil des représentations mentales associées au “végétal dans l’alimentation” fait également apparaître, chez un quart des Français (27%), des évocations spontanées en rapport avec la nature. Ce résultat revêt une grande importance. Il est à mettre en lien avec le constat suivant, établi par de nombreuses études : dans l’imaginaire des mangeurs d’aujourd’hui, le concept de naturalité – perçu comme extrêmement positif – est spontanément associé au végétal… et jamais à l’animal. Or, la quête de nature et de naturel est devenue une tendance structurante de l’alimentation contemporaine : elle joue donc en faveur des aliments végétaux et, plus particulièrement, des aliments bruts (ou peu transformés). Bien sûr, cette nature ardemment désirée est souvent idéalisée par le consommateur. Sa recherche de “naturel” ne répond pas seulement au souci d’éviter l’ingestion de contaminants chimiques ou d’OGM. Plus profondément, l’aliment “naturel” est perçu comme bon par définition… simplement parce qu’il est le produit d’une nature “rêvée”. Une nature exclusivement perçue comme pure, nourricière et bienveillante (ce qu’elle n’est pas toujours !), comme une mère protectrice capable d’apaiser nos angoisses de mangeurs modernes.

Une autre question de l’enquête confirme ce lien positif entre aliments végétaux et naturalité. Près d’un tiers (30 %) des personnes qui déclarent avoir accru leur consommation de produits végétaux au cours des deux dernières années l’ont fait (entre autres motivations) parce que ces produits leur apparaissent comme “non transformés / plus naturels”. On notera également que pour un Français sur cinq, “végétal dans l’alimentation” suscite des évocations en lien avec la santé et le bien-être. On peut voir là, au moins en partie, le résultat des discours de santé publique qui, depuis plus de quinze ans et de façon unanime, soulignent les bienfaits des fruits et des légumes pour la santé.

Adeptes du végétal, une vraie tendance de fond

L’enquête réalisée pour l’OCPop fournit d’autres indices de l’intérêt croissant que suscitent les aliments végétaux auprès de nos concitoyens. Interrogés sur l’évolution récente de leur consommation globale de ces produits (légumes, légumes secs, fruits, produits à base de soja, etc.), quatre Français sur dix affirment avoir augmenté celle-ci au cours des deux dernières années (seuls 9 % disent l’avoir diminuée ou ne consomment pas de végétaux). La proportion de ces adeptes du végétal atteint 5 sur 10 pour les légumes de même que pour les fruits. En revanche, elle est moindre pour les légumes secs (3 sur 10) et les produits à base de soja (seuls 16 %, principalement âgés de moins de 25 ans, déclarent consommer aujourd’hui davantage de steaks, yaourts ou laits de soja). Bien entendu, il s’agit ici de simples déclarations et non de mesures objectives. Ces déclarations n’en revêtent pas moins une importance capitale : ils montrent que dans la tête des Français (même si ce n’est pas toujours le cas dans leurs comportements effectifs), les aliments végétaux ont acquis un statut d’objets de désir. Un autre chiffre issu de l’enquête corrobore ce constat : dans les années qui viennent, un Français sur deux envisage d’augmenter sa consommation de produits végétaux tandis que seulement 4 % pensent que leur consommation actuelle va diminuer.

Consommer végétal, des motivations alimentaires multiples et profondes

Les motivations des personnfood-vegetables-meal-kitchenes qui déclarent avoir accru leur consommation de produits végétaux au cours des deux dernières années (soit 4 interviewés sur 10) sont à la fois multiples et de nature variée. On notera, sans surprise, que les préoccupations d’équilibre nutritionnel et de santé ainsi que le maintien de la ligne (en phase avec la norme sociale actuelle du corps idéal) arrivent largement en tête : 82 % des aficionados du végétal les citent. Viennent ensuite la grande diversité de ces produits (qui évite la monotonie alimentaire… que détestent les mangeurs français) et, plus largement, le plaisir. Autre point très important à noter : 22 % des consommateurs ayant récemment accru la part du végétal dans leur alimentation l’ont fait, uniquement ou en partie, parce qu’ainsi ils “ne [font] pas souffrir d’animaux”. La montée du végétal dans l’assiette des mangeurs est ainsi liée pour une part à la désaffection croissante pour la viande, voire pour l’ensemble des produits d’origine animale2.

L’enquête Ifop/Lesieur pour l’OCPop chiffre à 4 % les personnes déclarant pratiquer vraiment une alimentation végétarienne (c’est-à-dire sans chair animale, qu’il s’agisse de viande, de volaille ou de poisson), à 3 % celles qui ont opté pour un « régime » végétalien (excluant tous les produits animaux, y compris les œufs, les produits laitiers et le miel) et à 3 % également les adeptes d’une alimentation sans lactose. Quant aux “flexitariens” – individus qui consomment toujours de la viande mais seulement de façon occasionnelle – l’étude les chiffre à 9 %.

Les enquêtés déclarant ne pas avoir augmenté au cours des deux dernières années leur consommation de produits végétaux avancent de nombreuses “explications”. Les principaux freins mentionnés sont le prix jugé élevé de ces produits, la présence de pesticides, l’absence de plaisir à les manger et, dans le cas des produits frais (fruits et légumes), les difficultés de conservation.

pexels-photo-66454Une nouvelle phase de transition alimentaire

Cette enquête confirme le fait que de nombreux Français sont entrés dans une nouvelle phase de “transition alimentaire” dans laquelle le végétal tend à “reprendre le dessus” sur l’animal et les produits qui en sont issus. Nos concitoyens perçoivent de plus en plus les aliments végétaux comme susceptibles de préserver à la fois la santé (actuelle et future) de leur corps, leur forme et leur apparence physique (nourritures peu caloriques, les légumes et les fruits sont une promesse de minceur). Ils voient également le végétal comme une source potentielle de bien-être mental.

Par l’extrême diversité des formes, couleurs, goûts et textures qu’elle propose au mangeur, la grande famille des aliments végétaux est une source de plaisir global : aux satisfactions (pluri-) sensorielles de la dégustation s’ajoute, pour un nombre croissant de consommateurs, le plaisir lié à l’achat des fruits et légumes sur le marché, à leur préparation culinaire et, parfois, au fait d’avoir soi-même fait pousser quelques-uns de ces aliments. Le bien-être mental qui en résulte est encore renforcé par la réassurance qu’apportent les végétaux, surtout lorsqu’ils sont bruts, par rapport aux produits industriels. Ces derniers sont perçus comme plus inquiétants parce qu’ils sont “transformés” dans des usines alimentaires devenues, pour le consommateur, des “boîtes noires” totalement opaques. Last but not least, les produits végétaux possèdent aussi des valeurs symboliques puissantes, notamment celles liées à la naturalité (une attente forte dans une France urbanisée à 80 % et allergique au “chimique”) et à l’éthique.

Depuis la nuit des temps, nos comportements alimentaires sont guidés par la survie, le désir de santé, la quête de plaisir, le lien social… mais également par la valeur affective, morale, symbolique et imaginaire que nous attribuons à nos aliments, ainsi que par la capacité de ces derniers à apaiser nos angoisses et nous apporter du réconfort. Il y a plus d’un demi-siècle, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss soulignait cette vérité éternelle et universelle : “Pour qu’un aliment soit ingéré, il ne suffit pas qu’il soit bon à manger ; il faut aussi qu’il soit bon à penser”. Aujourd’hui, et de plus en plus, le végétal alimentaire tend à devenir “bon à penser”.

1 La question n’a pas été posée, mais on peut sans grands risques faire l’hypothèse que « l’animal dans l’alimentation » aurait suscité beaucoup plus d’associations négatives : souffrance des animaux d’élevage, conditions d’abattage, impacts négatifs de la viande et du lait sur la santé, gaspillage de ressources (sols, eau, céréales et protéagineux), émissions de gaz à effet de serre et autres pollutions générées par l’élevage intensif, etc.
2 Initié en France avec la viande rouge dès le début des années 1980 (soit 15 années avant la première crise de la “vache folle”!), la désaffection pour la viande ne cesse de s’accroître, pour des raisons qui relèvent à la fois de la santé, de la protection de l’environnement, de la sécurité alimentaire mondiale, de la souffrance animale et de l’éthique.

Par Eric Birlouez

Eric Birlouez_2 Mieux connaître Eric.

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Les dons servent

Premiers résultats de notre enquête sur les conserves

 

DN / homme / 50 ans / Maule 78 / Marié / 3 enfants

DN / homme / 50 ans / Maule 78 / Marié / 3 enfants

Introduction : Les conserves sont des produits culturels.

A la recherche de nos manières de penser, l’achat, la fabrication, l’utilisation, le stockage, la cuisine, le don des conserves appertisées : une enquête qualitative réalisée par l’OCPop pour l’UPPIA (Union interprofessionnelle pour la Promotion des Industries de la conserve Appertisée).

La conserve est un monde. Plus spécifiquement la conserve appertisée est une opportunité, un choix du possible, de notre alimentation quotidienne. Comme toutes nourritures, ce sont nos manières d’être et de penser culturelles qui bien souvent nous les font choisir. Mais connait-on réellement ces motivations culturelles que les mangeurs utilisent, parfois de manière implicite, pour ranger et/ou puiser ces conserves dans leur placard ?

Conserver c’est maintenir des denrées, des produits alimentaires, en bon état et les préserver de toutes altérations. Dans le travail d’enquêtes sur les placards en cuisine mené par l’Observatoire des Cuisines Populaires, 100% des photos collectées, donnent à voir des conserves. Et ce sont les conserves du commerce et conserves domestiques, qui se joignent dans cet espace de la cuisine à venir qu’est le placard en cuisine, à disposition du désir des mangeurs.

Par delà la valeur marchande et alimentaire des conserves, elles fonctionnent aussi dans un univers de conscience culturelle qui reste à étudier. Interroger qualitativement les mangeurs-consommateurs, doit permettre de rendre intelligible cette part de sensible, qu’est notre perception culturelle des conserves.

C’est une différence de degrés et en aucun cas de nature qui différencie les conserves de l’agroalimentaire et celles de l’univers domestique. En effet, procédant d’un même désir, en reportant dans le temps la consommation d’un aliment, les conserves et non la conserve, procèdent selon des faits alimentaires et culturels identiques.

Si elles sont bien évidemment une réalité économiquement forte de l’agroalimentaire française, et un moyen alimentaire pratique et sanitairement très sûr pour les consommateurs, elles sont comme toutes productions humaines chargées de valeurs esthétiques, symboliques, et de manière générale, de valeurs culturelles.

C’est cette part, sous-entendue, non-dite, implicite, à haute valeur qualitative que nous nous proposons d’aborder et d’étudier. Mettre en évidence du côté du mangeur, du consommateur, les abstractions, souvent non-verbalisées, des conserves en tant qu’objet culturel.

Conserver, c’est cuisiner, au sens de médiatiser l’acte culturel, faisant passer un produit brut à une denrée bonne à penser donc bonne à manger. C’est sans doute pour cela que les différences techniques, boîtes métalliques et pot en verre par exemple, ne sont pas perçues comme clivantes par nombre de consommateurs, utilisateurs et producteurs. Dans l’imaginaires de la conserve, la porosité de représentation et de perception vis-à-vis du produit est beaucoup plus englobante et unitaire qu’il ne pourrait être imaginé.

En observant ainsi la conserve, elle devient avant tout un produit culturel avant d’être une réalité technique. Cet aspect culturel est à même de nourrir toute une réflexion sur ce que nous pourrions nommer leur imaginaire. Proche ou éloignée de l’assiette, bonne ou mauvaise, matière au don, temps suspendu, matière première au même titre que le produit brut, propos esthétique et littéraire, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous dans le cadre de cette étude, propre à alimenter la réflexion sur la place occupée et/ou la place a conquérir des conserves dans nos manières de manger aujourd’hui.

Il n’y a aucune innocence, ni aucun hasard, à voir les conserves du commerce être abondamment utilisées par l’économie solidaire et les conserves domestiques être matière à don amical et familial. Les conserves sont au coeur d’échanges culturels, valorisés par le don. Elles font ainsi partie de la large palette de la cuisine du quotidien et populaire de notre culture alimentaire. Elles investissent, de la même manière que tout autre produit, les infinies possibilités de notre palette à manger.

En cela, s’il existe un monde entre la maîtrise technique des professionnels de la conserve et le « bricolage » (au sens ethnologique) des amateurs, ces deux opposés, ces deux extrémités d’un même monde de la mise en réserve, alimentent souvent dans la même direction l’imaginaire culturel que projettent sur les conserves leurs utilisateurs.

Cette recherche s’appuie sur une étude bibliographique des ouvrages et articles consacrés à l’univers de la conserve, d’entretiens longs (une à deux heures) semi-directifs, pour couvrir sans omission l’ensemble des thèmes (savoir-faire, transmission, notion de don, prolongement de la saison et report dans le temps) auprès de professionnels de la conserve tant dans l’univers artisanal qu’industriel, de consommateurs de conserves manufacturées et/ou domestiques et de faiseurs de conserves domestiques.

Vingt entretiens auprès de faiseurs et consommateurs ont déjà été réalisé et permettent d’esquisser une réflexion sur la notion de dons de conserves.

Cet article a paru dans le numéro 1, automne 2016, #appert, revue conservatoire de la gastronomie française (p.p. 66-69).

 

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Les dons servent.

CB / femme / 42 ans / profession libérale / pacsée / 2 enfants

CB / femme / 42 ans / profession libérale / pacsée / 2 enfants

Les Conserves, tant manufacturées qu’amateur, se trouvent au coeur d’un riche système de don, contre-don, de recevoir et de rendre. En donnant des conserves, une symbolique complexe du « je me donne à manger » se met en place. Voici les premiers résultats d’une enquête ethnographique sur l’imaginaire des placards en cuisine.

« Chaque fois que je vais la voir, ma grand-mère trouve le moyen de me donner des conserves ». C’est Paul, étudiant de 23 ans qui parle. Sa grand-mère, qui habite en ville et qui entretient un jardin potager, lui offre à chacune de ses visites des pots de haricots verts, de coulis de tomates et de ratatouille. Il ajoute qu’elle « pense que je ne prends pas le temps de me faire à manger et que c’est bien d’avoir quelques conserves de la maison, pour améliorer mon quotidien ». Il utilise ces conserves comme une solution, une aide de cuisine, surtout quand il partage un repas avec des amis. A la question, « est-ce que ces conserves sont juste « à manger » ou ont-elles une autre valeur ? », il précise « ben non, c’est de chez moi, ce que j’ai toujours mangé en vacances chez ma grand-mère, les légumes du jardin ».

Don et contre-don au sein de la famille

Pots de confiture maison, petits pâtés appertisés, légumes au naturel ou plus ou moins cuisinés, viandes de porc ou de canard confites et stérilisées, les conserves maison se trouvent, comme le montre cet exemple, au centre d’une circulation tant matérielle que symbolique entre les différentes générations d’une même famille.

Nous avons tous plus ou moins connu cela, ces cadeaux, ces dons alimentaires, préparés et donnés lors de visites à des parents, des grands-parents. Comme s’il était dit, mais pas forcément verbalisé : « Merci de m’avoir rendu visite et de me témoigner de l’affection, en échange je te donne, ce qui me fait, me construit et que j’ai élaboré pour toi, de la nourriture. Mais pas n’importe laquelle dans ce cas là, celle qui émane, qui est le fruit de la maison, de ton origine ».

Car les conserves se trouvent au cœur d’une représentation de la famille et de son « manger », ce qu’elle fabrique et à qui elle donne de la valeur à partager ensemble. Mireille, travailleuse sociale, dit des conserves de chez elle, de chez ses parents : « J’ai toujours vu mes parents, en hiver, faire des confits et en été des conserves de légumes. Ces conserves sont importantes parce qu’elles sont dans l’histoire familiale. J’ai toujours vu ma mère, quand elle n’avait pas le temps, préparer à manger en utilisant des confits maisons accompagnés de frites ».

Ainsi, les conserves maison, prennent une valeur, certes gustative et nutritionnelle, car elles sont le fruit de ce que l’on sait, que l’on maîtrise et que l’on connait par l’habitude tant culturelle de son origine que par la proximité affective de ceux qui les ont réalisées. Mais elles ont aussi une forte valeur symbolique de don et contre-don au sein de cette famille. Un accord tacite, toujours efficient en ce début de XXIème siècle, où au sein de la famille, s’échangent produits alimentaires de réserve, affection, sentiments, rencontres et liens sensibles. La phrase de Mireille, « elles sont l’histoire familiale », fait de ces conserves des produits exceptionnels, car représentant les nourritures qui constituent, qui fabriquent la famille. Il faut certainement voir dans cette plus-value, la confiance totale accordée à l’alimentation de la « maman », celle qui vous a permis de grandir, de vous faire. Et la grand-mère de Paul prolonge le lien qui les unit par la nourriture qu’elle « cuisine », qu’elle « culture », comme le gage de la non rupture de ce lien. D’ailleurs, Paul en parlant de ses amis, personnes à qui il accorde un relation affective et de confiance, dit qu’il leur donne à manger ces conserves, leur témoignant ainsi toute l’importance qu’il leur accorde en offrant en partage cette part alimentaire très personnelle et intime.

Valeur travail

Ces conserves familiales, parfois inconsciemment, représentent bien plus que de la nourriture et qu’une simple aide à l’absence de temps ou de technicité en cuisine. Elles sont porteuses aussi d’une forte valeur travail car pour les réaliser, il faut cultiver, élever ou choisir précisément à qui on achète la matière première. Elles demandent du temps de préparation et de stérilisation et mobilisent argent, connaissance et savoir-faire. En annonçant « c’est ma grand-mère ou ma mère qui ont fait ces conserves », il est donné à entendre, l’intime et le profondément domestique de la maison familiale, mais aussi le goût de la maisonnée, sa compétence à cuisiner pour l’avenir et une certaine réussite et place sociale en montrant son travail, son unité et sa stabilité. L’ensemble de ces valeurs sont confortées par la technique de la stérilisation en pots de verre ou pour le Sud-Ouest en boîte métal, car celle-ci, par sa stabilité, permet d’arrêter dans une certaine mesure le temps tout en « enfermant » toute l’efficacité culturelle de la famille.

Un autre système de conservation qui s’est répandu dans les années 70[1] ne recouvre pas les mêmes éléments symboliques. Si la congélation domestique a pris une part importante pour mettre en réserve des produits alimentaires en milieu rural ou péri-urbain, elle demande moins d’effort, moins d’investissement culturel et se trouve dépossédée de cette part de savoir et d’affectif. Enfin, la congélation, s’il s’agit d’un système efficace de mise en réserve, est beaucoup moins facile à transporter et sort pour cela du système de circulation que permet l’appertisation.

Car confitures, charcuteries sèches et surtout conserves stérilisées sont avant tout aisément transportables, comme si nous pouvions emporter, sans grande difficulté, une part de nous mêmes et de nos proches où que nous allions.

Les conserves sont une part de nous mêmes

Mais les longs entretiens que nous avons recueillis nous donnent à percevoir un glissement riche d’enseignements autour de cette notion de dons. Kevin, jeune salarié, nous parle avec un certain regret des conserves maison de ses parents, récemment retraités et qui ont abandonné la production de légumes au jardin : « Avant ma mère faisait des sauces tomates en bocaux. Elle a arrêté. C’est dommage ». En le questionnant, il nous dit plus loin « c’est marrant, mais quand ils viennent me voir (les parents), elle ne peut pas s’empêcher de me faire des courses. Et il y a toujours des conserves. Des trucs un peu rares, bons ». Dans ces courses-dons, sa maman n’oublie pas de mettre de « belles » boîtes de cassoulet ou de confit « artisanales », de « jolies » boîte de sardines à l’huile, ou encore des bocaux où les légumes sont « bien rangés ». Par ce geste, les conserves manufacturées se trouvent investies, ou du moins par leurs côtés « rares, bons, belles, jolies, bien rangées », d’un supplément de valeurs. Toute cette charge de la conserve familiale, symbolique, propre à l’imaginaire de la production domestique, glisse, par simple don, dans les produits achetés et provenant de l’industrie. Comme si la différence essentielle entre conserve maison et conserve manufacturée n’était pas tant dans le contenu mais dans le système de circulation, en devenant cadeau, fait entre membres d’une même famille. Ainsi, dans ce glissement de représentation culturelle, la barrière technique, de quantité et d’industrialisation, se trouve abolie par le simple jeu de la prise en charge par la mère d’un cadeau alimentaire fait à son fils.

Ne nous y trompons pas, cette valeur symbolique, dans le don, n’est certainement pas étrangère dans le fait que les conserves de légumes, de viandes, de poissons, de plats préparés et de condiments représentent la majorité des dons faits par les particuliers et les entreprises agroalimentaires de la conserve au banques alimentaires et aux associations caritatives d’aides aux personnes en situation de précarité.

Ce ne sont plus seulement les seuls produits alimentaires, qu’ils proviennent de la sphère domestique ou de l’univers de l’industrie, qui se trouvent au coeur de cette circulation de denrées. Par leur performance et leur stabilité, les conserves appertisées en arrêtant le temps, et en mettant à disposition quand le mangeur le désire leur contenu, mobilisent tout un ensemble d’intérêts et de nuances symboliques que leur procure le fait d’être un don. Au coeur de cette circulation, les conserves sont une part de nous mêmes, chargées de notions plus immatérielles que nous pouvons lui donner ou lui trouver seulement en les donnant.

En guise de conclusion de cette approche rapide de la notion du don des conserves, nous citerons à nouveau Mireille qui dans son travail auprès de populations en grandes difficultés, cherchent à les rassurer et tisser à nouveau les liens de la transmission pour ré-apprendre à cuisiner. Pour elle, « le don est aussi du savoir qui se fait dans le cadre familial par les explications pour l’utilisation des conserves. Ces explications, qui sont rarement des recettes mais bien plus des tours de mains, des manières de faire, données avec tendresse, affection et sensibilité, existent peu, même pas du tout dans le cadre du don alimentaire. Ce qui est indiqué sur une boite de conserve n’est bien souvent que technique, désincarné. Pourtant quand je vois une conserve manufacturée, je vois tous les efforts de travail qu’il y a derrière. Le travail de l’agriculteur et du conserveur n’est pas valorisé à sa juste valeur car ils font aussi partis du don, même quand nous achetons la conserve ».

[1] A lire : Trognon Alain. Bocaux hier, congélateur aujourd’hui. In: Economie et statistique, n°116, Novembre 1979. Clément A., Lagoutte C. L’autoconsommation de produits alimentaires dans les Combrailles d’Auvergne (région de St-Gervais). In: Économie rurale. N°176, 1986. pp. 45-46.

 

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Le hareng sort en novembre

 

Hareng pomme à l’huile de bistrot, gendarme, bouffi du casse-croûte populaire, et même personnage central d’un poème « pour mettre en fureur les gens graves et amuser les enfants petits », le hareng est un produit-étalon de ce que pourrait être la cuisine populaire.

 

Harengs au débarquement à Boulogne-sur-Mer.

Harengs au débarquement à Boulogne-sur-Mer.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,

Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,

Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

(Extrait du poème de 1872 de Charles Cros, « Le hareng saur »)

 

 

 

Tradition.

Pour la maison J.C. David, le mois de novembre est toujours la saison de mettre le feu à la sciure dans les corresses (armoires traditionnelles de fumaison). Comme le dit Jacky Durand dans « Le hareng de nos mers », « Entre Boulogne-sur-Mer et le hareng, c’est une très vieille histoire. Une histoire d’hommes et de saisons, d’eau et de feu. ». La région de Boulogne a construit sa réussite et sa richesse sur cette manne de fin d’année, l’époque où les harengs gras remplissent la mer au large de la côte, de Dieppe à Dunkerque.

Sur le Tiger (©Frédéric Briois).

Le Tiger péchant le hareng au large de Boulogne-sur-Mer (© Frédéric Briois).

Le Tiger péchant le hareng au large de Boulogne-sur-Mer (© Frédéric Briois).

A Boulogne, il y avait en 1964, 72 saurisseries (lieu où l’on fume les poissons). En 1982 il n’en restait plus que 35, et aujourd’hui, seulement 4 sont encore ouvertes. Car à être trop péché, le hareng a failli disparaître de la côte d’Opale. Sa pêche fut fermée dans les années 70, avant de rouvrir sous contrôle au début des années 80. Il fallut, pour préserver l’activité de ces entreprises, importer des harengs congelés de Norvège.

Harengs sur le Tiger (©Frédéric Briois).

Harengs sur le Tiger (©Frédéric Briois).

Le hareng, leurs pêcheurs, et leurs transformateurs entrèrent dans une nouvelle logique de production. Si le goût de ce poisson salé-fumé est bien inscrit dans notre imaginaire culturel, sous la forme des harengs pomme à l’huile, toute la structure économique de production se trouvait chamboulée pas seulement en raison de l’écroulement des stocks, mais pour d’autres raisons, tant culturelles que techniques.

Cheminées alignées de correctes dans la zone d'activité portuaire de Boulogne-sur-Mer.

Cheminées alignées de corresses dans la zone d’activité portuaire de Boulogne-sur-Mer

Après la seconde guerre mondiale, l’apparition de fours électriques permit de réduire énormément les temps de fumage, passant de plusieurs jours à quelques heures. S’il est encore possible de voir de nombreuses cheminées alignées de corresses au-dessus des toits de la Capécure (la zone industrielle portuaire de Boulogne), bien peu continuent à fumer.

 

 

Modernité.

Cuves de salage des harengs péchés au large de Boulogne-sur-Mer, chez J.C. David. C’est quand ces cuves sont pleines qu’un bouquet est offert au propriétaire de la saurisserie.

Cuves de salage des harengs péchés au large de Boulogne-sur-Mer, chez J.C. David. C’est quand ces cuves sont pleines qu’un bouquet est offert au propriétaire de la saurisserie.

Le sous-vide et la chaine du froid ont permis de diminuer le taux de salage et la durée du séchage par fumaison, ceux-ci devenant, au-delà de moyens de conservation, des vecteurs essentiellement de goût. Aujourd’hui, nous connaissons essentiellement des filets de harengs fumés sous cellophane, vendus sous l’appellation harengs doux. Pourtant la tradition proposait dans les épiceries et les poissonneries des harengs bien plus salés et fumés, vendus entiers en caissette de bois, les fameux harengs saurs. Ils furent, pour la cuisine en France et dans l’Europe du Nord, le « poisson du pauvre » des classes populaires et le « jambon de carême » ou « poulet de carême » des chrétiens pour les jours maigres entre Carnaval et Pâques. Ces harengs saurs ne sont consommés aujourd’hui que par des habitués et connaisseurs. Nous sommes ainsi face à une production connue de tous, mais offrant un visage complexe, révélateur de tensions dans les choix de production et le prolongement d’une tradition.

 

D’un côté, il y a cette tradition forte de mise en valeur de la pêche du hareng au large de Boulogne pendant le mois de novembre, par un savoir faire élaboré et spécifique de salage et de fumaison de ces harengs gras de fin d’année. C’est la valorisation d’un produit saisonné par des connaissances et bases d’un goût alimentaire, cette production donnant à manger un poisson fait pour le voyage et la conservation longue, au goût très marqué. Dans ce cas ce sont des poissons entiers, vendus sous des noms spécifiques (voire appellations) suivant s’ils sont ouverts ou pas, ou encore remplis d’oeufs ou de laitance, appelés génériquement, hareng saur, et attesté sous ce nom depuis le XIIIème siècle. Ce hareng saur, demande à être levé, préparé, pelé, cuisiné. De l’autre côté, nous avons des harengs doux, moins salés et moins fumés, souvent d’importation, donc n’ayant plus de lien avec une saison des harengs de novembre de Boulogne-sur-Mer, et directement utilisables, une fois sortis de leur sachet sous-vide. Ces harengs doivent être gardés au frais, mais surtout présentent un goût plus « moderne », plus consensuel, moins marqué culturellement.

Kippers à la sortie de la corresse chez J.C. David.

Kippers à la sortie de la corresse chez J.C. David.

Harengs doux d'importation au sortir des corresses pour être pelés avant conditionnement.

Harengs doux d’importation au sortir des corresses pour être pelés avant conditionnement.

 

 Modernité traditionnelle.

Feu de sciure dans les corresses.

Feu de sciure dans les corresses.

Et pourtant, pour la maison J.C. David, le mois de novembre est toujours la saison de mettre le feu à la sciure dans les corresses (armoires traditionnelles de fumaison).

Cette saurisserie a choisi de mettre au coeur de sa production la maîtrise du fumage traditionnel. C’est là que se joue un attachement fort à une pratique culturelle qui aurait très bien pu être balayée par la performance technique moderne. A l’inverse de ses concurrents saurisseurs, l’entreprise reprise par Monsieur Hervé Diers en 2001 (voir historique plus bas), a choisi de mettre au centre de sa production le savoir-faire du fumage traditionnel en corresse.

 

Hervé Diers, à la tête de l'entreprise J.C. David depuis 2001, passionné par les savoir-faire boulonnais.

Hervé Diers, à la tête de l’entreprise J.C. David depuis 2001, passionné par les savoir-faire boulonnais.

Michel Tintiller, maître fumeur, travaille chez J.C. David depuis l’âge de 14 ans.

C’est Michel Tintillier qui, à 58 ans, est toujours le maître fumeur, jouant des vents et de l’hygrométrie pour faire la meilleure fumée. Il forme aussi par un travail de transmission de futurs maître-fumeurs au sein de l’entreprise, pour assurer sa relève. Pour réaliser la meilleure fumaison, il a à sa disposition une production de sciure de chêne faite au sein de l’entreprise à partir d’arbres abattus localement dans une forêt domaniale. Ainsi, c’est bien la connaissance de la tradition qui donne sa valeur de goût aux harengs salés-fumés que produit cette entreprise. 20 tonnes, soit 5% de la production, sont encore issues de la pêche boulonnaise, des kippers et des bouffis caractéristiques de la tradition locale de cette maison.

 

Produit populaire et remarquable. 

La maison J.C. David a ainsi utilisé son expertise des processus de conservation, salage et fumaison, vecteurs de goût, au centre de sa légitimité culturelle, économique et commerciale. Elle valorise des produits comme l’églefin d’Islande pour faire du haddock, les harengs de Norvège pour faire perdurer la saison des harengs saur de Boulogne, le saumon d’Irlande et d’Ecosse pour son saumon fumé, tout en continuant, suivant les débarquements de la pêche locale et saisonnée à proposer des bouffis et kippers de pays. Ces produits fumés qui ont longtemps été des produits populaires moins cher que la viande, sont aujourd’hui reconnus et utilisés par des chefs comme Alain Ducasse, Pierre Gagnaire, Joël Robuchon, Yves Camdeborde et Alexandre Gauthier. En se déclarant « la plus moderne des salaisons traditionnelles », cette entreprise place les savoir-faire de la « tradition » au centre de son activité et de son argumentaire commercial, pas seulement comme un discours, mais bien comme une valeur ajoutée qualitative à ses productions. Un sachet de harengs fumés doux fumage fours électrique est vendu au environ de 2 euros, un sachet de harengs  fumés doux en corresse est vendu 4 euros. Le goût vaut peut être 2 euros.

Harengs fumés doux, au sortir de la corresse.

Harengs fumés doux, au sortir de la corresse.

 

Pour prolonger cette tradition, quand les cuves de salages des harengs locaux sont pleines, (fin-novembre/début-décembre), les employés de cette société continuent à offrir au « patron » un bouquet de fleurs normalement accroché au plafond de l’atelier, accompagné de ces fameuses petites cartes remerciant du travail à venir grâce à une bonne pêche.

Petit mot accompagnant le bouquet de fin de campagne.

Petit mot accompagnant le bouquet de fin de campagne.

Le bouquet offert par les employés de l'entreprise J.C. David le jour où les cuves de salage sont pleines. Ce bouquet est gardé toute l'année, jusqu'à la prochaine campagne de pêche.

Le bouquet offert par les employés de l’entreprise J.C. David le jour où les cuves de salage sont pleines. Ce bouquet est gardé toute l’année, jusqu’à la prochaine campagne de pêche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La reconnaissance qu’a acquise cette saurisserie auprès de chefs reconnus, et surtout en développant son activité et en augmentant et diversifiant ses productions, est construite tant sur sa performance technique traditionnelle, que sur la diversification de ses sources d’approvisionnement. Cette entreprise n’a jamais rompu le lien avec les pêcheurs de son lieu d’implantation, la liant symboliquement à l’histoire et à l’importance économique des harengs de saison de la région de Boulogne-sur-Mer.

Traditionnels bouffis en caissette.

Traditionnels bouffis en caissette.

 

Par Eric Roux.

Tous nos contenus sont libres de droits. PDF à télécharger : Le_hareng_sort_en_novembre_ERoux_OCPop

 

 

 

 

ANNEXES

Appellations : 

Caissettes en bois de Kippers et Bouffis.

Caissettes en bois de Kippers et Bouffis.

Hareng-saur, terme générique pour désigner les harengs entiers salés et fumés.

Bouffis, harengs entiers avec rogue (oeuf) ou laitance, salés et fumés.

Craquelots, harengs entiers avec rogue (oeuf) ou laitance, salés et fumés.

Gendarme, salé au minimum 9 jours, fumé, nommé ainsi en référence à la raideur du gendarme représentant de la loi.

Kipper, hareng ouvert par le dos, salé et fumé.

Hareng salé, seulement salé et conservé en caques (barriques).

Filets de hareng doux, poisson levé en filets, moins salé, plus légèrement fumé et conservé sous vide au frais.

 

Historique de la maison JC David :

1922

Madame Marcelle DAVID, alors âgée de 11 ans, commence à travailler dans une salaison maritime réputée de la ville.

Elle finit sa carrière en tant que «contre–dame» et transmets à son fils, Jean–Claude, son savoir–faire.

1973

Jean–Claude DAVID crée la SA J.C. DAVID et débute son activité de saleur/saurisseur dans un petit atelier artisanal de la zone portuaire de Boulogne-sur-Mer, appelée CAPECURE.

Il réserve sa production au commerce de détail, aux grandes brasseries parisiennes traditionnelles et aux grossistes qui les fournissent.

2001

Le 21 Septembre, J-C DAVID part en retraite et vend les établissements J.C. DAVID à Hervé DIERS. Ce dernier avait occupé des postes de management au sein d’entreprises de référence comme FRIGECREME.

Il se spécialise ensuite en Bretagne, dans la salaison de charcuterie, en prenant la direction opérationnelle du développement du Grand Saloir Saint–Nicolas.

2007

Le 2 novembre, les établissements J.C DAVID déménagent et investissent les anciens bâtiments de la plus célèbre salaison maritime traditionnelle : les anciens établissements Gaston SEILLIER, fondés en 1928. Les bâtiments avaient été abandonnés depuis 1996. Deux millions d’euros ont été investis afin de permettre à cette maison de qualité de devenir la plus moderne des salaisons traditionnelles.

Ses 20 fours à bois et ses 6 fosses à harengs de 6 tonnes chacune lui permettent de rester la plus ancienne mais également la plus traditionnelle des salaisons maritimes d’Europe.

2011

L’entreprise a obtenu le 6 mai 2011 l’accréditation IFS Food niveau Supérieur

 

Bibliographie :

« Le hareng, histoire et recettes en Côte d’Opale », François Guennoc, Tony Lestienne, Xavier Nicostrate, Punch éditions, 2005.

« Le hareng de nos mers. Une histoire, des recettes, des adresses », Jacky Durand, Tony Lestienne, Les Quatre Chemins éditeurs, 2009.

« Vagues à larmes », Frédéric Briois, 2016.

A voir, le formidable film de Jean Gaumy « La Boucane », tourné en 1985 à Dieppe,

disponible aux éditions Montparnasse : Extrait 1 Extrait 2

 

À la recherche des cahiers de cuisine familiaux

Par Eric Roux

Depuis octobre 2015 nous avons entamé la création d’un corpus de cahiers de cuisine familiaux, afin d’essayer de comprendre ce qu’ils représentent réellement. Pour chacun d’entres-nous, ces cahiers évoquent des papiers jaunis, des recettes notées d’une écriture élégante, et surtout la promesse d’une transmission de recettes et de savoirs familiaux. Ce travail de recherche, mis en route un peu au hasard sur le Facebook d’Eric Roux, a permis aujourd’hui de recueillir une petite cinquantaine de cahiers. C’est un début encourageant, où les volontaires ont pris la peine de scanner leur précieux document.

Pour avoir une base de travail suffisante, il nous faut sans doute réussir à réunir une centaine de ces cahiers. Mais déjà se profile une première classification de ces héritages familiaux.

 

Cahier de cuisine école ménagère

Cahier de cuisine école ménagère

Il y a, à priori les plus nombreux, des cahiers si bien tenus, si bien organisés, écrits souvent à l’encre violette d’une jolie écriture de jeune fille qui témoignent de la grande importance des écoles ménagères tout au long du vingtième siècle dans la diffusion d’une cuisine organisée et nationale. Pour certains, ils ne semblent jamais avoir été utilisés de manière intensive. Ils sont propres, sans tâches ni commentaires et sans rajout de découverte gourmande. Pourtant, ils sont bien la mémoire de cette cuisine dite bourgeoise qui se diffusa tout au long du vingtième siècle et à la fin du dix-neuvième et qui marque toujours notre imaginaire de la « cuisine française ».

Cahier de cuisinière de maison bourgeoise (communiqué par Vincent R.)

Cahier de cuisinière de maison bourgeoise (communiqué par Vincent R.)

Viennent ensuite les cahiers de cuisinières de maison bourgeoise. Outil de travail des personnes qui exerçaient leurs talents comme domestiques attachés en cuisine, ces cahiers sont les témoins de repas de maisons où il existait un certain niveau de vie et des moyens conséquents pour alimenter la maisonnée. Ces cahiers sont écornés, tachés de gras, ils ont été utilisés et devaient représenter une réelle accumulation de savoir pour exercer son métier surement.

Il existe aussi les cahiers de cuisine de passionnés. Ces mordus de cuisines ont existé tout au long du dix-neuvième et du vingtième siècle, recueillant scrupuleusement les recettes de familles, des amis, de la région, celles qu’ils réalisaient au jour le jour. Ils ont parfois aussi noté comme pour un journal intime, les détails des repas d’apparat qu’ils confectionnaient pour les proches. Ils sont riches d’enseignements sans être la photographie exacte de la nourriture des familles en général.

Cahier de type compilation (écrit par Francine R.)

Cahier de type compilation (écrit par Francine R.)

Enfin il existe les cahiers compilatoires. Ceux-ci sont fait de notes, de gribouillages, de collages et d’emprunts divers aux livres de cuisines et aux revues. Derrière ces accumulations de désirs culinaires, nous entendons la petite phrase  « un jour, j’essaierai ça ». Mais les cuisiniers et les cuisinières sont-ils passés à l’acte? Nous ne le saurons jamais. Mais ces cahiers représentent bien les désirs et la cuisine fantasmée de nombreux apprentis cuisiniers et cuisinières.

Cahier de passionnée (confié par Suzon V.)

Cahier de passionnée (confié par Suzon V.)

A côté de ces cahiers directs pourrions nous dire, réalisés de la main des cuisiniers réels, potentiels ou rêvés, il existe les recueils. Ceux, faits par une fille, une petite-fille auprès d’une mère ou d’une grand-mère, cherchant à recueillir les savoirs et les goûts familiaux. Ils sont une touchante ethnographie spontanée et familiale mais avec peut-être plus de distance vis-à-vis de la pratique culinaire.

Enfin, existent les cahiers publiés, divers, parfois littéraires, ou juste documents. Nous en avons recensé une petite trentaine pour l’instant. Du magnifique et très touchant « Les carnets de Minna » proposé par Anne Georget, à « Cuisinière Lyonnaise » des éditions Stéphane Bachés en passant par le « Je cuisine comme un chef » de Vercors ou les cahiers imaginaires de « Margaridou ».

Aujourd’hui la recherche est continue et ne s’arrêtera que le jour où nous considérerons l’échantillonnage suffisant pour recouper et interpréter tous les savoirs que nous livrent ces cahiers de cuisine.

L’élément le plus important devant les accompagner est bien leur contextualisation sociale. Qui les a écrit, quand, comment et peut être pourquoi, sont indispensables à leur compréhension.

Pour l’instant nous avançons à tâtons, mais nous espérons que prochainement des étudiants en sciences humaines nous contacterons, amenant pour étudier ces cahiers de cuisines, méthodologie et problématique.

Nous vous donnons en annexe le petit texte publié sur Facebook pour appeler à nous communiquer ces cahiers de cuisine. Surtout n’hésitez pas à participer à cette collecte.

Annexe 

« Bonjour,

Merci de vous être favorablement manifestés pour participer à la collecte de cahiers de cuisine proposée sur mon compte Facebook.

Acceptez mes excuses, tout d’abord pour ce texte impersonnel, mais le but de cette réponse collective est bien d’essayer de structurer ce travail mis en route. Soyez très sincèrement remerciés pour votre confiance et pour le temps investi dans ce projet.

La cuisine de famille, de ménage, populaire et quotidienne n’est pas assez mise en valeur et étudiée. Entamer cette recherche sur les cahiers de cuisine est une manière, modeste, de rendre hommage à tous ces cuisiniers et cuisinières, d’une société en mouvement.

Ces cahiers de cuisine familiaux sont une source d’informations inestimable sur la cuisine réellement pratiquée et parfois seulement rêvée ou désirée, des familles et des cuisiniers et cuisinières dits amateurs.

Depuis longtemps j’envisage de travailler sur ces cahiers. Mais comment?

Je cherche tout d’abord à constituer un échantillon de documents dans le but d’essayer de percevoir soit des structures communes, soit des différences récurrentes. Ils sont aussi sans doute la photographie de pratiques alimentaires communes ou différentes suivant l’origine, l’époque et les classes sociales. Pour l’instant ce travail est purement personnel, mais pourrait être confié, si le sujet semble assez riche, à un étudiant en sociologie ou en ethnologie (il faudrait dans ce cas réussir à constituer un corpus d’au moins 100 documents convenablement renseignés sociologiquement). L’Observatoire des Cuisines Populaires (OCPop), dans le prolongement du dossier sur la transmission, sera aussi mis à contribution, pour publier des éléments de ce travail et inciter chacun à collecter, préserver, archiver, dupliquer, et pourquoi pas composer ces cahiers de cuisine. J’ai bien sûr aussi l’idée à terme de publier un ouvrage consacré aux cahiers de cuisine, mais seulement si la pertinence de ce travail s’avère réel et avec l’accord de chacun.

Dans un premier temps, et c’est certainement le plus fastidieux, pourriez vous scanner ou  photocopier dans son intégralité le document dont vous m’avez parlé (je sais c’est un travail rébarbatif et long). La notion d’intégralité est très importante afin de prendre en compte, du format, de la présentation, des sujets annexes ou parallèles, de son organisation. Je doute que vous soyez d’accord pour m’expédier votre précieux carnet par la poste afin que je réalise ce travail moi-même, avant de vous le retourner.

Dans un deuxième temps, il est très important de savoir d’où vient ce carnet. En effet, par delà la valeur affective de chaque document, pour mener à bien un travail comparatif, il est indispensable de connaître le «profil sociologique» de chaque carnet. Pour cela vous pouvez répondre à la liste de questions ci-jointe.

Nom et prénom de l’auteur.

Date de naissance, lieu de naissance.

Age lors de la rédaction ou à quelle époque de la vie de l’auteur a-t-il été rédigé?

Quelle activité professionnelle avait l’auteur ou dans quel milieu social vivait-il?

Où habitait-il lors de la rédaction du cahier?

Situation de famille à l’époque de la rédaction et/ou de l’utilisation.

Vous pouvez aussi, si vous le souhaitez, raconter ce que représente ce carnet, son cheminement, son histoire, pour essayer de contextualiser avec précision ce qu’est ce carnet.

Merci à vous de m’aider dans ce travail. Vous serez bien sûr tenus au courant de l’avancée de la collecte et du travail concernant ces carnets de cuisine.

Vous pouvez également me téléphoner pour que nous en discutions de vive voix.

0670484684

Amitiés, à très bientôt. »

Tous nos contenus sont libres de droits. Téléchargez le PDF : CahiersCuisineFamiliaux_RacinesPopulaires_OCPop.docx.

Premiers regards sur nos placards

placardSur la base des premières réponses à notre enquête sur nos placards en cuisine, 23 questionnaires et 100 photos, nous pouvons déjà dégager un certain nombre d‘observations (1). Balise de notre quotidien, les placards de cuisines rythment notre nourriture. L’épicerie et les produits s’y accumulent pour nous permettre de faire face à nos envies et nos habitudes en cuisine. Mais que renferment-t-ils réellement ? Sont ils rangés ou à l’image de nos envies de désordre ? Ils sont le témoin de notre nourriture quotidienne et de nos repas de fêtes. Cette enquête est en cours et deviendra de plus en plus pertinente au fur et mesure de nouvelles réponses, mais nous pouvons déjà voir apparaître plusieurs constantes, donnant une image de nos réserves en cuisine.

 

Parler de son ou ses placards en cuisine soulève une ambiguïté sur l’intimité, la représentation sociale. Plusieurs informateurs ayant déjà répondu ou promettant une réponse, avouent implicitement dans leur discours une certaine gêne, une certaine timidité face à la familiarité de leurs choix alimentaires. “Je ne suis pas un grand cuisinier. Tout ce qu’il y a dans mon placard n’a rien d’extraordinaire”.  Ou encore “Je ne cuisine pas. De la semoule pré-cuite, des boîtes et des sucreries industrielles pour grignoter”.

Le placard de ces informateurs revêt une représentation sociale, où l’acte culinaire que laisse supposer les réserves, serait une image forte du niveau culturel. Plus simplement, parler et ouvrir son placard montre à voir l’investissement dans la cuisine comme acte fort de son niveau et de ses choix de vie. “Je ne suis pas très fier de ce que je mange. Je n’ai ni le temps, ni l’envie, je ne fais pas beaucoup d’efforts”.

A l’inverse, pour la grande majorité de nos informateurs, parler de son placard en cuisine, c’est exprimer avec une certaine fierté, sa capacité à choisir avec discernement son alimentation, pour le bon goût que l’on offre à sa famille et à ses amis. Parler de son placard est valorisant et permet de se montrer.

placIl existe un vrai plaisir à parler de ses placards.Les denrées alimentaires sont stockées dans un très grand placard à côté du frigo. Même si les produits ont tendance à coloniser les autres placards, voire le sous sol à certaines périodes de cuisine intense pour grands ou petits événements familiaux ou amicaux qui ne sont pas rares. En règle générale mes placards sont en désordre, toute la famille puise dedans et range dans les places vides sans aucune logique. Leur contenu est donc dans ma mémoire et elle est des plus incertaines. Cependant tous les mois je prends le taureau par les cornes et je fais le bilan des produits, dates de péremption, je range, je réorganise pour que tout finisse sens dessus dessous en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les placards sont remplis assez régulièrement, je dirais avec une fréquence hebdomadaire pour les produits basiques indispensables à une famille composée de 3 ados affamés. Cependant, j’achète très régulièrement des nouveaux produits glanés au gré de mes pérégrinations culinaires ou lors de mes voyages, dans les magasins spécialisés, les exotiques, les bios, les suédois, les italiens, les anglais. Et ils contiennent aussi des produits étranges que mes amis me ramènent de leurs voyages.

Deux groupes s’opposent à peu près à parts égales par le rangement du placard : ceux qui classent, et ceux qui empilent. Lorsque je remplis le placard, je mets les anciens devant : comme au supermarché (pour manger les plus anciens)”. Mais il semble, que même dans l’empilement, il existe toujours une forme de rangement. Dans la plupart des cas, quatre lieux organisent les placards :

  1. L’indispensable à la cuisine de tous les jours regroupant les bouteilles d’huile entamées, le ou les vinaigres, le sel, le moulin à poivre ou le poivre moulu, et une base d’assaisonnement composé suivant les informateurs, d’épices, de fonds lyophilisés, de sauce soja. “D’autres produits d’épicerie trônent également ça et là sur mon frigo ou sur mon plan de travail.” Pas forcément considéré comme un placard stricto sensu, cette base quotidienne semble être le métronome de la pratique alimentaire.
  2. La réserve des réserves, où se trouve ce qui est à la base de la cuisine comme épicerie sèche neuve ou entamée et refermée. Pâtes, huiles neuves, farine, boîtes de conserve…
  3. Le sucré. C’est le placard ou l’endroit dévolu au petit déjeuner et à la pâtisserie.
  4. Enfin, pour ceux qui indiquent posséder des conserves maison, un lieu privilégié, encore plus intime ou relevant une plus forte valeur affective, où sont mis en réserve confitures et bocaux provenant de la production maison, familiale ou amicale. Plusieurs fois citées, si les conserves sont reçues en cadeau, des informateurs avouent tenir à ces conserves maison données, sans pour autant vraiment les utiliser. “Ce sont celles que je reçois de mon père et de ma grand-mère. Deux pots de confitures qui sont la production de l’année, et quelques conserves de coulis de tomates jamais touchées, trop difficiles si ce n’est impossible à ouvrir.”

placc

Si le placard possède la capacité à suivre et fournir la nourriture de tous les jours, il est aussi pour les ¾ de nos informateurs à la base de l’impromptu, prévu et mis en réserve. “Je ne suis jamais prise au dépourvu, pouvant rester 15 jours, voire un mois sans faire de courses si je suis seule. Il faut dire que la maison est toujours pleine et que je dois faire face à n’importe quel moment pour un dîner ou un apéro.

Les placards en cuisine montrent dans 8 cas sur 23 une forte relation à la transmission. Ils sont une manière de prolonger l’origine, l’éducation, les manières de faire de la famille. “Les placard, je crois que c’est ce que ma mère m’a transmis, plus que les recettes. Elle avait une pièce entière qui faisait office de « réserve », on l’appelle d’ailleurs toujours comme ça. Et je ne l’ai jamais vue prise au dépourvu quand mon père annonçait à 8h qu’il débarquait avec 8 personnes à dîner. Chez moi c’est un peu pareil, mais je n’ai qu’un placard… certes un gros placard. Donc j’ai de quoi tenir un siège.

Les photos de placards

dn-h50-maule-78-marie-3-enfants-3Les photos que nous avons pour l’instant recueillies permettent un regard sur l’abondance de tel ou tel produit. Ces fréquences, pas forcément très lisibles dans les questionnaires, sont mises en évidence sur ces photos. Elles semblent révélatrices d’habitudes d’achats et d’alimentations qu’il faudra, d’ici la fin de notre enquête, interroger. Les choix d’achat, l’apparition de nouvelles pratiques, les changements concernant le fait-maison, sont déjà au coeur du regard que nous pouvons porter.

Dans les relevés que nous vous donnons, nous n’avons pas pour l’instant essayer de classer les placards suivant les quatre catégories pré-citées. Les 34 informateurs ayant fait parvenir des photos, peuvent avoir de 1 à 5 placards. Nous avons pris comme base de calcul des pourcentages de présence, le nombre d’informateurs et non le nombre de photos. Fait remarquable, seul 27% des informateurs ont de la farine dont 22% de farine de sarrasin. Ce qui pourrait laisser supposer que peu d’informateurs utilisent ou ont en réserve de la farine pour la pâtisserie. A moins, que la farine ne soit achetée au coup par coup lors de l’utilisation et peu mise en réserve.

placards53% ont de l’huile en réserve, dont 50% d’huile d’olive (par ordre décroissant huile d’olive marque, artisan et/ou bio, marque distributeur), 33 % d’huile composée (7 sur 10 Isio4), nous pouvons aussi remarquer une bouteille d’huile de colza bio. Ce chiffre concerne les bouteilles d’huile en réserve, sans doute les utilisateurs gardent-ils leurs huiles entamées à proximité de leur table de cuisson. Fait remarquable dans le changement de nos habitudes alimentaires, 21% des informateurs possèdent de la sauce soja.

27 % des informateurs ont du Nutella entamé ou en réserve. Enfin, 21% des informateurs possèdent un placard réservé ou en parti occupé par des conserves maison, réunissant du confit de canard, des sauces tomates, des fruits au sirop ou à l’alcool et surtout des confitures.

placfCe regard photographique sur les placards, semble très révélateur de notre alimentation quotidienne. Le développer permettrait d’avoir une vision dynamique de nos désirs alimentaires. Il est important que vous sollicitiez votre entourage familial, professionnel et vos amis pour participer à cette enquête.

 

 

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : placards_premiersregards_eroux_ocpop

Notes :

(1) 23 questionnaires nous sont déjà parvenus, tous venant de zones urbaines, 10 en provenance de Paris et sa région, les autres, sont également répartis sur le territoire (2 à Lille, 1 à Montpellier, 2 à Bordeaux, 2 à Nantes, 3 à Lyon, 1 à Clermont-Ferrand, 2 à Marseille, 1 à Belfort). L’Est de la France est pour l‘instant sous-représenté. 20 nouveaux questionnaires sont attendus pour le début de l’année cherchant à mieux prendre en compte l’Est et le Nord de la France. Pour l‘instant ceux qui nous ont répondu, sont surtout de jeunes parents, 30 à 45 ans, avec 1 à 3 enfants, et plutôt des cadres. 4 informateurs sont des étudiants ou des jeunes travailleurs sans enfant, et 2 informateurs sont âgés de plus de 60 ans. 100 photos de placards nous sont pour l’instant parvenues.

 

Les conserves sont des produits culturels

HR / Femmes / 58 ans / mariée / 3 enfants

HR / Femmes / 58 ans / mariée / 3 enfants

A la recherche de nos manières de penser, l’achat, la fabrication, l’utilisation, le stockage, la cuisine, le don des conserves appertisées.

Mise en place d’un travail d’enquêtes qualitatives sur la représentation des conserves en cuisine pour l’Uppia (Union interprofessionnelle pour la Promotion des Industries de la conserve Appertisée).

 

 

Par Eric Roux

A retenir de l’article :

« Plus spécifiquement la conserve appertisée est une opportunité, un choix du possible, de notre alimentation quotidienne. Comme toutes nourritures, ce sont nos manières d’être et de penser culturelles qui bien souvent nous les font choisir. Mais connaît-on réellement ces motivations culturelles que les mangeurs utilisent, parfois de manière implicite, pour ranger et/ou puiser ces conserves dans leur placard ? »

« Proche ou éloignée de l’assiette, bonne ou mauvaise, matière au don, temps suspendu, matière première au même titre que le produit brut, propos esthétique et littéraire, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous dans le cadre de cette étude, propre à alimenter la réflexion sur la place occupée et/ou la place à conquérir des conserves dans nos manières de manger aujourd’hui. »

La conserve est un monde. Plus spécifiquement la conserve appertisée est une opportunité, un choix du possible, de notre alimentation quotidienne. Comme toutes nourritures, ce sont nos manières d’être et de penser culturelles qui bien souvent nous les font choisir.

Mais connaît-on réellement ces motivations culturelles que les mangeurs utilisent, parfois de manière implicite, pour ranger et/ou puiser ces conserves dans leur placard ?

Conserver c’est maintenir des denrées, des produits alimentaires, en bon état et les préserver de toutes altérations.
Dans le travail d’enquêtes sur les placards en cuisine mené par l’Observatoire des Cuisines Populaires, 100% des photos collectées, donnent à voir des conserves. Et ce sont les conserves du commerce et les conserves domestiques, qui se joignent dans cet espace de la cuisine à venir qu’est le placard en cuisine, à disposition du désir des mangeurs.

Par-delà la valeur marchande et alimentaire des conserves, elles fonctionnent aussi dans un univers de conscience culturelle qui reste à étudier. Interroger qualitativement les mangeurs-consommateurs, doit permettre de rendre intelligible cette part de sensible, qu’est notre perception culturelle des conserves.

C’est une différence de degrés et en aucun cas de nature qui différencie les conserves de l’agro-alimentaire et celles de l’univers domestique. En effet, procédant d’un même désir, en reportant dans le temps la consommation d’un aliment, les conserves et non la conserve, procèdent selon des faits alimentaires et culturels identiques.

DL / Homme / 37 ans/ marié / 2 enfants

DL / Homme / 37 ans/ marié / 2 enfants

En effet, si elles sont bien évidemment une réalité économiquement forte de l’agro-alimentaire française, et un moyen alimentaire pratique et sanitairement très sure pour les consommateurs, elles sont, comme toutes productions humaines, chargées de valeurs esthétiques, symboliques, et de manière générale de valeurs culturelles.

C’est cette part, sous-entendue, non-dite, implicite, à haute valeur qualitative que nous nous proposons d’aborder et d’étudier. Mettre en évidence du côté du mangeur, du consommateur, les abstractions, souvent non-verbalisées, des conserves en tant qu’objet culturel.

Conserver, c’est cuisiner, au sens de médiatiser l’acte culturel, faisant passer un produit brut à une denrée bonne à penser donc bonne à manger. C’est sans doute pour cela que les différences techniques, boîtes métalliques et pot en verre par exemple, ne sont pas perçues comme clivantes par nombre de consommateurs, utilisateurs et producteurs. Dans l’imaginaire de la conserve la porosité de représentation et de perception vis à vis du produit est beaucoup plus englobante et unitaire qu’il ne pourrait être imaginé.

En observant ainsi la conserve, elle devient avant tout produit culturel avant d’être une réalité technique. Cet aspect culturel est à même de nourrir toute une réflexion sur ce que nous pourrions nommer leur imaginaire.
Proche ou éloignée de l’assiette, bonne ou mauvaise, matière au don, temps suspendu, matière première au même titre que le produit brut, propos esthétique et littéraire, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous dans le cadre de cette étude, propre à alimenter la réflexion sur la place occupée et/ou la place à conquérir des conserves dans nos manières de manger aujourd’hui.

Il n’y a aucune innocence, ni aucun hasard, à voir les conserves du commerce être abondamment utilisées par l’économie solidaire, et les conserves domestiques être matière à dons amicales et familiales. Les conserves sont au coeur d’échanges culturels, valorisés par le don.
Elles font ainsi partie de la large palette de la cuisine du quotidien et populaire de notre culture alimentaire. Elles investissent, de la même manière que tout autre produit, les infinies possibilités de notre palette à manger.

En cela, s’il existe un monde entre la maîtrise technique des professionnels de la conserve et le «bricolage» (au sens ethnologique) des amateurs, ces deux opposés, ces deux extrémités d’un même monde de la mise en réserve, alimentent souvent dans la même direction l’imaginaire culturel que projette sur les conserves leurs utilisateurs.

Quelques articles intéressant le regard sur les conserves, disponibles en téléchargement :

  • Anne Lhuissier, «Éducation alimentaire en milieu populaire: des normes en concurrence», Journal des anthropologues, 106-107 | 2006, 61-76.
  • Isabelle Garabuau-Moussaoui, « La cuisine des jeunes : désordre alimentaire, identité générationnelle et ordre social », Anthropology of food [Online], Issue 0 | April 2001, Online since 01 April 2001, connection on 29 January 2016. URL : http://aof.revues.org/975
  • « Les dimensions profondément culturelles du manger », Auteur Aziliz Gouez, Revue Economie et humanisme, Numéro n° 380, mars 2007, Les défis de l’alimentation – Qui n’est pas responsable ?
  • Pascal Brioist et Jean-Christophe Fichou, « La sardine à l’huile ou le premier aliment industriel », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 119-4 | 2012, 69-80.
  • Mainié Philippe. « Grandes firmes interterritoriales et recherche privée : l’exemple de l’industrie de la conserve aux Etats-Unis ». In: Économie rurale. N°66, 1965. pp. 11-24.
  • Angela Procoli, « Du frais mis en boîte » : le cas de la conserve de pâté pur porc Hénaff », Ruralia [En ligne], 10/11 | 2002, mis en ligne le 10 juillet 2006, consulté le 28 janvier 2016. URL : http://ruralia.revues.org/299
  • Robert-Muller C. « La pêche et la conserve du thon dans la Bretagne de l’Atlantique ». In: Annales de Géographie, t. 45, n°256, 1936. pp. 375-398.
  • Raynal René. « L’industrie de la conserve des poissons au Maroc. ». In: Annales de Géographie, t. 60, n°319, 1951. p. 153.
  • « Efficacité et stratégie des groupements de producteurs : l’exemple des groupements de producteurs de pois de conserve », Bruno Ribon, Économie rurale 01/1979; 129(1):28-35. DOI: 10.3406/ecoru.1979.2613
  • Verdier Yvonne. « Pour une ethnologie culinaire ». In: L’Homme, 1969, tome 9 n°1. pp. 49-57.
  • Doris Hayn, «Les pratiques alimentaires du quotidien, un ensemble complexe en mutation constante. », Le Courrier de l’environnement de l’Inra, ISSN 1241-3992, Nº. 57, 2009, pages. 53-62

 

Tous nos contenus sont libres de droits. Téléchargez le PDF : Conserves_ProduitsCulturels_ERoux_OCPop

Le bouillon, à la source et à la renaissance de la cuisine populaire

Par Jean-Paul Frétillet

Couv-BouillonsDans un ouvrage récent, gourmand et didactique, le chef William Ledeuil, fait l’éloge du bouillon. Il est l’un des rares cuisiniers français à en servir à la table de son restaurant Ze Kitchen Galerie (1 étoile Michelin).

Généralement, le bouillon ne sort pas de la cuisine. C’est un ingrédient, une aide culinaire, un des maillons des recettes françaises (sauces, soupes, potages, veloutés…) qu’elles soient bourgeoises, gastronomiques ou populaires. C’est d’ailleurs à cette dernière que s’accrochent les souvenirs de bouillon de William Ledeuil : « (ils) remontent à l’enfance ; chez ma grand-mère à la campagne. Je rentrais de l’école en fin d’après-midi et chaque jour il y avait un bouillon qui mijotait sur le coin du feu pour la soupe du soir. Je me remémore également le casse-croûte matinal de mon oncle qui était boucher, il y avait toujours l’incontournable bouillon de pot-au-feu ».
Ces deux images fleurent bon aujourd’hui la nostalgie.

En 2016, chez combien de grand-mères ou de bouchers, un bouillon pour la soupe ou pour le pot-au-feu mijote dans la cuisine ? C’est devenu l’exception.
Même si le bouillon est toujours aussi populaire. Il l’est d’une manière indirecte ou par délégation à l’industrie agroalimentaire.
Celle-ci s’est arrogée le marché de la soupe (en brique, surgelée ou en sachet) qui consiste d’abord à préparer un bouillon. Mais surtout, et depuis le XIXème siècle, l’industrie agroalimentaire a initié une révolution en inventant le bouillon lyophilisé en cubes.
Cette innovation est notable et intéressante à bien des égards, marquant une rupture dans la cuisine populaire. Elle libère la ménagère de la préparation quotidienne du bouillon, habitude plus que millénaire. Elle est la première immixtion de l’industrie dans l’univers de la cuisine et initie le mouvement du « prêt à manger », du « fait comme la maison » et du « vite fait ».

EPSON MFP imageTout est résumé dans le titre à rallonge de l’ouvrage de Denis Papin, inventeur du digesteur (ancêtre de la cocotte minute) : La manière d’amollir les os et de faire cuire toute sorte de viandes, en fort peu de temps et à peu de frais, avec une description de la marmite dont il faut se servir pour cet effet, ses propriétés et ses usages, confirmés par plusieurs expériences.

Nous sommes en 1682, soit trois siècles avant le bouillon cube ! Denis Papin pose les termes de la révolution en marche.
Ce n’est pas tout. Le bouillon cube est d’un étonnant avant-gardisme puisqu’il repose sur la miniaturisation, un sel technologique qui est l’obsession de notre époque. La quête de l’infiniment petit (de la communication aux nanotechnologies) modèle nos comportements, mobiles, nomades, avec cette illusoire ubiquité : ici et ailleurs et partout en même temps. Notre façon déstructurée de manger n’est-elle pas la meilleure illustration de cette manière de vivre ?

Le bouillon cube, et c’est peut-être l’aspect le plus pernicieux de cette innovation, portait les germes de la déliquescence contemporaine du savoir-faire et du geste en cuisine.
C’est surtout vrai dans la restauration où les bouillons, fonds et autres fumets lyophilisés sont désormais la règle et la marmite bouillotant sur le piano, l’exception.

Sur le plan historique, il y a une double ironie à la quasi disparition du bouillon « fait maison » dans les restaurants. D’abord parce que le bouillon est la charnière du basculement, dans le haut de la hiérarchie sociale, d’une cuisine moyenâgeuse vers la « grande cuisine », celle des maîtres queux puis des chefs qui passeront des palais royaux aux restaurants après la Révolution Française. Ce faisant, le bouillon s’embourgeoise dans des plats raffinés tandis qu’il reste le socle de la cuisine des classes populaires. Dans les villes, le « bouillon » est aussi l’unique lieu de restauration collective sans compter les nombreux marchands ambulants (on appelle cela des food-truck aujourd’hui !). On y consomme des bouillons qui « restaurent » ce qui donnera le nom des restaurants au XIXème siècle.

Dans la cuisine familiale, faire un bouillon à un caractère exceptionnel et l’idée que l’on s’en fait est en parfait décalage avec la réalité. J’en ai été récemment le témoin quand disant à mes invités que j’avais réalisé un bouillon de poule pour confectionner le plat qu’ils consommaient. A leur réaction, j’avais l’impression d’avoir commis un exploit culinaire et ils goûtaient le plat avec une attention redoublée. A la vérité, le bouillon est un jeu d’enfant pour peu qu’on sélectionne des ingrédients de qualité.

Livre Bouillons WLC’est l’un des messages du livre de William Ledeuil qui démontre, une fois de plus, comme l’écrivait Alain Chapel que la cuisine, c’est plus que des recettes. Le chef de Ze Kitchen Galerie remet le bouillon au cœur de la cuisine et du restaurant un peu comme l’église au centre du village. Cet ouvrage est le fruit d’une expérience, d’une réflexion sur la cuisine française et d’une rencontre avec les cuisines d’ailleurs. Nous y reviendrons en conclusion.

Le bouillon est universel et séminal de toutes les cuisines du monde, et donc de la civilisation. Il est né dans la maîtrise du feu. Le jour, où l’homme a eu l’idée de jeter des pierres chaudes dans un trou creusé dans la terre, rempli d’eau et agrémenté de légumes et de viande, le bouillon a vu le jour, ou plutôt un limbe de bouillon. Il a fallu attendre la révolution du néolithique et les premières marmites pour parfaire sa cuisson. L’homme a maîtrisé les grillades avant le bouilli. « L’ordre qui va du rôti au bouilli est à la fois temporel et culturel. C’est celui d’une humanité engagée sur la voie qui va du mal au mieux » explique l’helléniste et anthropologue Marcel Detienne.

Dès lors, le bouillon emprunte des chemins différents selon les régions du monde. En France, on l’a vu, jusqu’à la fin du Moyen Âge, il est au centre du repas dans les soupes et les brouets. Ce qui partage la classe dominante du peuple est la somme des épices et des aromates que l’on y ajoute. En 1651, dans son ouvrage le Cuisinier François, qui marque le passage de l’ancienne à la nouvelle cuisine, La Varenne commence par une recette de « Bouillon pour la nourriture de tous les pots, soit de potage, entrée, ou entremets ». Le liquide magique devient le rouage d’une nouvelle mécanique culinaire qui a toujours cours avec les fonds et les sauces. C’est confirmé quarante ans plus tard par François Massialot dans son livre Le Cuisinier roïal et bourgeois.

Comme souvent en France, pas de bon bouillon, sans un vrai débat. Il tourne autour de l’osmazôme, une notion définie par le chimiste Louis Jacques Thénard et porté à la connaissance du grand public par son contemporain Brillat Savarin, à la charnière des XIII et XIXème siècle. Plus tard, Alexandre Dumas, le père, pour qui « Il n’y a pas de bonne cuisine sans bon bouillon » et c’est ce qui fait la supériorité de la cuisine française, précise : « L’osmazôme est cette partie éminemment sapide de viande qui est soluble à l’eau froide et qui se distingue de la partie extractive en ce que cette dernière n’est soluble que dans l’eau bouillante ; c’est l’osmazôme qui fait la valeur des bons potages, c’est lui qui en se caramélisant forme le roux des viandes ».

La querelle entre les partisans du départ à froid ou non du pot-au-feu était lancé. Plus d’un siècle plus tard, le chimiste Hervé This tentera de mettre tout le monde d’accord. En attendant, le facétieux Joseph Favre dans son Dictionnaire universel de cuisine pratique s’inscrit en faux contre Brillat Savarin et autres Dumas : « Quelques savants (…) prétendent que toute la quintessence alimentaire du bouillon se trouve renfermée dans l’osmazôme. Erreur que je réfute, quinze ans d’expérience journalière m’ont démontré que l’osmazôme est plus odorant que nutritif, plus aromatique que sapide, et qu’il ne remplit d’autre rôle que celui d’assimiler les sels et les principes essentiels dissous dans le liquide pour les présenter à nos sens sous une forme aromatique ».
Je sais cuisinerEscoffier comme Ali Bab se tiennent éloigner de cette dispute et ne considèrent le bouillon qu’à l’aulne de la technique. Ali Bab lui consacre un long développement didactique à l’attention des familles. Par la suite, le bouillon est réduit à la portion minimale dans les ouvrages culinaires même chez Ginette Mathiot dans son Je sais cuisiner.

Ailleurs, et notamment en Asie, le bouillon a emprunté a conservé sa nature populaire. Agrémenté d’éléments solides que cela soit le dashi japonais, le phô vietnamien, le tom yam thaïlandais ou la soupe chinoise, il est aussi quotidien que notre pain. C’est ce qu’à découvert William Ledeuil au cours de ses expéditions en Asie : « Cela a été une révélation, un déclic. J’ai dégusté en Thaïlande des bols bouillonnant aux parfums, aux couleurs, aux saveurs jusqu’alors méconnus. Ces expériences du voyage m’ont démontré une autre dimension du bouillon et m’ont confirmé qu’il était à la base de toutes les cuisines du monde entier. Une cuisine aux vertus infinis ayant les vertus d’être aussi saine que savoureuse ».

Soupe ThaïQuand William Ledeuil ouvre son restaurant en 2001, la cuisine française ronronne dans un académisme ennuyeux. La bistronomie n’a pas encore pignon sur rue et la cuisine moléculaire est dans les limbes. William cherche une voie pour définir sa cuisine. C’est dans l’ailleurs, en Asie qu’il collecte le sel de ce renouveau. Il marie son savoir-faire gastronomique français avec des ingrédients extrême-orientaux dans des recettes libres, colorées, joyeuses et d’une très grande justesse. Avec les condiments, le bouillon en est le fer de lance.

En puisant à la source d’une cuisine populaire, William Ledeuil donne d’autres lettres de noblesse au bouillon. Son livre est une invitation à partager cette expérience et à se réapproprier ce trésor de notre patrimoine culinaire où l’on découvre une désarmante simplicité de se faire du bien et de se régaler avec un bouillon.

N’est-ce pas le sel de la cuisine populaire ?

Tous nos contenus sont libres de droits. PDF à télécharger : LeBouillon_JPFrétillet_OCPop

Toujours d’actualité, les produits du terroir !

 

Laurence Bérard et Philippe Marchenay, «Les produits de terroir». Entre cultures et règlements Paris, CNRS Éditions, 2004, 229p

Certains livres ne feront jamais le buzz de la blogosphère culinaire, n’atteindront jamais le tirage de la plupart des livres de recettes de chefs. Pourtant, leur lecture est revigorante, nourrissante et riches de savoirs et de connaissances.

Dix après sa parution, toujours disponible aux éditions du CNRS, c’est le cas du passionnant ouvrage de Laurence Bérard et Philippe Marchenay, intitulé « Les produits de terroir – Entre culture et règlements ». Loin des bavardages nostalgiques, folklorisants, et approximatifs, les auteurs explorent et décryptent l’organisation et les enjeux économiques, culturels et commerciaux de l’univers des produits alimentaires labélisés.

Travail minutieux, précis, documentés et nourrie d’enquêtes de terrain qui nous permettent de mieux appréhender et comprendre toute la valeur de nos désirs et de notre attachement à une part de notre alimentation marquée par des savoirs faire et des goûts d’origines populaires.

A lire ou à relire de toute urgence pour éclairer nos recherches et nos découvertes partagées de ces fameux produits de terroir, trop souvent malmenés par les soubresauts de la mode et du désir de profit.

Plusieurs comptes-rendus de lecture :

Dans « Anthropology of food » Virginie Amilien, « Laurence Bérard et Philippe Marchenay, Les produits de terroir – Entre culture et règlements – », Anthropology of food [Online], 4 | May 2005, Online since 15 March 2007, connection on 29 February 2016.

Dans « Etudes Rurales » Mohamed Mahdi, « Laurence Bérard et Philippe Marchenay, Les produits de terroir. Entre cultures et règlements. Paris, CNRS Éditions, 2004, 229 p. », Études rurales [En ligne], 171-172 | 2004, mis en ligne le 29 juillet 2005, consulté le 01 mars 2016.

Dans « Revue de géographie Alpine » sur Persée, Laurence Berard, Philippe Marchenay : Les produits de terroirs. Entre cultures et règlements. In: Revue de géographie alpine, tome 92, n°2, 2004. Montagnes d’Europe. Acteurs, légitimation, délimitation, sous la direction de Gilles Rudaz . p. 138.

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Le temps se mange

galette1_LeTempsSeMange (2)Mondialisation et désaisonnalité semblent avoir nivelés nos manières de manger tout au long des saisons. Tout est à notre disposition et nos envies n’ont plus de limites. Nous pouvons manger quand nous le voulons et ce que nous souhaitons.

Pourtant, tout au long de l’année, une saisonnalité rituelle nous fait attendre et consommer nombres de plats symboliques. Ils sont à la fois un livre d’histoire, différent suivant les cultures de nos régions et les origines de chacun et les rituels, pour honorer les saisons qui se renouvellent et reviennent chaque année.

Depuis la fin des années quarante, et la parution des différents volumes du «Manuel de folklore français contemporain» d’Arnold Van Gennep, « les cérémonies périodiques, cycliques et saisonnières » que décrivait minutieusement l’auteur ont beaucoup changées et les soixante années passées ont laissé de nombreux plats liés à ces fêtes dans nos habitudes alimentaires.

Tour de France des préparations que produisent les boulangers, pâtissiers et traiteurs dans presque toutes les régions de France : galette ou gâteau des Rois, recettes des Rameaux ou de Pâques, brioches de fêtes patronales.

Mais nous avons aussi fait évoluer, voir introduit de nouvelles manières de fêter le temps qui passe.

BûcheNoelNous ne savons pas pourquoi nous mangeons une buche à Noël, un gâteau des rois pour l’Epiphanie, des bugnes à la fin de l’hiver, et un gigot d’agneau pour Pâques.

Pour reprendre la classification des cérémonies, selon Van Gennep qui balisent le déroulement d’une année, nous pouvons toujours percevoir l’aspect alimentaire de ces fêtes. Si nous essayons, sans détails, d’en dresser la liste chronologique, nous aurions de quoi déguster de nombreux plats symboliques.

Ainsi nous mangeons des mets particuliers pour le cycle des 12 jours de Noël à Epiphanie. Les cérémonies cycliques saluent les débuts ou fins de saisons, comme Carnaval et Carême, solstice d’été ou d’hiver, et les cérémonies calendaires avec les fêtes patronales consacrées au saint patron de chaque paroisse. Enfin les cérémonies agraires, liées au fond culturel paysan et agricole et saluant les temps de travaux comme semailles, récolte, moissons,…

Mais se limiter à ces plats liés à une tradition très franco-française ne serait-il pas complètement dépassé au regard des pratiques alimentaires des populations originaires de terres lointaines et composant l’Europe contemporaine?

Ainsi, consommer de l’agneau ou du mouton, pour rompre un jeûne rituel, fêter une renaissance ou célébrer un sacrifice mythique, lie de manière positive nos appartenances à un fond religieux méditerranéen monothéiste commun.

De même, la fête de la nativité chrétienne, devenant fête des enfants, fortement teintée de consumérisme forcené, a depuis la fin de la seconde guerre mondiale réuni des pratiques alimentaires dépassant le cercle de ceux qui croient à la naissance du Messie.

L’Observatoire des Cuisines Populaires en ouvrant un dossier consacré à ces nourritures rituelles, sacrées, symboliques, cherche à attirer l’attention sur nos pratiques alimentaires si sensibles à l’évolution de nos sociétés. S’intéresser à notre nourriture, en tant que fait social global, laisse entrevoir la possibilité de dialoguer et partager nos manières de manger par delà nos origines, nos croyances et nos convictions.

Petite bibliographie :

Atableavecmoise

« A table avec Moïse, Jésus et Mahomet : 50 recettes pour partager le pain et la paix », Jacques Le Divellec, le Père Alain de la Morandais avec la collaboration du Rabbin Haïm Korsia et de Malek Chebel, Solar éd., 2007.

 

 

 

ethnologiedenoel« Ethnologie de Noël. Une fête paradoxale », Martyne Perrot, Grasset éd., 2000.

 

 

 

 

saveurssucrees« Saveurs Sacrées : Recettes rituelles des fêtes religieuses », Stéphanie Schwartzbrod, Actes Sud éd., 2007.

 

 

 

 

 

« Le Culte de la table dressée : rites et traditions de la table juive algérienne », lecultedelatabledresseeJoëlle Bahloul, A.M. Métaillé éd., 1983.

 

 

 

 

Alatabledesmoines« A la table des moines – Ascèse et gourmandise de la Renaissance à la Révolution. », Fabienne Henryot, La Librairie Vuibert éd., 20015.

 

 

 

Sans titre« Islâm et interdits alimentaires. Juguler l’animalité.» Mohammed Hocine Benkheira, Puf éd., coll. pratiques théoriques, 2000.

 

 

 

 

lesnourrituresdivines« Les Nourritures Divines. Essai sur les interdits alimentaires. », Olivier Assouly, Actes Sud éd., 2002.

 

 

 

 

 

 

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Repas de fêtes et aspects nutritionnels

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Les repas de fêtes traditionnelles sont des moments très privilégiés pour réunir les membres d’une famille ou des amis qui n’ont pas forcément souvent l’occasion de se rencontrer. C’est parfois l’occasion d’un mélange de générations permettant l’échange verbal, mais aussi la transmission d’émotions culturelles comme le partage d’un bon repas et de plats traditionnels.

On ressent souvent dans les jeunes générations un sentiment d’obligation de se rendre à une fête familiale pour appartenir à un groupe et conserver sa marque identitaire. Mais au-delà de cet « effort » générationnel, il existe souvent un réel plaisir de retrouver des plats que l’on mange une fois par an ou du moins cuisinés de la même manière.

Le souvenir de ces plats existe depuis l’enfance et fait partie de notre histoire.

Les fêtes de Noël sont un moment particulier de consommation de grande quantité alimentaire. Cela représente souvent pour l’organisme un effort important tant sur le point de vue de la digestion que celui de l’organisation des flux alimentaires à l’intérieur de notre corps, au-delà de la barrière intestinale.

Comment réagit notre organisme lorsque le repas commence par un foie gras suivi d’une farce de volailles arrosée d’une sauce bien grasse, pour continuer par un riche plateau de fromages et finir par une charlotte au chocolat ? Même si le repas doit durer plusieurs heures, la quantité de nutriments et particulièrement de graisses, est exceptionnellement importante.

C’est dans ces circonstances que la fameuse « crise de foie » apparaît. Il ne s’agit rien d’autre que d’un afflux brutal et trop massif de graisses pour que l’organisme puisse les métaboliser « en douceur », c’est-à-dire les digérer tout simplement.

L’alcool, consommé en quantité modérée, va certes ralentir un peu son absorption, mais ne pourra pas améliorer beaucoup cette sensation désagréable de nausées et d’envie de vomir.

Il faut donc une stratégie pour supporter ces repas trop copieux auxquels on sait mal résister.

10559800_844514892237037_457006615889779221_nTout commence à l’apéritif. Essayer de ne pas trop consommer d’amuse-gueule gras et faire ensuite un choix entre les différents plats proposés. Éviter le fromage si les plats précédents ont été très gras. Si c’est l’aliment que vous préférez diminuer les quantités de l’entrée et du plat principal.

Essayer de manger lentement, c’est plus facile avec une conversation intéressante, et au final vous mangerez moins, car vous sentirez le rassasiement. Quant à la consommation de vin ou de champagne, essayons d’espacer les verres afin d’éviter un afflux massif d’alcool dans le foie qui selon les individus mettra plus ou moins de temps pour détoxifier les molécules d’éthanol.

Les lendemains de fêtes sont parfois difficiles et le terme de gueule de bois est souvent employé dans ces circonstances. Les maux de tête et la sensation digestive d’écoeurement, voire les nausées, sont les symptômes les plus souvent rencontrés. Ils sont la conséquence d’une alimentation trop riche inhabituellement consommée en peu de temps, mais surtout d’une déshydratation qui demande de boire beaucoup d’eau ou de tisane pour réhydrater son corps.

Puis viennent les repas des lendemains de fêtes avec son cortège de restes alimentaires qu’il faut bien finir pour ne pas gaspiller. Pourtant la situation métabolique de l’organisme est à ce moment assez complexe. La digestion dure trente-six heures et le télescopage entre des aliments en cours de digestion et de nouveaux aliments gras n’est pas idéal pour la sensation de confort digestif. Il vaut mieux alors privilégier les aliments plus maigres et en limiter les quantités. Continuer à vous hydrater régulièrement. Boire deux litres de liquide par jour est nécessaire tant que vous ne sentez pas d’amélioration.

Progressivement tout rentrera dans l’ordre, mais il faudra être prudent pour les fêtes de fin d’année qui ne sont pas éloignées de celles de Noël.

Apprendre à gérer son corps c’est l’écouter, car il nous parle. À nous de le comprendre pour bien vivre avec lui et l’aimer.

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Patrick SerogPar Patrick Serog. Mieux connaître Patrick.

Fêtes calendaires

Pogne de Romans (Drôme).

Brioche en couronne aromatisée à la fleur d’oranger, propre à la région de Romans dans la Drôme.

Le terme de pogne vient du Franco-Provençal (pugna, pogni, pougnon, pougna, épogne), et désigne une pâte à pain agrémentée d’œufs et de beurre. Aujourd’hui la fournée familiale de pain a disparu mais la fabrication de ces brioches a été reprise par les boulangers. Ce terme de pogne semble désigner une poignée de pâte.

Dans la région de Romans, si la pogne est invariablement parfumée à la fleur d’oranger, il arrive que certain producteurs l’agrémentent d’écorces d’orange confites et la glace au sucre sur le dessus.

Si aujourd’hui c’est bien à la région de Romans que la réputation de la pogne est associée, de nombreuses variantes existent sur une partie de la zone des parlers de l’arpitan, en particulier en Savoie sous le nom d’épogne.

La pâte à pogne étant plus lourde, plus dense que celle de la brioche, elle nécessite lors de sa fabrication des temps de fermentation, de levage bien plus long, permettant un bon alvéolage de la mie.

Les pognes ont longtemps été associées aux fêtes comme Epiphanie, Pâques, et fin de carême, où encore fête des laboureurs et fêtes familiales.

Pastis

Brioche tronconique, à la pâte tout à la fois dense et bien levée, parfumée de fleur d’oranger, de vanille ou de rhum et couverte de gros sucre.

Cette brioche dense landaise, parfumée à la vanille, au rhum ou à la fleur d’oranger, a acquis une certaine notoriété chez certains grands noms de la gastronomie française qui la servent pour leur petit-déjeuner.

Traditionnellement, cette brioche, certainement pâte à pain enrichie d’œufs et de beurre, se servait lors des mariages, des communions et des fêtes votives. Elle est aujourd’hui un goûter et un petit-déjeuner apprécié. Certain chefs l’utilisent toastée pour accompagner du foie gras.

Le pastis est aujourd’hui produit dans sa région d’origine par de nombreux artisans et quelques industriels.

Attention, le terme de pastis est aussi utilisé dans le Gers pour désigner un dessert feuilleté garni de pommes que les landais nomment croustade.

Souvent le nom de pastis dans les Landes est suivi de l’adjectif occitan «bourrit» qui veut dire « levé » et par conséquence « fermenté », aérien.

Bescoin

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Bescoin, boulangerie, Marignier (Haute-Savoie)

Brioche allongée, une petite excroissance à chaque extrémité, une fente sur toute la longueur et parfumée à l’anis et au safran. Aussi nommée Bescoint, biscoin.

Tout ceci laisse à penser que le bescoin avait une forte valeur symbolique dans sa représentation, son goût et son système de partage.Ce sont normalement les parrains qui, pour la fête du saint patron de chaque paroisse (la vogue), offrent à leur filleul cette brioche parfumée d’anis et de safran et à la forme évoquant selon certain un enfant langé. Dans d’autres lieux de Savoie, elle était liée aux fêtes calendaires chrétiennes et accompagnée d’une distribution entre voisins.

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Bescoin, Mont-Saxsonnex, Haute Savoie

Toujours produit dans de nombreuses boulangeries de Haute-Savoie, et de plus en plus souvent toute l’année, le bescoin est un marqueur culturel alimentaire important de la région.A Saint-Jean-d’Aulps le 28 août, les agriculteurs faisaient bénir des bescoins lors du pèlerinage consacré à Saint-Guérin, protecteur des troupeaux. Ces bescoins étaient ensuite distribués aux animaux pour les protéger des maladies.

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Cycle de Noël

Nonnette de Reims (Champagne -Ardenne).

C’est traditionnellement pour la fête de Saint-Nicolas que ce petit gâteau fait de pain d’épice est distribué aux enfants.

Si Dijon est toujours reconnue pour sa production de pain d’épice, sa concurrente directe fut longtemps Reims où il ne reste plus aujourd’hui qu’un producteur. Pourtant les nonnettes, petits gâteaux ronds de 4 à 5 cm de diamètre composés de pain d’épice et fourrés de confiture de framboises ou d’oranges, a longtemps été l’un des cadeaux fait aux enfants le matin de la Saint-Nicolas, le 6 décembre.

Enveloppées individuellement, elles sont vendues aujourd’hui en paquet de 6 tout au long de l’année.

Comme tous les pains d’épice, la confection des nonnettes requiert des connaissances précises, en particulier pour réaliser ce que les professionnels appellent la pâte mère, faite de farine de blé tendre, d’eau et de miel, mise à fermenter suivant les conditions météo de 8 jours à 3 semaines.

Le livre «Les biscuiteries de Reims» de Michel Thibault, retrace l’histoire des entreprises rémoises qui produisent entre autre des nonnettes.

Burdin (Champagne-Ardenne).

BurdinLe Burdin est un brioche typique de la période de Noël en Champagne-Ardenne en forme d’os allongé, appelée aussi « bourde », « cogno » ou « queugneu ».

La meilleure manière de décrire cette brioche ardennaise est de dire qu’elle ressemble à une brioche fendue à ses deux extrémités.

Le « Burdin » ou la « bourde », brioche typique du jour de Noël en Champagne-Ardenne, évoque pour beaucoup de personnes aujourd’hui un gros os. C’est bien pourtant, comme nombre de brioches ailleurs en France, une représentation anthropomorphique.

D’ailleurs comme pour le « bescouin savoyard », ce sont les parrains et les marraines qui l’offraient à leurs filleuls, comme si cette brioche permettait à ces enfants d’absorber leur représentation symbolique.

Cette brioche de Noël semble de moins en moins produite par les boulangers-pâtissiers de la région. A titre d’exemple, l’inventaire du patrimoine culinaire de la France relève qu’un boulanger produit moins de 40kg de brioche le jour de Noël.

En général, le poids des « burdins » varie de 0,250 à 1kg et il est d’usage que les clients commandent leur brioche.

Fougasse d’Aigues-Mortes (Languedoc).

La fougasse d’Aigues-Mortes est une brioche de forme carrée ou rectangulaire, fortement parfumée à l’eau de fleurs d’oranger, nommée aussi « Fougasse de Noël » ou « Fougasso ». Dans son Dictionnaire Provençal-Français, Frédéric Mistral définit la « fougasso » comme une «galette, gâteau plat, taillé à jour».

La particularité de cette fougasse d’Aigues-Mortes réside dans sa forme parallélépipédique et son parfum marqué de fleurs d’oranger.

Elle est aujourd’hui produite toute l’année par les boulangers aigues-mortais, même si la période de plus forte production et consommation est bien la période de Noël.

Si elle est consommée logiquement pour les goûters et les petits déjeuners, la fougasse est souvent offerte pour accompagner un verre de cartagène ou de muscat du Languedoc.

Les grandes fougasses rectangulaires sont en générale détaillées en parts pour être vendues.

Les biterrois produisent et consomment une brioche nommé « royaume », proche parente de cette fougasse, couverte de gros sucre et traditionnellement dégustée pour Epiphanie.

Le terme de fougasse, ou « hougasso » (Gascogne), « foujasso » (Auvergne, Limousin) et « fouasso » (nord languedoc), est un terme occitan générique désignant une brioche relativement plate, certainement réalisée à partir d’un reste de pâte à pain enrichie d’œuf, d’huile et/ou de beurre et de sucre, liée aux fêtes calendaires.

Coquille de Noël (Nord).

Gâteau brioché de formes variées, propre à la période de Noël dans le nord de la France. Sur la même base de recette de gâteau brioché, il existe une grande diversité de noms tout au long de la frontière belge, « Queniolle », « quiniot », « queugnot », « cugnu », « cuignot », « cuignol », « cogne », « cugnole », « volaeren », « cogno », « folaert », « cougnou », etc. mais aussi une grande diversité de formes : enfant emmailloté, Jésus, croix, crèche, fuseau suivant les régions du Nord, entre flamand et français, mais presque toutes évoquent une forme anthropomorphique.

Ces coquilles sont une friandise distribuée aux enfants pendant la période précédent Noël. Cette tradition semble toujours très pratiquée.

Dans son livre consacré aux traditions culinaires de l’Houtland (région frontalière «pays du bois»), Jacques Messiant signale que «outre les oranges, vinrent les koekjes, à Noël, les coquilles (par consonance), comme on dit maintenant en français : ces petits gâteaux briochés avaient une tête à chaque bout. Elles étaient une offrande qu’on aurait faite à l’enfant Jésus».

Ces coquilles de Noël se trouvent chez les boulangers-pâtissiers, de poids très variables, de 250g. à 1,5 kg.

Pompe à l’huile (Provence).

Gâteau de Noël à base de pâte à pain et d’huile d’olive, peu épais et ajouré de nombreuses fentes, aussi appelé « gibassié », « fougasse », « muraille », « poumpo à l’oli » ou « poumpo tailhado ».

Elle est surtout l’un des 13 desserts de la tradition du gros souper la nuit de Noël en Provence.

La pompe à l’huile était normalement liée au gros souper de Noël se concluant traditionnellement par les 13 desserts provençaux dont elle fait partie. Certains boulangers la vendent aujourd’hui toute l’année.

La pompe à l’huile provençale semble faire partie de la grande famille des pompes méridionales, voir occitanes, faites de pâte à pain agrémentée, ici d’huile d’olive et de sucre. Son autre nom, « gibassié », proviendrait de sa surface toute bosselée, « bosse » en provençal se disant gibo. Mais ce qui fait la particularité de cette pompe à l’huile ce sont bien à la fois sa période de fabrication et de consommation et sa recette. Même si aujourd’hui certains la produisent toute l’année, son imaginaire est fortement lié à la période de Noël, comme une preuve dans la plus longue nuit de l’hiver, que les réserves de nourriture sont abondantes puisque il est possible de réaliser du pain enrichi d’huile d’olive et de sucre. Cette technique utilisant la pâte à pain est d’ailleurs pleine de modernité. Il suffit de commander à son boulanger de la pâte à pain crue, pour la détourner et confectionner une recette originale et libre, à la maison. Le boulanger devient ainsi fournisseur pour cuisiner, grâce à son travail et à sa maîtrise de la fermentation, il permet aux cuisiniers amateurs de faire des pizzas, des chaussons, des pissaladières, des pompes aux pommes, des pompes à l’huile, et surtout d’inventer et d’imaginer.

La pompe à l’huile est traditionnellement trempée dans du vin cuit, du ratafia, de la carthagène.

Cochelin (Centre).

Pâtisserie anthropomorphique de pâte feuilletée, propre à la période de Noël dans la région de Chartres.

Les cochelins pèsent en général 100 grammes et mesurent une quinzaine de centimètres de haut.

Si aujourd’hui les cochelins dans la région de Chartres sont simplement des friandises, ils furent longtemps le seul cadeau offert aux enfants pour les fêtes de fin d’année.

Ces cochelins, caricaturant un bonhomme, servaient aussi de décor pour ces fêtes.

Mais il faut aussi sans doute y voir une manière symbolique de faire consommer aux enfants, juste après le solstice d’hiver, une représentation du bonhomme d’hiver, dont on est certain maintenant que la fin viendra puisque les jours ont de nouveau commencé à rallonger.

De nos jours, si nous ne trouvons que des cochelins à forme humaine, plusieurs témoignages écrits du XIXème et XXème siècle évoquent des formes bien plus variées comme des étoiles, des Napoléon, des soldats, des animaux ou des angelots. Exactement comme dans les traditions de fin d’année, des régions germanophones, grandes productrices de biscuits et de pains d’épices de forme variées.

Les « nolets » sont des bonshommes de pâte briochée (ayant été) consommés à Noël en Berry.

Pain Gallu (Lorraine).

Le Pain Gallu est un pain agrémenté de pommes, de poires et de fruits secs, consommé pour les fêtes de fin d’année dans la région de Saint-Dié. Peut-être aussi nommé « Rama », « Raimâ », dans certains villages.

Le Pain Gallu trouve certainement son origine dans la production du pain domestique où un reste de pâte pour certaines fêtes était enrichi, agrémenté, tout comme les pompes méridionales et certaines brioches. Le pain avant cuisson devient réceptacle d’ingrédients permettant de varier le quotidien et de marquer les fêtes calendaires.

Dans le cas du Pain Gallu, comme pour d’autres spécialité régionales (comme la pompe à l’huile), utiliser des produits de réserves (fruits secs) symbolise le rallongement des jours après le solstice d’hiver et la confiance dans une nouvelle année renaissante.

Essentiellement consommé pour Noël et un peu pour le jour de l’an, le Pain Gallu est dégusté au petit-déjeuner ou pour le goûter.

La garniture de ce pain semble très variable, les poires séchées et pourquoi pas les dattes peuvent venir accompagner des fruits plus classiques comme les pommes et les noix.

A la farine de blé, on peut aussi ajouter une proportion plus ou moins importante de farine de seigle dans la réalisation de la pâte. Celle-ci pouvant être aussi légèrement parfumée d’épices.

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Toussaint

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Rond de pâte feuilletée garni de crème pâtissière, qui se consomme le mois entourant la Toussaint dans la région de Provins.

Selon la tradition, les niflettes étaient distribuées le jour de la Toussaint aux orphelins, cette douceur étant sensée les consoler.

Auguste Diot dans son «Patois briard» rapporte un cri de marchand de rue de niflettes du début du XXème siècle : «Voilà les p’tites, voilà les grosses niflettes, toutes chaudes, c’est mon maître qui les fabrique, pour contenter toutes ces pratiques, elles sont chaudes et toutes bouillantes».

Aujourd’hui, les niflettes ne sont plus vendues dans la rue, mais exclusivement par douzaine en vrac, chez la plupart des boulangers-pâtissiers du département de Seine-et-Marne. Les grosses niflettes vendues à la pièce ayant été abandonnées ne sont plus que des petites de 5 à 9 cm de diamètre qui sont proposées.

Il est recommandé de les déguster tièdes après les avoir rapidement passé au four, elles n’en sont que meilleures.

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Equilibre alimentaire sur le lieu de travail

Image3Comment garder un équilibre alimentaire quand votre environnement n’est pas toujours favorable ?

Nous ne parlerons pas dans cette rubrique des salariés avec horaires de travail décalés  (travailleur de nuit ou de l’aviation…), mais des travailleurs qui doivent ou veulent se restaurer au sein de leur entreprise.

Manger au restaurant d’entreprise quand il y en a un ou apporter son déjeuner peut-il avoir des conséquences particulières en termes de santé, de stress, de sensation de fatigue ? Voici une vraie question que sont en droit de se poser des millions de salariés, à leur travail,  au moment du déjeuner.

En premier lieu, l’organisation des repas au travail est plus difficile quand il faut penser à préparer son repas plutôt que de s’asseoir tranquillement dans un restaurant d’entreprise où la seule réflexion est de choisir quoi manger. Bien que choisir n’est pas toujours si facile que cela nous le verrons ! Quand il n’existe pas de restauration d’entreprise, on doit se soucier d’un lieu possible de restauration.

Prenons l’exemple d’un lieu extérieur à l’entreprise, dans la rue ou plus agréable dans un parc quand il fait beau, debout devant une table haute ou assis dans un fast food.

La forme de restauration peut être rapide comme un sandwich ou plus élaborée comme dans une brasserie ou un café. Mais nous verrons plus loin que cette restauration est souvent insuffisante en quantité et en qualité pour satisfaire les besoins physiologiques.

On peut manger également dans son entreprise en apportant à manger à son bureau. Cependant consommer tout en travaillant est déconseillé : tout d’abord pour des raisons évidentes d’hygiène et de digestion et ensuite car d’un point de vue réglementaire cela est interdit. On ne peut se concentrer sur deux tâches si importantes en même temps et la conséquence est souvent de manger trop ou pas assez. En tous cas les signaux qui nous avertissent du rassasiement (ne plus avoir faim au cours d’un repas) et plus tard de la satiété (ne pas avoir faim jusqu’au repas suivant) seront perturbés si nous ne prenons pas le temps de nous concentrer un peu plus sur ce que nous mangeons. Il faut donc un lieu spécifique ou l’on peut se restaurer.

Et puis il y a le contenant. Dans quoi allons-nous apporter notre repas ?

Autrefois, on apportait « sa gamelle » cette écuelle individuelle, munie d’un couvercle, servant à préparer ou chauffer un plat ou à transporter une ration alimentaire.

C’est vrai que le terme de gamelle est devenu au fil du temps péjoratif. Mais il s’est modernisé avec des noms comme Tupperware© ou Bento©, des marques déposées de récipients permettant de transporter de la nourriture dans des conditions sanitaires satisfaisantes.

On peut également manger au restaurant d’entreprise. Encore faut-il que la qualité des aliments soit satisfaisante, le goût acceptable par le plus grand nombre de convives et l’environnement agréable. Difficile de se détendre si l’ambiance est bruyante ou si le restaurant est sans fenêtre et éclairé uniquement avec de la lumière artificielle.

Une fois le lieu et le contenant trouvés,  comment faire pour équilibrer son alimentation ?

Les repas rapides

Le repas sandwich

Un repas rapide, le préféré des Français dans cette catégorie et dont la composition nutritionnelle est très différente d’une boulangerie à l’autre.

Prenons par exemple le sandwich jambon beurre traditionnel. En fonction de la quantité de beurre et du nombre de tranches de jambon, la qualité nutritionnelle du produit devient très différente.

Un bon conseil, choisissez une boulangerie qui vous délivre un sandwich que vous estimez de qualité. Si vous n’en trouvez pas, préparez-le à la maison, vous serez mieux servi !

Compléter ce repas par un fruit ce qui limitera votre faim quelques heures plus tard.

La salade composée

Image4Très utilisée comme plat principal surtout en été, elle doit contenir des protéines sous la forme de jambon ou de viande ou de thon ou même de surimi. Elle sera complétée par des légumes et des féculents. On peut y ajouter un morceau de fromage ou un autre laitage qui apporteront du calcium.

Un morceau de pain apportera des glucides complémentaires aux féculents et il faudra ajouter un fruit pour compléter ce repas.

Les autres repas rapides

Quiches,  tartes aux légumes, pizza, apportent souvent une quantité insuffisante de protéines. Pour ne pas avoir faim dans l’après-midi, complétez ce plat par un œuf dur ou une tranche de jambon.

N’oubliez pas le  fruit qui, par son apport en sucres, signale au cerveau la fin du repas. Il apporte également vitamines et fibres.

Les repas préparés à la maison et apportés dans l’entreprise.

De nombreux livres de cuisine vous permettent aujourd’hui de vous donner des idées pour préparer un déjeuner agréable. Un vrai repas vite préparé et avec du goût.

Vous pourrez bénéficier alors d’une petite entrée, d’un plat principal copieux et d’un dessert plus ou moins gourmand.

Le restaurant d’entreprise

Si la restauration proposée vous convient il y a de bonnes chances pour que vous mangiez  équilibré. Vous choisirez une entrée, un plat principal et un dessert et/ou un laitage selon votre faim.

Si la restauration ne vous plait pas,  se pose alors un vrai problème d’équilibre alimentaire. En effet, vous choisirez plus par dépit un plat qui risque d’être trop gras. C’est souvent le problème qui se pose dans ces situations : « les haricots verts baignent dans l’huile », « la viande est toujours en sauce et le plat de remplacement comme la viande grillée est trop dure ». Faites au mieux, on trouve parfois des assiettes de jambon ou de saumon fumé ou même des œufs durs qui permettent d’apporter la quantité de protéines suffisante pour ne pas mourir de faim dans l’après-midi.

Et puis il y a le pain, féculent qui peut venir compléter le repas

L’avantage de cette restauration est souvent social. Déjeuner avec des collègues ou des amis est souvent un moment agréable, voire utile pour votre vie professionnelle.

En France, les relations sociales s’établissent plus facilement autour du partage d’un repas. Même s’il n’est pas toujours bon!

Quel que soit le mode de restauration que vous avez choisi, pensez à manger suffisamment. Les repas « contractés » qui ne comportent qu’un seul plat sont insuffisants pour apporter tous les nutriments dont un corps a besoin pour fonctionner normalement et incitent au grignotage dans l’après-midi.

Le repas « idéal », celui censé apporter un maximum de nutriments pour satisfaire les besoins de l’organisme et se compose d’une entrée de crudités ou d’une soupe de légumes, d’un plat principal avec une source de protéines (œufs, viandes ou poisson), d’un laitage si possible et d’un fruit.

Vous n’y arriverez peut-être pas tous les jours, mais c’est un objectif réalisable plusieurs fois par semaine. Il existe 14 repas dans une semaine ce qui laisse des opportunités de réussite.

Documentation :

Pour vous aider à préparer quelques plats savoureux à emporter, je vous recommande une série de  trois livres dédiés à cet usage.

Bien déjeuner dans ma « boite » par Yannick Alléno aux éditions Laymon.

Patrick SerogPar Patrick Serog. Mieux connaître Patrick.

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Manger mieux en dépensant moins, c’est cher?

Sylvie Moulin

Manger mieux en dépensant moins, le titre n’est pas nouveau, claquant comme une promesse. Il est pourtant plein d’ambiguïtés. Sylvie Moulin a fait paraître en 2009, Mieux manger, dépenser moins, 150 recettes et préparations. Et déjà, beaucoup plus loin dans le temps, il y a eu Pour manger mieux et dépenser moins[1] paru en 1958 et édité par l’Institut Gastronomique d’une grande marque d’huile française, Lesieur. Cette préoccupation s’inscrit dans l’Histoire de la cuisine française où la révolution de 1789, investissant tous les niveaux de la culture et mettant à bas la cuisine aristocratique, proposait une nouvelle cuisine en terme d’organisation des repas et de restauration, mais aussi, invitait chaque citoyen à gérer son économie de l’alimentation. Il ne s’agissait plus d’en mettre plein la vue par des fastes aristocratiques, mais d’organiser la vie en bon père, économe, prévoyant et gestionnaire de sa famille, cellule de base de la nation républicaine.

La plupart des livres de cuisine, avant l’avènement des livres de chefs, parlaient bien d’économie familiale, de repas bien gérés, comme le modèle d’une alimentation saine et accessible au plus grand nombre. Que ce soit La cuisinière bourgeoise de Menon, édité pour la première fois en 1745 et réédité tout au long du XIXème siècle, que ce soit La véritable cuisine de Famille par Tante Marie, sous-titré Seul ouvrage contenant 500 menus et la manière de cuisiner les restes, dont la première édition date de 1925 et qui est toujours en librairie, ou encore Les recettes faciles de Françoise Bernard paru en 1965, tous ces livres de cuisine ont pour propos une cuisine bien gérée et économe.

Il existe aussi, durant la deuxième moitié du XIXème siècle, nombre d’expériences commerciales, coopératives ou sociétaires, visant à rendre bon marché les sources d’approvisionnements alimentaires[2].

Syllogisme : moins + mieux = plus cher ?

Le mieux et le moins de notre titre sont bien inscrits dans cette histoire culinaire, où la République souhaitait donner à chacun le plaisir de la nourriture, et la responsabilité d’une bonne gestion familiale. Car, mieux et moins sont à comprendre avant tout dans l’optique de dépenser moins, au sens du moins cher, du plus abordable. Cette notion va donc à l’encontre des arguments des tenants de la décroissance d’aujourd’hui, prêts à payer plus, pour manger moins et mieux.

plats maisonEn effet, mieux et moins sont repris par les tenants d’une alimentation où le jeûn, la modération et un certain ascétisme tiennent lieu de cadre à une philosophie de la nourriture. Fruit d’un phénomène de mode, cette vision de l’alimentation cautionne le fait de payer une entrecôte 75€ du kilo ou des tomates à 12 € le kilo (prix réels relevés en région parisienne). Cela revient ainsi à accréditer l’idée d’une nourriture saine, biologique et éthique exclusivement réservée à ceux qui en ont les moyens, tout comme les expériences de mutualisation d’approvisionnements d’aujourd’hui n’ont plus, à la différence des expériences fouriéristes,  le prix comme argument mais bien l’éthique et l’écologie.

Dans ce manger mieux et dépenser moins s’affronte deux visions de l’alimentation : une  chère et formidable d’éthique et de responsabilité écologique, et une plus pragmatique visant à permettre au plus grand nombre d’avoir une nourriture accessible, tout en étant responsable.

Car dans notre propos du manger mieux et dépenser moins, c’est bien le questionnement sur une alimentation variée, saine, bonne culturellement et peu onéreuse que nous cherchons à interroger et non l’exceptionnel, l’avant-gardiste réservé à l’élite.

Une recherche actuelle

poissonDominique Valadier, ancien cuisinier du Lycée l’Empéri de Salon-de-Provence, nous raconte que pour servir du poisson frais aux 450 élèves de sa cantine, il allait demander à la poissonnière de sa ville: «Quel poisson pas trop cher, peux tu me fournir pour demain?». Une question qui sous-tendait des préoccupations en termes de quantité, de portion, d’approvisionnement et de prix.

Et Dominique de rajouter : «si le poisson est beau, je peux leur en donner un peu moins. Ils mangeront tout, sans rien laisser». Ce cuisinier de restauration collective livrait un travail commençant dès l’achat, pour permettre aux lycéens de bien manger tout en faisant passer le prix du poisson frais, par des contraintes financières allouées par le Conseil Régional.

marchéAlain Breuil est cuisinier propriétaire du restaurant le Loft et sert des repas ne dépassant pas 12,90 € réalisés avec des produits frais.  Alain a ainsi passé un accord avec le supermarché le plus proche de chez lui pour commander les jours de livraison au rayon poissonnerie ce qui lui est nécessaire pour bien faire à manger à ses clients. Une façon de se remémorer le slogan du guide Michelin des années cinquante : «les meilleures tables au meilleur prix».

Manger est ainsi tout autant une préoccupation financière qu’un choix de goût et de culture. La nécessité de la cuisine populaire se construit tout autant pour des raisons symboliques que pour des contraintes financières. Comme si la nécessité de se nourrir en contraignait le désir et les envies[3].

Pour ne pas gaspiller 

Manger est ainsi tout autant une préoccupation financière qu’un choix de goût et de culture. La nécessité de la cuisine populaire se construit tout autant pour des raisons symboliques que par des contraintes de dépenses. Comme si la nécessité de se nourrir en contraignait le désir et les envies[4].

A ce propos, il est toujours aussi passionnant de revoir le documentaire du début des années 2000 d’Agnés Varda, «les glaneurs et les glaneuses», ayant pour objet glanage, récupération et grappillage. Si ce très beau film nous entraine dans un carnet de voyage pour rencontrer tout à la fois des glaneurs de pommes de terre et des artistes récupérateurs, il fait peut-être l’erreur de mettre sur un même niveau, ceux qui ramassent par nécessité et ceux qui le font pour nourrir une philosophie de vie ou le marché de l’art.

Ceux qui viennent ramasser une partie des 10 tonnes de pommes laissées après récolte dans un verger de 3 hectares, le font parce qu’elles sont abandonnées et disponibles, ne coutant que le temps passé à le ramasser. Ces pommes de glanage intègrent une économie de besoin et nourriront une cuisine imaginée. De même, glaner 150 kilos de pommes de terre s’inscrit dans une alimentation pensée dans le temps, celle des réserves et de leur gestion. En quelque sorte, dans une lutte contre le gaspillage pratique et économe.

S’organiser pour plus de plaisir.

Car ce manger mieux et dépenser moins, est avant tout contraint et inscrit dans le temps. Nous ne sommes pas dans un choix moral, une lutte entre le bien et le mal, nous sommes seulement face à une organisation : quel temps suis-je prêt à accorder à mon alimentation et à ma cuisine ?

C’est bien en partie ce que nous explique Mireille Dufau, conseillère en Economie Sociale et Familiale, dans ses conseils pour manger mieux et moins dépenser. Quel temps vais-je ou puis-je accorder à la préparation de mes repas ? Et en amont comment m’organiser pour lister mes courses et les faire aux meilleurs prix ? A la meilleure saison ?  Au meilleur endroit ?

Cette économie de cuisine populaire pourrait être symbolisée par la pratique des conserves domestiques, cherchant à mettre en réserve ce qui est bon et peu cher à un moment donné pour en profiter plus tard. Toute une organisation de choix, d’achats et de réalisations.

Retrouvez les conseils du docteur Serog en cliquant ici


[1] En fait la ré-édition d’un ouvrage paru en 1935, titré plus simplement «Pour mieux manger», et produit par la Société Georges Lesieur et fils.

[2]D’ Astrid Léger, La boucherie sociétaire de Clermont-Ferrand (1851) http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article273

[3] Selon l’Insee, en 2007, les dépenses moyennes des ménages français consacrées à l’alimentation représentaient 25% de leur budget. Sachant que la somme allouée à la nourriture est un indicateur fort du niveau de vie des familles, notons que plus un ménage a des revenus élevés, plus la part de ses revenus utilisés pour se nourrir est élevée.

[4] Selon l’Insee, en 2007, les dépenses moyennes des ménages français consacrées à l’alimentation représentaient 25% de leur budget. Sachant que la somme allouée à la nourriture est un indicateur fort du niveau de vie des familles, notons que plus un ménage a des revenus élevés, plus la part de ses revenus utilisés pour se nourrir est élevée.

 

Pour en savoir plus :

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Equilibrer son alimentation en dépensant moins

 « Faire un régime ou changer son alimentation, cela coûte très cher ! »

Pensée magique ? Pensée erronée ? Résistance psychologique pour ne pas changer ?

Il existe dans ce domaine une croyance bien ancrée qui est celle de penser que de manger sain et bon, voire « diététique » coûte cher.

Voyons quelques grands principes pour manger « bien et bon et pas cher ».

Manger des aliments frais de saison sinon…

courgettesProfitez des fruits et des légumes de saison qui sont moins chers à l’époque de la cueillette. Vous les trouverez sur les marchés et le meilleur moment de les acheter se situe à la fin de la vente vers 13 heures. A ce moment les maraichers souhaitent  vider leurs stocks et bradent leurs invendus.

Il en existe également dans les supers ou hypers marché parfois à des prix bas et d’une qualité tout à fait acceptable.

On peut également  faire la cueillette soi-même, à des prix très intéressants, chez les maraichers qui cultivent en bordure des villes mais encore faut-il pouvoir se déplacer dans ces lieux.

Lorsque les récoltes sont insuffisantes et les prix élevés, tournez vous vers les conserves de légumes et de fruits qui sont de très bon produits peu onéreux et qui gardent en partie la qualité nutritionnelle des légumes pendant des mois voire des années.

Pensez aux fruits en conserves qui  ne sont pas beaucoup plus sucrés que les fruits frais contrairement à de nombreuses croyances. Ils sont conservés dans un sirop sucré qui peut-être allégé en sucres mais il suffit de ne pas boire ce sirop pour trouver des fruits qui gardent en partie leurs vitamines. Le sucre du sirop ne pénètre pas en quantité importante dans le fruit.

Manger des protéines de bonne qualité.

oeufsL’œuf est l’aliment à privilégier (sauf si a vraiment trop de cholestérol dans le sang). La qualité des protéines de cet aliment est si élevée que l’on lui a décerné la référence numéro un dans cette catégorie de nutriments. Deux œufs peuvent remplacer une portion de viande. Et son prix est vraiment bas.

Les poissons sont chers sauf les poissons tels que la sardine, le maquereau, le sébaste. Profitez également des poissons en promotion. N’hésitez pas à consommer des poissons en conserve comme le thon  au naturel ou le maquereau et la sardine qui existe en de nombreuses préparations lui donnant du goût.

La viande rouge ou blanche reste un aliment cher et lorsque qu’elle ne l’est pas on ne retrouve pas toujours le goût de la viande de notre enfance. Privilégiez le gîte, la macreuse pour faire des viandes en sauce ou un pot-au–feu.

Trois exceptions : le porc, la volaille et les abats.

Pour le porc, en dehors du filet mignon, on trouve des pièces de viande de porc à des prix bas et de grande qualité nutritionnelle, car pas trop gras.

pouletPour la volaille le choix est plus délicat. On trouve certes du poulet pas cher (poulets en batteries) mais sa consistance n’a rien à voir avec un poulet qui a gambadé dans les champs et son goût est loin d’un poulet qui a picoré des graines et des végétaux qu’il a trouvés dans la terre.

Les abats sont maigres, sauf la langue, et contiennent beaucoup de bonnes protéines. Les tripes sont particulièrement maigres même avec la sauce qui l’accompagne. Le rognon et le foie contiennent du fer. N’oubliez pas le boudin, l’aliment le plus riche en fer, et dont le prix est modéré.

Les féculents

FéculentsCe sont des aliments peu chers et énergétiques. Ils contiennent des glucides le plus souvent complexes et sont nécessaires à l’organisme comme source d’énergie rapidement utilisable.

Parmi ces aliments, les légumes secs sont particulièrement intéressants car ils contiennent beaucoup de fibres et des protéines végétales.

Pour une préparation rapide n’hésitez pas à les acheter en conserves. On en trouve sous forme cuite sans préparation, nature et d’autres sous forme cuisinées.

Pour de petit budget, la préparation nature est plus intéressante. Elle est moins chère, moins riche en lipides et permet d’agrémenter le produit à votre goût.

Les laitages

Si le fromage est un aliment cher, je parle ici du fromage de qualité, qui garde le goût traditionnel, que l’on trouve chez un fromager affineur, il existe d’autres laitages comme les yaourts ou les fromages blancs qui sont peu chers à la condition de ne pas en faire une consommation astronomique comme certains enfants le font. Dans ce cas il vaut mieux acheter une yaourtière et faire ses yaourts soi-même, cela vous reviendra beaucoup moins cher.

Attention aux préparations laitières sophistiquées comme les crèmes dessert et ou les gâteaux laitiers, ils sont généralement beaucoup plus onéreux et moins intéressants d’un point de vue nutritionnel.

Les plats cuisinés tout prêts

Vous trouverez des plats cuisinés peu onéreux en conserves. Ne croyez pas que ce sont des produits de basse qualité et nutritionnellement moins bons que les plats cuisinés sous vide ou en surgelés. Ils contiennent souvent peu de graisses. J’avais fait une étude pour comparer la qualité nutritionnelle des  cassoulets en conserves et ceux de traiteurs traditionnels dans le sud-ouest.

Bien sûr, le cassoulet de Castelnaudary a un goût différent de celui d’une conserve. Mais la quantité de graisses ou lipides est nettement inférieur dans les produits en conserve que dans les produits traiteurs.

Un petit mot pour un plat que vous pourrez retrouver parfois en conserve et qui est nutritionnellement très intéressant : la feijoada.

Ce plat est très populaire au Portugal et au Brésil. A base de haricots noirs, de riz et de viande de porc, il contient plus de protéines que de lipides et sera donc adapté à un plat principal de votre repas plutôt qu’à une entrée.

Conclusion

Pour vous aider dans votre recherche de manger bien et pas cher sachez qu’il existe de nombreux livres sur ce sujet avec de nombreuses recettes.

L’objectif de manger équilibré et pas cher est réalisable mais avec un certain apprentissage. Il faut préparer ses menus à l’avance et choisir des aliments plaisirs et pas chers.

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Par Patrick Serog. Mieux connaître Patrick.

10 conseils d’économie culinaire

Conseillère en Economie Sociale et Familiale (CESF), Mireille Dufau a travaillé dix ans en Conseil Général, puis a testé ses compétences au travers d’une disponibilité dans le commerce, auprès des personnes âgées et de l’animation des assistantes maternelles. Elle a intégré le réseau des épiceries solidaires (A.N.D.E.S) en tant qu’animatrice réseau pour les épiceries de la région Centre. Nous lui avons demandé, compte tenu de son expérience en économie familiale, s’il était possible d’essayer de suivre un certain nombre de conseils pour «dépenser moins et manger mieux»?

Ses dix propositions :

 1. Il faut apprendre à faire et essayer de se tenir à des listes d’achat pour manger mieux et pour moins dépenser. Il faut prévoir ce que l’on va acheter. Cela permet d’éviter un comportement compulsif et de fonctionner seulement par envie. Car il faut raisonner son alimentation et se demander : «qu’est ce que je vais manger sur plusieurs jours?». Dépenser moins pour son alimentation, c’est éviter les choix à la dernière minute. Faire une liste, c’est se poser et ne pas être dans la précipitation.

 Economie_culinaire2_MDUFAU2. Favoriser les aliments simples et de base, tel que, farine, sucre, huile, concentré de tomate, chocolat noir, semoule, œufs, riz, que l’on va pouvoir combiner dans ses idées de cuisine et ainsi démultiplier sa capacité à cuisiner. Avoir à disposition dans ses placards ces aliments de base, nous permet de faire des préparations toujours renouvelables, qui peuvent être aussi des bases de recettes à agrémenter, comme des crêpes, des gâteaux tous simple style quatre-quarts ou gâteau au yaourt, des quiches. Du coup nous dépensons moins, car acheter un paquet de farine coûtera toujours moins que d’acheter des pâtes brisées toutes prêtes. Le but est d’éviter le produit d’une seule fois. Une douzaine d’œufs et un kilo de farine, c’est la promesse de crêpes, de quiches, de beignets et bien d’autres plats.

 3. Il faut bien sûr chercher à favoriser l’achat de produits bruts. Les transformer à la maison, c’est leur ajouter la valeur de votre travail à la maison. Légumes bruts,  morceaux de viande qui permettront de faire une cuisine de restes pleine d’imagination, sont les ingrédients nécessaires à une meilleure économie.

 4. Il faut bien sûr favoriser les aliments de saison pour retrouver de la variété dans cette saisonnalité. Mais cette notion de saisonnalité est parfois compliquée à appréhender, car pour trouver du moins cher, ce n’est pas forcément la saison que le commerce et la distribution proposent, mais bien celle de la nature là où vous habitez qu’il faut suivre. Par exemple, une tomate de saison dans le centre de la France est pleine de goût et moins chère plutôt au mois de septembre qu’au mois de mai.

 5. Il est certainement aussi intéressant de se rapprocher de petits producteurs locaux et à plusieurs familles d’essayer de mutualiser ses achats. Auprès d’un agriculteur ou même d’un boucher, acheter une caissette et la répartir est une solution peut-être pas évidente à mettre en place mais très efficace. De même, cela permet souvent d’acheter de meilleurs produits, dans manger moins parce que meilleur en goût, d’arriver plus vite à satiété donc de dépenser moins.

 Economie_culinaire3_MDUFAU6. Réapprendre des techniques simples de bases de cuisine qui vont par définition coûter moins cher. C’est bien le sujet du Manuel de Cuisine Populaire de l’Association Nationale des Epiceries Solidaires. Maîtriser la technique d’une cuisine simple libère aussi l’imagination de chacun.

 7. Bien évidemment il nécessaire de réapprendre à faire une cuisine de reste, une cuisine gigogne. Un plat préparé en quantité suffisante permet de réaliser de nouveaux plats  totalement différents. Cette cuisine de restes est indispensable pour mieux manger et dépenser moins. C’est aussi une lutte contre le gaspillage. Là aussi c’est une manière d’exercer sa liberté d’imaginer.

 8. Il faut le répéter à chaque fois mais regardez et lisez les étiquettes des préparations que vous achetez. Elles nous enseignent deux choses indispensables : le prix au kilo ou au litre, seul valeur permettant de comparer, et quel ingrédient est majoritairement utilisé dans la composition du produit. Acheter une saucisse où l’eau et le gras sont en tête des ingrédients n’est ni économique ni très bon. Nous l’avons dit 100 fois mais c’est indispensable.

9. Chercher des petits producteurs, maraichers, petits bouchers sur des marchés de proximité peut être aussi une solution d’économie. Moins d’intermédiaires entre la production et le consommateur réduit souvent les marges et le prix final. Et ne pas oublier de parler avec les fournisseurs, qui peuvent expliquer comment utiliser tels ou tels produits et de réapprendre qu’il n’y a pas que du beefsteak pour le bœuf.

Economie_culinaire_MDUFAU10. Enfin pour terminer, favoriser le rangement et la bonne gestion des produits pour jouer sur notre capacité à imaginer. Ne pas enterrer les produits au fond du placard. Posséder un petit congélateur, et gérer le classement des produits dans les placards pour les rendre facilement trouvables et utilisables. De même posséder quelques matériels servant d’aide culinaire, comme cuit-vapeur ou autocuiseur, permettent de faire une cuisine de base facile, rapide, pratique, certainement moins cher et meilleure.

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MireilleDufauANDESPar Mireille Dufau. Mieux connaître Mireille.

Michel Bras et la transmission culinaire

MichelBrasMichel Bras est très lié au territoire où il a toujours cuisiné : l’Aubrac. Depuis toujours, il a développé un imaginaire gustatif en accord avec la connaissance et la mémoire de ce paysage. Et par-delà les grandes étendues du plateau d’Aubrac, ce sont bien des aspérités de goût de cuisine populaire liée à son terroir qui ont  nourries cette mémoire.

Souvent, Michel Bras parle du goût du pain brûlé, des baisures, de la farce des légumes, peu riche en viande et agrémentée des herbes du jardin, et bien sûr de l’incontournable peau de lait étalée à même une tartine de pain. Si tout cet univers de goût lui a été transmis, il l’a toujours eu en mémoire pour composer sa cuisine.

De même, il est certain qu’en transmettant son restaurant à son fils Sébastien, ce n’est pas seulement l’entreprise qu’il a léguée, mais bien tout cet univers sensible, propre à l’Aubrac et ouvert au monde.

Il nous semblait logique d’inviter Michel Bras à participer à nos échanges sur la transmission culinaire. Lui, qui pour composer une cuisine exceptionnelle n’a jamais oublié ses racines.

C’est certainement cet attachement à une cuisine simple et quotidienne qui lui permet de porter un regard précis sur ce que peut être aujourd’hui la transmission culinaire.

Retrouvez l’interview filmée de Michel Bras sur le blog www.observatoirecuisinespopulaires.fr, rubrique Reportages, dossier Transmission culinaire.

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Cuisiner et transmettre (par Th. de Saint Pol)

Analyse de l’enquête Ifop/Lesieur pour l’OCPop « Les Français et la transmission culinaire »

Th.StPolPar Thibaut de Saint Pol,

Sociologue à l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po)

 

La transmission des pratiques culinaires est un sujet relativement peu étudié. Il est pourtant essentiel pour comprendre les évolutions et les perspectives à moyen terme. Ces pratiques de transmission sont importantes à la fois en termes d’alimentation et de santé, mais aussi pour les liens sociaux et familiaux.

 

Les pratiques de cuisine en France aujourd’huiDis-maman-a-quoi-ca-sert-de-bien-manger_article_text_popin

Sans surprise, les femmes restent plus nombreuses à cuisiner tous les jours que les hommes (64% contre 51%) et la cuisine reste une activité essentiellement féminine. C’est d’ailleurs le cas de la plupart des activités perçues comme « domestiques » (1h30 d’écart par jour avec les hommes selon l’Insee). Les hommes sont ainsi par exemple plus nombreux à déclarer ne pas aimer du tout cuisiner (15  contre 11% des femmes). Mais si les hommes sont moins présents, ils sont toutefois loin d’être absents.

On observe également que les jeunes cuisinent moins : plus d’un jeune sur deux ne cuisine pas tous les jours. L’écart est élevé : 15 points de moins pour les 18-24 ans par rapport aux 35-49 ans. Ce temps de cuisine plus faible s’explique notamment par le fait qu’ils mangent plus souvent à l’extérieur. Tout l’enjeu est de savoir s’il s’agit d’un effet d’âge (ils vont consacrer plus de temps à la cuisine quand ils seront plus âgés) ou de génération (ils continueront à moins cuisiner). Face à cette possible désaffection des jeunes pour la cuisine, la question de la transmission culinaire est d’autant plus essentielle.

Les données de l’enquête font apparaître un paradoxe apparent. Les hommes, comme les 18-24 ans, sont un peu plus nombreux à aimer beaucoup cuisiner. Pourtant, comme nous venons de le voir, ils sont moins nombreux à cuisiner tous les jours. Deux principales raisons expliquent cette situation : d’une part dire qu’ils aiment cuisiner ne veut pas dire qu’ils le font en pratique. D’autre part, il s’agit en réalité d’activités différentes : il est nécessaire de distinguer la cuisine de tous les jours de celle des occasions particulières (réceptions, week-end…).

La cuisine est en effet un semi-loisir : elle peut apparaître comme une tâche domestique contraignante ou comme une activité plaisante. Derrière ce terme de « cuisine », il y a, à la fois, la pratique de tous les jours, généralement dévalorisée, et celle pour des occasions particulières, plus valorisante. La seconde concerne davantage les hommes et les jeunes. C’est précisément ce que confirme l’enquête de l’image de la cuisine.

Pour 40 % des enquêtés, la cuisine apparaît comme une nécessité, voire une corvée. La cuisine comme « nécessité » se retrouve en particulier dans les déclarations des femmes et des plus âgés. Cela correspond plutôt à une cuisine comme tâche domestique quotidienne.

Et-si-vous-faisiez-cuisiner-vos-enfants_article_text_popinEn revanche, la cuisine comme « moment de partage » se retrouve plutôt chez les hommes et comme  « détente et plaisir » chez les plus jeunes.

Ces évolutions s’inscrivent dans une tendance : celle de la baisse du temps consacré à la cuisine. Les Français consacrent une heure en moins pour les tâches domestiques entre 1986 et 2010 en France. Sur la même période, le temps quotidien moyen consacré à faire la cuisine s’est réduit de 18 minutes en France métropolitaine, passant de 1h11 à 53 minutes, soit une baisse de 29 %. Dans ce contexte, les connaissances culinaires revêtent une importance particulière. L’enquête montre que plus on est âgé, plus on se déclare                      « expérimenté » en cuisine. Mais il ne s’agit probablement pas que d’un effet d’âge, mais aussi d’un effet de génération, d’où l’importance de la transmission.

Les catégories en bas de la hiérarchie sociale se déclarent en général moins expérimentées. C’est un des principaux enjeux de la transmission. En effet, de nombreuses enquêtes montrent que les milieux les plus défavorisés économiquement ont aussi souvent un déficit de connaissances en cuisine. C’est un des leviers en termes d’inégalités sociales de santé. D’où l’importance une fois encore de mieux connaître les modes de transmission culinaire.

Les enjeux de la transmission culinaire

Une personne sur deux a appris à cuisiner à l’origine avec quelqu’un, autant que ceux qui ont commencé seuls. Mais l’apprentissage se fait tout au long de la vie et il a eu lieu avec l’aide de quelqu’un dans trois quarts des cas. Sans surprise, cette personne est majoritairement la mère, mais le rôle de la grand-mère et aussi du père est loin d’être négligeable. La cuisine a, en France, une valeur identitaire, mais aussi affective, qui se retrouve dans la transmission.

La cuisine est aussi une façon de créer et d’entretenir des liens. Cela s’observe dans le rôle désormais incontournable des amis, surtout pour les plus favorisés (20 %). Le rôle du conjoint est également essentiel (14 %), c’est-à-dire plus que la grand-mère. Ces observations vont à l’encontre de la perception sexuée de la cuisine et cela rejoint la dimension « partage » de la cuisine décrite plus tôt.

Par ailleurs, l’enquête montre bien l’importance du métissage culinaire dans la cuisine française, par exemple au travers des plats transmis, metissagetecréolisationsur lequel nous éclairent d’ailleurs de manière complémentaire des travaux plus ethnographiques. Ce métissage se retrouve dans les plats incarnant l’apprentissage, à l’image de la cuisine française où le bœuf bourguignon rejoint le couscous et des spécialités régionales. La dimension identitaire des plats, appris comme cuisinés, est un aspect essentiel de la culture culinaire française.

La grande majorité des prises alimentaires a lieu en présence d’autres personnes en France : c’est le cas de 80 % des repas. Le choix de ce qui est mangé, comme de sa préparation, est donc le fruit d’une négociation entre les mangeurs. La préparation des repas est aussi un espace de négociation au sein de la famille. Il n’est donc pas surprenant qu’on retrouve le couple comme un des principaux lieux de transmission.

Pour être plus précis, il faut toutefois bien différencier le déclencheur de l’apprentissage du perfectionnement culinaire. Il y a effectivement différents moments de l’apprentissage, internet étant par exemple plus un support de perfectionnement. L’enquête fait nettement apparaître l’importance du lien « mère-fille » bien connu, mais aussi la multiplicité des sources, en particulier pour les femmes. Il y a une réelle complémentarité avec les autres supports tout au long de la vie et une diversification de ces supports.

Si la mère joue toujours un rôle prépondérant, le père est désormais loin d’être absent et semble jouer un rôle complémentaire. Il intervient notamment sur des aspects qualitatifs dans la transmission (« apprendre à reconnaître ce qui est bon », « choisir les bons aliments »), alors que la mère intervient sur des aspects plus techniques. Les pères semblent se situer davantage sur les aspects plus culturels, liés notamment au plaisir, ce qu’on retrouve d’ailleurs plus globalement en termes de temps consacrés aux enfants car ce sont aussi généralement les aspects les plus valorisants.

On se doit également de noter la spécificité du rôle du conjoint dans l’apprentissage autour de deux pôles : l’indépendance et le partage. L’apprentissage de l’indépendance, notamment pour les hommes, passe par l’apprentissage de recettes simples pour se débrouiller seul. Le partage passe par l’apprentissage de recettes festives, de l’art de la présentation et de recettes du monde. Le conjoint représente ce que les sociologues appellent une « socialisation secondaire », par opposition à la socialisation primaire de la famille pendant l’enfance, c’est-à-dire qu’il représente une confrontation à un autre modèle et parfois à une autre culture culinaire. D’où l’importance de la négociation au sein du couple en termes d’alimentation et de cuisine.

Mais une des spécificités de cette enquête est de pouvoir comparer ce qui a été transmis avec ce qu’on veut transmettre. On observe qu’une majorité des enquêtés (60 %) souhaite transmettre la cuisine. On retrouve la place prégnante des femmes et de la mère, comme pour l’autre sens, même si bien sûr les personnes à qui on peut transmettre ne sont pas les mêmes selon la place dans le cycle de vie.

L’enquête fait apparaître que si on transmet toujours plus aux filles qu’aux garçons, on transmet également la cuisine aux fils. Il y a aussi une diversification des sources d’information, avec moins de place donnée aux recettes traditionnelles et une importance plus grande d’internet et des amis.

L’équilibre alimentaire en termes de motivation est présent, mais n’est pas prédominant. Les raisons nutritionnelles arrivent plus tardivement et augmentent avec l’âge. Il s’agit une différence culturelle avec d’autres pays sur le rapport à l’alimentation, et notamment avec les pays anglo-saxons où l’alimentation est beaucoup plus pensée en termes nutritionnels, voire scientifiques. C’est beaucoup moins le cas en Europe. En France, la convivialité et le plaisir de l’alimentation arrivent bien avant ces aspects dans toutes les enquêtes réalisées sur le sujet. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver au cœur de la transmission culinaire.

Pour conclure, il convient de garder à l’esprit que ce qui est transmis, ce sont autant des valeurs et des représentations que des savoir-faire techniques. Les pratiques culinaires sont ainsi intimement imbriquées dans les modes de vie. Les représentations de la cuisine rejoignent, au-delà de leur contenu culturel, l’univers plus large des représentations de l’alimentation. De ce point de vue, il est possible que les nouvelles technologies (sites internet de recettes, appareils électroménagers connectés…) continuent à modifier durablement nos pratiques de cuisine et de transmission.

Contenus libres de droits. PDF à télécharger : AnalyseTransmission_ThDeStPol_OCPOP

Transmettre à tout prix !

Image1La transmission de la pratique de la cuisine professionnelle en France est l’une des plus anciennes et des plus complètes existant dans l’enseignement aujourd’hui. Centres de formation des apprentis, lycées, universités, écoles privées, forment à des Certificats de Qualification Professionnel, des CAP, des Bacs, des licences et des masters pour les métiers de l’hôtellerie-restauration.

A l’inverse, la transmission de la cuisine quotidienne et populaire est souvent présentée comme en panne et ne permettant plus à chacun de remplir son assiette de tous les jours. Rupture générationnelle et changements sociaux semblent avoir rompu la chaine de la tradition et de la création. Pourtant, la pratique de la cuisine quotidienne est une réalité, elle permet à chacun de se nourrir. Mais quelle forme empreinte cette transmission aujourd’hui ? Et qu’est-ce-qui est transmis? 

Cette notion de cuisine populaire est avant tout ancrée dans une nécessité quotidienne où la répétition modèle notre palais et nos envies. C’est bien une imprégnation du goût, des formes, des textures qui nous conditionnent à aimer telle ou telle cuisine populaire. Apprendre à manger, tout comme apprendre à cuisiner, c’est certainement apprendre à imiter. La circulation des pratiques alimentaires de génération en génération passe par une mécanique d’appropriation, mettant en jeu imprégnation, imitation et répétition. Les dinettes de l’enfance jouent tout à la fois le rôle d’un formatage social, mais aussi de mise en route d’une pratique de la cuisine. Et la transmission de mère à fille semble toujours étalonner la transmission de cette cuisine familiale et quotidienne. Et s’il y a bien nécessité, c’est une nécessité culturelle faite de symbolique, d’esthétique et d’économie au service d’un besoin alimentaire.

Pères, beaux-pères, amis et tous les membres de la famille au sens large, apportent leurs touches d’enseignement, faisant ainsi évoluer en détails la vie de la cuisine populaire.

Bien évidemment la cuisine populaire ne se limite pas à la réalisation de plats, et met en route tout un champ de possibles dans l’approvisionnement, la transmission, la gestion des réserves et du temps et l’organisation sociale que demandent notre alimentation. Cette cuisine populaire, complexe de par son humanité, se transmet et s’enseigne comme la suggestion d’un mode de vie et de relation aux autres.

Comme toutes les autres pratiques culturelles qui changent, la transmission culinaire se modifie aussi en se nourrissant d’inspirations dépassant le seul enseignement d’une mère.

A l’échelle des cinquante dernières années, notre univers comme matière et manière à cuisiner s’est considérablement enrichi, et cette diversification de sources et de pratiques alimentaires se retrouve dans la transmission. Tous les moyens de transmission et de médiatisation du savoir ont été utilisés pour diversifier nos sources d’inspiration. Livres de recettes comme ceux des sœurs Scotto, publications publicitaires tels que les ouvrages de Françoise Bernard, les blogs et sites internet comme le très utilisé marmiton.org, enrichissent notre nourriture du quotidien.

La transmission culinaire, pour paraphraser Alain Chapel, « c’est beaucoup plus que des recettes ». C’est aussi partager des savoirs et des connaissances, pour vivre avec les autres et se donner les moyens d’une certaine liberté de choisir son imaginaire culinaire.

Il semblait indispensable à l’OCPop de s’interroger sur la réalité de cette transmission culinaire aujourd’hui en France. En sollicitant un panel de mille français représentatifs grâce à l’enquête Ifop / Lesieur, notre but est bien de savoir si cette transmission est réellement en panne.

Les mères transmettent-elles toujours leur savoir du quotidien à leurs filles et à leurs fils ? Où trouvent-elles l’inspiration de cette transmission : dans le patrimoine culinaire français, dans l’abondance des livres de cuisine ou dans l’immense source internet des recettes?

Et pourquoi la cuisine est-elle transmise ? Pour ce nourrir quotidiennement, pour prendre du plaisir, pour préserver sa santé, ou simplement parce que c’est une impérieuse nécessité?

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Pour en savoir plus :

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L’huile d’olive est populaire, mais a-t-elle toujours été à la mode ?

Par Jean-Paul Fretillet

올리브기름 Olio d'oliva 橄欖油 Huile d'olive OlivenölComme le blé et le vin, l’olive est un marqueur millénaire de la culture méditerranéenne. Le fruit de l’olivier, arbre souvent séculaire, est le plus partagé dans la cuisine du sud. A l’inverse du vin, il n’est frappé d’aucun interdit religieux. C’est la première dimension populaire de l’olive que l’on croque ou que l’on déguste sous forme d’huile. « Elle est le symbole de ce que l’on pourrait appeler la fraternité culinaire des peuples de la Méditerranée, précise le sociologue Rémy Lucas. C’était vrai hier, dans l’Antiquité, ça l’est toujours, à une époque où la consommation d’huile d’olive dépasse largement le cadre de la Méditerranée ».

Mais le divin nectar n’a pas l’exclusivité dans la cuisine méditerranéenne. La concurrence avec les matières grasses d’origine animale comme le beurre ou le saindoux a parfois divisé et divise encore les habitudes alimentaires au bord de la Grande Bleue. Michel Chauvet, agronome et ethnobotaniste, spécialiste de l’histoire et de l’usage des plantes alimentaires l’illustre par trois exemples : « Dans l’est de la Méditerranée, on reste friand des huiles de sésame ou des pâtes de sésame, ce qu’on appelle le tahiné en Egypte. Les montagnards libanais cuisinent avec la graisse de queue de mouton et ils ont même sélectionné une race à ce dessein. Enfin en Espagne, dans le centre montagneux, on a toujours préféré, et on préfère encore le saindoux à l’huile d’olive ».

Nécessité fait parfois loi. Les auteurs de l’Inventaire du patrimoine culinaire (Provence- Alpes- Côte d’Azur) rappellent qu’en Provence (et ailleurs), l’église interdisait les graisses animales pendant les jours de jeun (vendredi et samedi) et le carême. C’est bien la preuve qu’il s’en consommait en dehors des jours maigres.

L’huile d’olive est donc populaire mais elle n’est pas la seule matière grasse dans la cuisine du bassin méditerranéen. Michel Chauvet ajoute que son usage culinaire quotidien est assez récent. « Autrefois, il était rare que l’on assaisonnât une salade avec de l’huile d’olive car les nourritures étaient principalement cuites ». C’est pourquoi, son utilisation était plutôt non alimentaire. Elle servait à éclairer les maisons. On la transformait en savon ou on en faisait un usage cosmétique. Ces pratiques renvoient à la symbolique religieuse, tout aussi populaire. Dans les trois religions du livre, l’huile d’olive a un caractère sacré. « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. (…) son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. (…) » dit le coran (S24V35).

Si l’huile d’olive, en dehors de son côté sacré, ne semble pas jouir d’une grande considération, on note que, dès le XVIII ème siècle, certains terroirs oléicoles revendiquent une supériorité qualitative colportée jusqu’à Paris. L’encyclopédiste provençal Claude François Achard note en 1787 que l’huile d’Aix-en-Provence est « la meilleure de la Provence ». Elle est « un peu amère et piquante dans les trois ou quatre premiers mois de sa fermentation ». Mais il déplore que « les habitants des provinces septentrionales » préfèrent « l’huile épaisse et douce dans sa formation » comme celles « de Grasse, de Nice, d’Aramont, de Draguignan, de Toulon » qui, « aux approches de l’été, piquent leur gosier ». De son côté, en 1835, J. Aymès, propriétaire du Bazar Provençal à Paris affirme que « les huiles d’Aix, qui n’étaient servies jadis que sur les tables des grands, sont aujourd’hui recherchées par toutes les classes ».

Comme la vigne a eu son phylloxéra meurtrier, l’olivier provençal a eu ses gels dévastateurs, ceux de 1929 et 1956. La production d’huile d’olive française s’est presque éteinte : 1000 à 2000 tonnes par an dans les années soixante dix contre 10 000 tonnes au début du siècle. Victime de la concurrence des huiles d’arachides, de tournesol ou de colza dont la consommation explose après la guerre, l’huile d’olive décline dans les statistiques, même en Provence. Elle n’est plus populaire!

Le retournement date des années quatre-vingt : de 20 000 tonnes d’huile d’olive consommées, on passe à près de 120 000 tonnes aujourd’hui. « Avant de redevenir populaire, l’huile d’olive est devenue un produit à la mode. Toutes les conditions étaient réunies », souligne Rémy Lucas. Ignorée, presque dénigrée, l’huile d’olive est la proie idéale des consommateurs de produits tendance. D’autant qu’elle croise un carrefour de circonstances favorables. La montée des arguments santé dans l’alimentation favorise l’huile d’olive et handicape les matières grasses animales. La promotion du régime crétois y contribue. Mais la réhabilitation de l’huile d’olive doit peut-être davantage à quelques chefs comme Roger Verger et son élève Alain Ducasse qui défendent les saveurs de la cuisine méditerranéenne. « L’huile d’olive devient un produit noble, explique Rémy Lucas, et à la mode. On évoque les origines, on compare les crus, on déploie un discours organoleptique sur ce produit comme on le faisait pour le vin. Son prix s’envole et on le conditionne parfois en flacon… comme un parfum. Dans Paris, les boutiques spécialisées dans les huiles de terroir fleurissent comme les oliviers au printemps. Les chefs ne jurent plus que par l’huile d’olive. « La suite logique propre à tout produit à la mode est de se démocratiser pour devenir un produit populaire » ajoute Rémy Lucas. « C’est ce qui s’est passé avec l’huile d’olive ». Les grandes marques à l’image de  Puget ont contribué à sa diffusion jusque sur les rives de la Manche, de l’Atlantique et de la mer du Nord ! Et parfois les statistiques jouent à fronts renversés. En 2014, un habitant de l’ouest de la France consomme plus d’huile d’olive qu’un Provençal ! 17,3 litres pour le premier, 15,2 litres pour le deuxième.

Dans les linéaires de la grande distribution, l’offre et le choix explose.  Pour le mesurer, il suffit d’aviser le rayon « Huile et Assaisonnement » d’un supermarché comme celui d’Intermarché à Ceyrat dans la banlieue de Clermont-Ferrand, en Auvergne région productrice et consommatrice d’huile de noix. L’huile d’olive occupe presque la moitié de l’espace. De l’huile de producteur  en passant par l’huile d’origine (Crête, Portugal, Italie,), à l’huile de marque, l’huile de distributeur, l’huile premier prix, l’huile mélangée et les huiles bio (les seules du rayon), le choix est impressionnant. Aucune autre huile n’offre une telle diversité. Dans ce magasin, l’huile de terroir n’est en concurrence qu’avec une huile de noix locale. La gamme des prix est assez serrée puisqu’ils  s’étalent de 3€24  à  8€26 pour une huile italienne d’origine. Le jour de cette visite, les trois clients rencontrés devant le rayon nous confiaient ou non leur motivation d’achat. Une septuagénaire d’origine portugaise : « Je regarde juste les prix. C’est cher. Moi, je prends mon huile d’olive dans la famille, et je rapporte des bidons du Portugal». Un homme de 35 ans environ, en costume : «Je prends une bouteille d’un demi litre, car je suis seul. L’huile d’olive c’est pour mes salades, c’est bon pour la santé». Enfin, un septuagénaire :« Ma femme m’a dit de prendre de l’huile de noix, c’est le goût d’ici. Non, je ne prends jamais d’huile d’olive».

Ces témoignages nous invitent à nous interroger sur le contenu du qualificatif «populaire ». Existe-t-il des similarités entre le « populaire » de la Provence du XIXème siècle  qui exprime la culture méditerranéenne antique et le « populaire » d’un supermarché d’une banlieue auvergnate plus coloré par la culture de masse ? Une chose est sûre. L’huile d’olive n’a jamais été aussi populaire et à la mode en même temps.

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Conserves : technique, goût et nutrition

Conserves2Les conserves ménagères existent depuis la nuit des temps comme le séchage des graines, le fumage des poissons et des viandes, la conservation dans les huiles, mais la grande révolution a été la découverte par Nicolas Appert en 1795 de la conserve dite appertisée du nom de son inventeur.

La Technique

La mise en conserve est une méthode de préservation des aliments qui consiste à les mettre dans des récipients de verre ou dans des boites en fer-blanc et de les soumettre à une température élevée (généralement de 110 à 120 °C) pendant le temps nécessaire à la destruction ou l’inactivation des germes.

L’hygiène

Cette technique nécessite une parfaite hygiène, un respect des procédures de stérilisation et un contrôle du scellement des boites métalliques pour éviter toute intoxication comme le botulisme. Mais le repérage par le consommateur d’une anomalie dans la stérilisation du produit est souvent facile comme le bombement du couvercle de la boite dû à une fabrication anormale de gaz par des bactéries indésirables.

La conserve appertisée est l’une des méthodes les plus sures du point de vue hygiénique parmi les différentes méthodes de conservation des aliments.

Le goût

Le traitement thermique dénature certaines molécules modifiant le goût des aliments. Ce goût différent du produit frais donne à l’aliment un nouveau statut dans notre répertoire alimentaire constitué dans notre cerveau au fil des ans. On retrouve ainsi des générations d’adultes qui préfèrent aujourd’hui des petits pois en boite aux petits pois frais. Les petits pois en boite sont devenus ainsi leur référence culinaire qu’ils transmettront à leurs enfants.

La Nutrition

Du point de vue nutritionnel  le traitement thermique appliqué aux aliments  avant leur mise en conserve détruit de 30 % à 50 % des vitamines, selon l’aliment (comme la vitamine C très sensible à la chaleur). À l’inverse, ce même procédé peut augmenter la concentration de certains antioxydants, comme le bêta-carotène de la carotte et le lycopène de la tomate. Quant aux minéraux, s’ils résistent mieux à la chaleur, ils se répandent dans  l’eau de dissolution des conserves. D’où l’intérêt de garder pour la cuisson l’eau présente dans certaines conserves (légumes) et de la consommer. À cette règle de base, une exception notable : les légumineuses, une source exceptionnelle de protéines et de fibres. Les lentilles, les haricots rouges, les pois chiches et autres de la même famille tolèrent fort bien la mise en conserve. La valeur nutritive des légumineuses en boîte est comparable à celle des légumineuses sèches.

La conserve peut paraître ringarde, mais ce moyen de conservation permet de consommer des légumes et des viandes ou poissons à tout moment et dans des conditions d’hygiène maximum.

Le  répertoire des aliments en conserve est très vaste. Vous pouvez trouver des aliments bruts comme les légumes ou les fruits, mais aussi des plats traditionnels comme le cassoulet ou la choucroute ou le gratin dauphinois.

Un autre moyen d’utiliser la conserve dans une alimentation moderne est de mixer la conserve aux aliments frais et de les cuisiner. Le mélange des goûts du frais et de la conserve permet une cuisine rapide et goûteuse. Un bon moyen pour diversifier notre alimentation.

Patrick Serog

Par Patrick Serog

 

 

 

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Gaspillage: et si on utilisait mieux nos fruits et nos légumes ?

 

Chronique#5_PWeeksA une époque où l’on est de plus en plus sensibilisé au bien de la planète et à nos finances, c’est presque une obligation de jeter le moins possible, à commencer par nos fruits et nos légumes.

Ne venez pas me dire que c’est un truc de bobo et que c’est tendance. Nos grand-mères le faisaient tout naturellement. Jamais il ne leur serait venu à l’idée de jeter des fanes de carottes ou un pied de brocolis ou de chou-fleur.

Nous voilà quelques décennies plus tard à réapprendre des manières de faire et des gestes qui faisaient partie du quotidien. En chemin, il est fort probable que la transmission se soit perdue.

 

Heureusement, il n’est jamais trop tard.

La prochaine fois que vous préparez des fruits et des légumes, observez toutes les parties que vous jetez et demandez-vous ce que vous pourriez bien en faire plutôt que de les jeter.

Pour vous aider, voilà toute une série d’astuces.

Je tiens à préciser avant de démarrer que ces astuces nécessitent d’avoir des légumes cultivés de manière raisonnable.

Les fanes des légumes

On peut en faire des tas de bonnes choses en passant par le velouté tout simple, les petits flans, les quiches, le pesto ou des dips préparés avec un fromage blanc.

Pour cela, ciselez vos fanes puis faites-les cuire à la vapeur avant de les utiliser, elles vont donner du caractère à votre cuisine.

Ça marche avec des fanes de carottes, de radis ou de navets nouveaux.

Les épluchures des fruits et des légumes

Vous pouvez en faire des chips, aussi bien avec les épluchures de légumes, comme les carottes ou les pommes de terre même si la pomme de terre n’est qu’un légume au sens botanique du terme mais aussi avec les épluchures de pommes. Utilisez ces dernières en infusion dans un sirop, cela donne beaucoup de goût.

Avec les tomates, vous pouvez faire sécher la peau et en faire une poudre qui va renforcer le goût de vos préparations à base de tomates. On appelle cela le sablon de tomates.

Vous pouvez utiliser aussi les épluchures des asperges blanches. Pour cela, mettez-les dans une casserole, recouvrez-les d’eau, faites mijoter une quinzaine de minutes puis filtrez. Gardez la moitié de cette eau au frais, faites cuire vos asperges dans la seconde partie puis stoppez la cuisson de vos asperges en les plongeant dans la partie fraiche. Cela permet de ne pas perdre le goût des asperges en les cuisant.

Vous pouvez aussi faire infuser les épluchures d’asperges dans de la crème liquide pour la parfumer ou vous en servir pour faire un bouillon.

Petite curiosité 

Saviez-vous qu’au Québec, on fait une gelée et une eau de fraises avec les queues des fraises ?

Les pieds des légumes

Vous savez, c’est cette chose que vous jetez allégrement quand vous préparez du brocoli ou du chou-fleur. La prochaine fois, pensez à les peler puis à les couper en dés afin de les faire cuire dans un wok. C’est très bon avec du brocoli. Pour le chou-fleur, je vous conseille de faire cuire le pied comme une pomme de terre, après l’avoir pelé.

D’une manière générale, n’oubliez pas de récupérer toutes les chutes de légumes générées quand vous faites des découpes (julienne, mirepoix, etc.). Gardez-les pour aromatiser des sauces, comme la sauce bolognaise ou pour en faire des soupes.

Avec les feuilles de betterave ou les feuilles de navet

Quand les légumes sont jeunes et que les feuilles sont petites, vous pouvez les préparez comme une salade. Plus grandes, faites-les blanchir puis utilisez-les dans une garniture de quiche, de flan ou dans des lasagnes.

Des livres sur le sujet ?

Je vous recommande celui de Sonia Ezgulian : Les Epluchures, 10 façons de les accommoder aux éditions de l’Epure et celui de Sophie Dupuis-Gaulier : Tout Manger de A à Z chez Hachette.

Contenus libres de droit. PDF à télécharger: PWeeks_StopGaspillage

Cuisine poubelle, par zoom architecture

Retrouvez chaque semaine sur le site de l’OCPOP un projet culinaire original au croisement de la street food et des nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, extrait du mémoire d’Audrey Harlange.

cuisinepoubelle1Cuisine Poubelle est un dispositif mobile présenté pour la première fois dans le cadre des performances « Nouvelles vagues » de la Biennale d’art contemporain de Lyon en novembre 2007. L’objectif de ses créateurs, le collectif grenoblois Zoom, était de détourner un objet domestique et urbain coutumier suscitant peu d’intérêt, et de le recycler en un support de rencontres et de convivialité. Cuisine Poubelle a été fabriquée sur base d’un conteneur urbain standard pour pouvoir « être soumise aux sollicitations de l’occupation de l’espace public ». Une fois statique, elle se déploie et perd son aspect extérieur de conteneur pour devenir un véritable espace de préparation culinaire. »[1]

Zoom invite le public à reproduire ce dispositif suivant le principe du DIY (Do it yourself), et en communique le schéma de montage sur demande.

Pour en savoir plus : http://www.zoomarchitecture.fr/blog/

A PROPOS DE L’AUTEUR – Coordinatrice du projet artistique Kollisions partagé entre Bruxelles et Berlin, Audrey Harlange porte depuis longtemps un intérêt prononcé pour les pratiques éphémères. Elle se met à explorer l’aliment comme médium artistique et entame en 2013 un master en design culinaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.  Après un travail de fin d’études et une première publication consacrés au street art, à la street food et aux nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, elle crée le collectif Frisko en collaboration avec une artiste et chef originaire du Japon, Suzuna Yamashita. Suivant une approche fusion, mêlant souvent traditions culinaires japonaises, nouvelle gastronomie européenne et street food, elles réalisent, sous le nom de ‘food tailors’, des installations spécifiques et des performances ‘sur mesure’ pour différents collectifs d’artistes et lieux d’exposition – Spores insideout/Compagnie L’Indiscrète, Tetra/Centre culturel Jacques Franck, Les espèces altérées/La Ruche,…

Baravane, par le collectif mit

Retrouvez chaque semaine sur le site de l’OCPOP un projet culinaire original au croisement de la street food et des nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, extrait du mémoire d’Audrey Harlange.

StreetFood1La Baravane est une structure nomade conçue par le collectif d’architectes nantais MIT, auquel le jury du concours Minimaousse[1] organisé par la galerie VIA a décerné la mention « audace et performance ». Créée à l’origine pour répondre au besoin d’un bar destiné au festival Architectonik[2], cette caravane d’apparence ordinaire – si l’on fait abstraction de la couleur rose – se scinde en deux parties, laissant apparaître un comptoir à hauteur de coude ainsi qu’un espace banquette. Au milieu de ces éléments se dessine un espace d’expression et de convivialité qui se prête tantôt à des échanges autour d’un verre ou d’un petit déjeuner, tantôt à des happenings et des performances, comme dans le cadre du festival Estuaire[3], réunissant divers projets de micro architecture.

Pour en savoir plus : http://collectifmit.fr/

A PROPOS DE L’AUTEUR – Coordinatrice du projet artistique Kollisions partagé entre Bruxelles et Berlin, Audrey Harlange porte depuis longtemps un intérêt prononcé pour les pratiques éphémères. Elle se met à explorer l’aliment comme médium artistique et entame en 2013 un master en design culinaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.  Après un travail de fin d’études et une première publication consacrés au street art, à la street food et aux nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, elle crée le collectif Frisko en collaboration avec une artiste et chef originaire du Japon, Suzuna Yamashita. Suivant une approche fusion, mêlant souvent traditions culinaires japonaises, nouvelle gastronomie européenne et street food, elles réalisent, sous le nom de ‘food tailors’, des installations spécifiques et des performances ‘sur mesure’ pour différents collectifs d’artistes et lieux d’exposition – Spores insideout/Compagnie L’Indiscrète, Tetra/Centre culturel Jacques Franck, Les espèces altérées/La Ruche,…

 

The dumpling express, par something fantastic

Retrouvez chaque semaine sur le site de l’OCPOP un projet culinaire original au croisement de la street food et des nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, extrait du mémoire d’Audrey Harlange.

The Dumpling Express est un dispositif mobile fonctionnant à l’énergie solaire créé par un collectif de quatre architectes établis à Dumplingexpress1Berlin. Ses concepteurs, Something Fantastic, l’envisagent comme un « acte de propagande qui éveille un désir d’explorer de nouveaux procédés culinaires et de rendre les rues de la ville vivantes »[1]. A la fois high-tech et low tech, ce dispositif emploie une ressource naturelle existante et permet de cuisiner sans utiliser de combustibles fossiles comme le charbon, ni d’électricité.

Le collectif le considère comme la « manifestation 1:1 de leur vision de l’architecture du futur »[2].

  1. Le push-cart présente un réflecteur parabolique d’un mètre de diamètre
  2. … ainsi qu’un module, constitué d’une armature en bois et de panneaux en acier et contreplaqué, pouvant faire office de petit bar à sauces lorsque le couvercle est déplié…
  3. … le tout est monté sur un tricycle de seconde main.
  4. Le dispositif est directement opérationnel. Les beignets préparés minute peuvent s’accompagner de condiments chinois et de sauces.

DumplingExpress2A. Le réflecteur parabolique concentre la lumière du soleil sous la casserole. La vapeur qui s’en dégage monte, passe au travers de paniers de cuisson et optimise la cuisson des beignets.

B. Le cuiseur est parfaitement aligné sur le soleil lorsque la vis située sur le cadre pointe en sa direction et ne projette aucune ombre. Un axe de rotation permet d’ajuster son orientation verticale et, il suffit de déplacer le vélo pour modifier sa position horizontale.

C. La position du cuiseur solaire doit être réajustée toutes les dix ou vingt minutes selon les saisons.

D. Les beignets chinois (Jiaozi, Baozi) sont faits à partir d’une pâte à ravioli ou de pâte levée. On peut les farcir de viande, de crevettes, de tofu et de toutes sortes de légumes. C’est une alternative saine et gourmande qui peut s’apprécier tout au long de la journée. Vu qu’ils ne requièrent pas une préparation élaborée, les Jiaozi et Baozi s’inscrivent dans un registre street food.

 

Pour en savoir plus : http://somethingfantastic.net/#

 

A PROPOS DE L’AUTEUR – Coordinatrice du projet artistique Kollisions partagé entre Bruxelles et Berlin, Audrey Harlange porte depuis longtemps un intérêt prononcé pour les pratiques éphémères. Elle se met à explorer l’aliment comme médium artistique et entame en 2013 un master en design culinaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.  Après un travail de fin d’études et une première publication consacrés au street art, à la street food et aux nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, elle crée le collectif Frisko en collaboration avec une artiste et chef originaire du Japon, Suzuna Yamashita. Suivant une approche fusion, mêlant souvent traditions culinaires japonaises, nouvelle gastronomie européenne et street food, elles réalisent, sous le nom de ‘food tailors’, des installations spécifiques et des performances ‘sur mesure’ pour différents collectifs d’artistes et lieux d’exposition – Spores insideout/Compagnie L’Indiscrète, Tetra/Centre culturel Jacques Franck, Les espèces altérées/La Ruche,…



[1] http://somethingfantastic.net/# Citation originale: « a propagandistic ruse within the cityscape that creates a desire for a modern way of cooking and a more lively street scene. »

[2] http://somethingfantastic.net/# Citation originale: « 1:1 Manifestation of how Something Fantastic thinks future architecture should be. »

De nouveaux horizons culinaires – hybridations et activisme

Retrouvez chaque mois sur le site de l’OCPOP un projet culinaire original au croisement de la street food et des nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, extrait du mémoire d’Audrey Harlange.

Retrouvez également dans le dossier « Restaurant populaire » tous les exemples répertoriés sur la street food.

StreetFood2L’espace public se repense, se remanie, se réinvente. La ville devient le creuset d’aménagements vivants qui suscitent des interactions communautaires et valorisent des lieux de vie collectifs. Terrain privilégié de toute une génération d’artistes, elle donne lieu à des formes d’appropriation qui dénotent un certain activisme et préfigurent de nouveaux usages de l’espace public.

Témoignant d’une ‘fonctionnalité augmentée’ de l’art, de son engagement social et démocratique, ces interventions rejaillissent positivement sur le quotidien des citadins comme sur la perception et l’image de la ville. City mine[1], un réseau actif notamment à Bruxelles et Berlin et composé de jardiniers urbains, bricoleurs, urbanistes, cuisiniers, etc, considère la créativité comme un moyen de rendre la vie quotidienne de la ville plus agréable.

A mesure que l’espace public s’investit et se ‘multidimensionnalise’, les pratiques artistiques s’ouvrent et s’hybrident. L’évolution du collectif EXYZT, composé au départ d’architectes uniquement, traduit entre autres cette orientation nouvelle. Rassemblant aujourd’hui graphistes, constructeurs, photographes, jardiniers, vidéastes et cuisiniers, il défend l’idée que l’architecture s’envisage comme « un outil ou un véhicule qui invite les compétences et les savoir-faire d’une société pour déclencher et expérimenter d’autres formes d’habiter et construire ensemble »[2].

Il se crée davantage de ponts entre les pratiques. Arts plastiques, urbains, architecture et ‘arts de la subsistance’ se croisent et s’enrichissent mutuellement, donnant à voir des dispositifs autonomes, nomades et insolites qui se déploient dans l’espace public.

Différents projets, présentés pour certains lors de l’exposition « Ma cantine en ville »[3] à la galerie VIA[4] (Paris), reflètent à mon sens ce brassage et les ‘interférences constructives’ qu’il génère.

Au-delà du désir de reconquérir l’espace public et de lui attribuer des saveurs et des odeurs, ces créations soulèvent intrinsèquement la question de « comment se nourrir en ville, mieux et de manière responsable? »

Dans un contexte agité par la crise économique, les désordres environnementaux et les scandales générés par l’industrie agro-alimentaire, une vague de réflexion autour des moyens de subsistance s’est propagée, entraînant l’éclosion de nombreux actes et projets engagés.

De la même manière qu’un désir accru de reprendre possession de l’espace public et de renouer avec des formes de convivialité se manifeste, il s’exprime une volonté d’autant plus forte de retrouver une maîtrise et un contrôle de sa nourriture.

L’urban farming (agriculture urbaine) est une pratique initiée à Détroit – une shrinking city désertée suite à la crise automobile – qui a fait naître dans son sillon toute une série d’initiatives et de mouvements activistes qui prônent la biodiversité en ville et l’amélioration du cadre de vie. Des initiatives qui permettent à chacun d’agir sur son environnement à travers un acte poétique et de participer à la construction commune de ‘cultures partagées’.

Dans les creux de la ville comme dans des lieux d’abord dénués de vie et d’intérêt, des végétaux s’immiscent, des tuteurs se dressent, des jardins potagers se créent. L’espace public se perçoit dès lors comme un patrimoine collectif dont chacun est responsable.

L’auteur a dressé un panorama d’initiatives de ce type, chacune s’inscrivant dans une démarche solidaire et sensible; les unes mettent en scène des pratiques alimentaires alternatives et réapprivoisées, tandis que d’autres, trouvant leurs origines dans le garden city mouvement (mouvement des cités‐jardins)[5], l’urban farming ou le guerrilla gardening – un mouvement qui suit une dynamique similaire de réappropriation de l’espace urbain – sensibilisent à la préservation de la biodiversité en ville comme à un accès pour tous à des ressources alimentaires de base.

 

A PROPOS DE L’AUTEUR – Coordinatrice du projet artistique Kollisions partagé entre Bruxelles et Berlin, Audrey Harlange porte depuis longtemps un intérêt prononcé pour les pratiques éphémères. Elle se met à explorer l’aliment comme médium artistique et entame en 2013 un master en design culinaire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.  Après un travail de fin d’études et une première publication consacrés au street art, à la street food et aux nouveaux modes d’appropriation de l’espace public, elle crée le collectif Frisko en collaboration avec une artiste et chef originaire du Japon, Suzuna Yamashita. Suivant une approche fusion, mêlant souvent traditions culinaires japonaises, nouvelle gastronomie européenne et street food, elles réalisent, sous le nom de ‘food tailors’, des installations spécifiques et des performances ‘sur mesure’ pour différents collectifs d’artistes et lieux d’exposition – Spores insideout/Compagnie L’Indiscrète, Tetra/Centre culturel Jacques Franck, Les espèces altérées/La Ruche,…

[1] Pour en savoir plus : http://www.citymined.org/

[2]«  Par qui et comment se construit la place publique?”, De l’aire, 2009-2012 http://www.delaire.eu/coordination-de-projets/sur-la-place-publique-vercors

[4] Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement http://www.via.fr/

Boites de conserve, je vous aime

 

Conserves_PascaleWeeksLorsque je suis partie de chez mes parents et que j’ai commencé à faire des courses, je n’achetais pas de boites de conserves. Je ne les trouvais pas glamours du tout.

Peut-être qu’ayant été élevée dans les années 70, j’en gardais un mauvais souvenir, notamment à cause des macédoines de fruits ou des champignons de Paris en boite.

Aujourd’hui, impossible de m’en passer. Non seulement elles me sauvent certains repas dans ma cuisine du quotidien, mais je les apprécie aussi de plus en plus.

Elles conservent des trésors, c’est le cas de le dire et elles ont tout pour plaire : elles sont économiques, font gagner du temps, tout en permettant de préparer des repas équilibrés dans la cuisine de tous les jours.

 

5 choses à savoir sur les boites de conserves

  • Elles sont plutôt anciennes et ont vu le jour grâce à un procédé inventé par Nicolas Appert au début des années 1800 : la stérilisation des aliments en les chauffant à plus de 100°C, appelé aussi appertisation.
  • Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale qu’elles sont devenues très populaires en Europe.
  • En temps de crise, les ventes augmentent toujours, même à notre époque.
  • Saviez-vous que c’est grâce à une invention des années 60 que l’on peut ouvrir les boites de conserve sans ouvre-boite, grâce à un anneau d’ouverture ?
  • Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les légumes en conserve, à condition qu’ils soient conditionnés dans les quelques heures qui suivent la récolte, sont riches en fibres, minéraux et vitamines. A ne pas négliger quand on n’a pas le temps de préparer des légumes frais.

 

Et si vous avez encore des doutes, voilà mon Top Ten des boites à avoir absolument dans son placard:

 

Les tomates entières pelées ou les tomates concassées

Dans le sud de l’Italie, certaines marques italiennes cultivent les tomates en plein champs, les cueillent quand elles sont bien mûres et gorgées de soleil, et les mettent en boites quelques heures après leur récolte. Aucun Italien ne saurait s’en passer et nous non plus.

J’en fais quoi ? Des sauces tomates quand ce n’est pas la saison des tomates, de la sauce bolognaise, des currys indiens, des rougails de saucisse, des sauces pour pizzas maison, etc.

 

Le lait de coco

C’est une préparation faite avec la pulpe fraiche de noix de coco râpée puis pressée. Il a la consistance d’une crème liquide et s’utilise à la fois dans la cuisine salée, dans les desserts ou dans les boissons.

J’en fais quoi ? Des currys thaïlandais ou indiens avec des légumes, des crevettes ou du poisson, des soupes thaïlandaises, des veloutés de carottes ou de courges, des flans ou des sorbets coco comme en Guadeloupe.

 

Le thon, les sardines et le maquereau

J’en ai toujours à la maison, c’est absolument magique, à la fois pour manger sur le pouce ou pour servir de base à d’autres préparations. Saviez-vous que l’on peut même trouver des boites de sardines millésimées ? Elles contiennent le meilleur de la pêche des sardines et il est de bon ton de les faire vieillir en retournant régulièrement les boites.

J’en fais quoi ? Des rillettes de sardines ou de thon avec plein d’herbes fraiches et du citron, des pâtes aux sardines ou au thon avec des tomates concassées, des quiches au thon, etc. Quant aux maquereaux, j’aime les manger tels quels avec une salade et une bonne tranche de pain.

 

Le lait concentré sucré

C’est un de mes souvenirs d’enfance avec les berlingots que l’on vidait goulument à l’heure du goûter. Aujourd’hui, j’ai toujours une ou deux boites à la maison.

J’en fais quoi ? Il est parfait pour les pâtes à tartiner maison et pour le sorbet coco, comme aux Antilles. Je m’en sers aussi pour préparer de la confiture de lait, le dulce de leche.

 

Les pois chiches

Le must des légumes secs en boite. J’ai longtemps cru qu’ils ne servaient que de garniture dans le couscous, jusqu’à ce que je découvre tout ce que l’on peut faire avec. Je ne peux plus m’en passer.

J’en fais quoi ? Du houmous classique (purée de pois chiches, l’emblème des mezzés libanais) avec pois chiches mixés, tahinés (purée de sésame), ail, jus de citron et sel ou du houmous revisité avec des épinards ou de la betterave pour un houmous tout rose ou encore un houmous à la citronnelle et à l’amande.

Des curry indiens ou thaï de pois chiches.

Des fallafels, galettes végétales, emblématiques de la cuisine juive.

 

Les petits pois – carottes

Personnellement, j’ai tendance à préférer le croquant des petits pois frais, mais mes enfants les adorent et j’ai toujours une boite dans mon placard spécial conserves.

J’en fais quoi ? Les soirs de grande flemme, j’en ouvre une boite et je les sers avec un bon jambon blanc.

 

Les haricots

A utiliser quand ce n’est pas la saison des haricots et que vous n’avez pas beaucoup de temps. Comme je le disais plus haut, les légumes en conserve ont des qualités assez proches des légumes frais.

J’en fais quoi ? Je les fais sauter à la poêle avec un peu d’ail ou je les prépare en salade.

 

Le pâté « Le Hénaf »

Petit clin d’œil à tous les bretons qui ont été élevés avec la petite boite bleue et jaune.

C’est Jean Le Hénaff qui a créé la recette en 1915, en Bretagne, près de Pouldreuzic.

Il s’agit d’un pâté de porc fait avec des porcs breton et qui contient les morceaux les plus nobles, comme le filet mignon par exemple.

J’en fais quoi ? Je le tartine sur une baguette ou sur un pain de campagne ou je l’ajoute dans une salade.

 

Le maïs

Emblème des salades, il est très bon chaud, à l’image de la cuisine des pays d’Amérique du sud.

J’en fais quoi ? Je l’ajoute dans les salades ou je les fais sauter avec des dés de courgettes que je sers avec un peu de fromage de féta ou j’en fais un velouté en les mixant très légèrement.

 

Les soupes de poisson

Un concentré de mer dans une boite. A chaque fois que j’en ouvre une pour un diner impromptu, je me dis toujours que c’est un sacré boulot que de faire sa propre soupe de poisson et je suis ravie que l’on puisse en trouver de très bonnes en boite.

J’en fais quoi ? Je me contente de la réchauffer et je la sers avec de la rouille, du fromage que je râpe moi-même et des croûtons maison. Faut quand même travailler un peu, non ?

 

Et vous, quelle est votre boite de conserve chouchou ?

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Pascale WeeksPar Pascale Weeks.

 

 

 

Conserver : une autre manière de cuisiner pour ne pas gaspiller

 

Photo_Conserve_ArtERouxConserver la nourriture semble être redevenu une source d’inspiration pour l’édition culinaire et le discours des chefs. C’est peut être un prolongement du fait-maison qui a tant occupé les propos de cuisines ces derniers temps, ou encore de la lutte contre le gaspillage. Sujet à la mode, certes, mais qui a toujours et continue à occuper une part importante dans la pratique alimentaire des Français.

Toutes les grandes et moyennes surfaces consacrent quelques mètres de rayons à des bocaux stérilisables et à des pots pour confitures. Pour les mieux fournis, sacs à jambon, bouchons de liège, entonnoirs et hachoirs complètent la gamme. Ce matériel à disposition des consommateurs tout au long de l’année est bien une preuve que mettre en conserve, par delà la mode, fait partie d’une manière de concevoir leur alimentation pour nombre de Français. De même, lors de l’enquête de l’OCPop sur les placards en cuisine, 21% des photos que nous avions reçues montraient un placard réservé ou en parti occupé par des conserves maison (confit de canard, sauces tomates, fruits au sirop ou à l’alcool, et surtout confitures). L’OCPop se devait de porter un regard sur ce phénomène pour comprendre – ou tout au moins suggérer des pistes de compréhension – sur ce que sont et représentent les conserves alimentaires à la maison.

Effectivement, si les éditeurs publient où rééditent un certain nombre de livres plus ou moins consacrés aux conserves maison (voir bibliographie ci-dessous), et si de plus en plus de chefs réalisent, servent ou proposent à la vente des conserves maison tel que beurre, cornichons au vinaigre où encore sauce tomate, ils représentent peut-être la partie visible d’une pratique culinaire bien plus répandue que nous ne le croyons.

Mais que laisse entrevoir ce goût pour des systèmes de conservation des aliments, que notre modernité et la facilité industrielle aurait dû réduire à l’état de souvenir ?

Quelles fonctions, alimentaires, symboliques ou gustatives remplissent ces manières de remettre à plus tard la consommation de nos aliments?

Observez la personne qui vous donne à goûter une confiture, des cornichons où toute autre conserve qu’elle a réalisée. Elle vous livre un peu d’elle même. Bien sûr le «c’est moi qui l’ai fait» valorise le producteur, vous livrant une part de son intimité. Vous ne mangez pas seulement de la nourriture, mais bien le travail fourni pour réaliser cette conserve, la part de secret indispensable à sa fabrication, comme si vous partagiez un peu la formule magique, le savoir-faire de la méthode de conservation. D’ailleurs posez-vous la question «mais comment fais-tu ça?», valorisant par votre intérêt le travail, la connaissance et le goût de l’autre, celui qui sait faire. A une époque où il est si facile de se procurer à manger, et où offrir de la nourriture s’est banalisé, les conserves maison donnent la plus-value nécessaire pour valoriser un échange de nourriture. Echange de dons, entre celui qui livre une part d’intimité et celui qui reçoit, offrant sa confiance à celui qui a préparé.

Tous ceux qui ont cultivé un bout de jardin potager ou ceux qui ont bénéficié de la générosité potagère d’un voisin ou d’un membre de la famille connaissent cette capacité qu’ont les légumes à trop produire en une seule fois. Un rang de haricots verts ou la dizaine de pieds de tomates fournissent bien plus que ce que peut engloutir une famille. Conserver cette surproduction est un prolongement indispensable pour ne pas laisser se perdre et gaspiller cette abondance. Il faut conserver, en utilisant apertisation, dessiccation, mis en silo, lacto-fermentation, mise au vinaigre, dans l’alcool ou au sel toute cette abondance potagère et fruitière. C’est la base d’un anti-gaspillage bien géré. Cultiver et produire pour jeter est un non sens insupportable. Se gaver de tomates n’a pas plus de sens. Par contre, préserver ces tomates pour pouvoir en profiter quand leur saison sera finie, répond à une économie de la nourriture. Mais là encore, pourquoi investir du temps dans quelque chose que la performance technique de la distribution moderne permet d’affranchir ? N’est-il pas plus simple d’acheter des tomates produites en plein hiver ou de se procurer des boites de tomates offrant toutes les garanties de sécurité alimentaire ?

Peut être parce que ma façon de conserver, donne un goût différent, mon goût, à ce que je consommerai plus tard. Ces conserves sont bien un acte culinaire pour plus tard. Pas seulement une réserve, mais une manière de mettre de côté ce que je sais aimer.

D’ailleurs, nul besoin de cultiver son jardin pour faire des conserves. Les marchés de producteurs, ou même de primeurs et de Photo_Conserve_ArtERoux2revendeurs offrent aussi une surabondance de produits pendant la «bonne» saison. Et pourquoi ne pas mettre en conserve pour goûter plus tard et profiter des prix attractifs dus à l’abondance de l’offre ? C’est le principe de la confiture d’abricots en pleine période de production. C’est d’ailleurs un geste simple de lutte contre un certain gaspillage, mais qui est rarement exprimé ainsi. Vous ne prenez pas les plus beaux abricots chez votre fournisseur. Non, avec le plus aimable sourire, vous demandez à bénéficier à prix réduit de ceux qui sont un peu tapés, pas forcément très beaux. C’est d’ailleurs ce qu’essaient de mettre en place les épiceries solidaires, en créant sur les Marchés d’Intérêt Nationaux (MIN) des ateliers de réinsertion visant à utiliser une partie des fruits et légumes récupérés pour réaliser des soupes et des jus de fruits. Une lutte contre le gaspillage, simplement inscrite dans une pratique alimentaire économe et pratique.

Par delà ces aspects que nous pourrions dire vertueux, il semble que les conserves – et c’est cela qui peut-être répond à une demande de l’édition – soient aussi devenues un loisir. Au même titre que la cuisine devient une activité ludique occasionnelle, faire un week-end de stage consacré à la réalisation de confit de canard en Périgord est devenu un loisir, une parenthèse bien heureuse, où le gras n’est plus mal, où l’on s’accorde à regarder la dépouille d’un canard non comme un cadavre mais comme une source de gourmandise et où chacun repart avec son pot de confit à la maison. Là où cette pratique de la conserve introduit une nouvelle donnée, c’est qu’elle n’a plus fonction de préserver, de mettre en réserve pour avoir à manger plus tard, mais bien de passer un bon moment dans un espace temps folklorisé du passé. D’ailleurs, bien souvent le stagiaire confit de canard n’attend pas pour consommer sa conserve. Dès le week-end suivant, ce qui est censé attendre pour maturer devient le propos d’un repas entre amis. L’hôte offre son fait-maison sans lui laisser le temps de prendre le «goût de la conserve».

Car effectivement, peut être au-dessus de toutes les raisons de conserver que nous venons d’évoquer, mettre en conserve est un acte avant tout culinaire, qui a pour fonction de donner à goûter une culture culinaire. Des cornichons au vinaigre ne sont pas juste conservés dans un liquide acide. Tout le cortège d’épices utilisées et la qualité du liquide acide dans lequel ils sont trempés, sont aussi et avant tout là pour leur communiquer un goût. A propos du confit de canard, si le système de conservation vise r préserver la viande à remplacer l’eau des tissus par de la graisse, ce processus communique un goût caractéristique dit de confit à la préparation. Et c’est le temps et pas seulement la recette qui crée ce goût. Tout comme les cornichons au vinaigre, qui ne sont bons à être dégustés qu’après au moins un mois de mise en conserve.

Les conserves offrent toute une gamme gustative qui leur est propre et particulière. Fermenté, maturé, salé, ranci, confit, vinaigré, sucré, séché, donnent à goûter une part culturelle importante dans notre alimentation. A la fois originales et riches de particularité, les conserves et leur goût marquent le tempo d’une nourriture toujours et d’abord bonne à penser avant d’être bonne à manger.

Par Eric Roux.

 

 

 

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Restau popu, restau foutu?

MenuRestauPopuLes mots « restaurant populaire » évoquent un restaurant que tout le monde connaît, une imagerie de petit caboulot, où sans manières nous allons le plus souvent déjeuner et plus rarement dîner. Un restaurant pas cher, avec un déjeuner à moins de 20 euros et des repas très structurés, proposant et pouvant enchaîner sans soucis : entrée, plat, fromage et dessert. Le restaurant populaire a quelque chose de normal, d’entendu, qui mérite de la part de la critique et des journalistes assez peu d’attention.

Pourtant les mots « restaurant populaire » redeviennent à la mode, le qualificatif « populaire » semblant désigner un restaurant où les manières du restaurant gastronomique sont remplacées par un savoir-être plus simple et considéré comme authentique.

Pourtant, le restaurant populaire lui-même n’a jamais l’idée de se nommer ainsi. Il est, reconnu en général par une clientèle qui y a ses habitudes, voire son rond de serviette. Mais jamais cette clientèle ne dit «je vais au restaurant populaire», car le terme, quand il n’est pas utilisé par les critiques gastronomiques ou les blogueurs-cuisine, peut avoir un côté péjoratif. À la rigueur, ce restaurant sera un restaurant de quartier, prolo, petit, de tous les jours. Il sera par contre souvent désigné par un mot familier ou d’argot, prenant une forme affectueuse de quelque chose connu entre nous, mais sans faire l’économie pour autant d’une échelle de valeur dans la qualité des mets servis. Un « rade » ne se situera pas au même niveau qu’un chouette « cani ». Le mot « rade » a pour origine le tiroir-caisse, là où il y a l’argent laissé par les habitués, pour désigner ensuite le bar ou est fixé le tiroir-caisse et enfin tout le lieu où le bar est le port d’attache des consommateurs. Mais « rade » fait aussi sonner des mots comme « radeau », « radin », pouvant dévaloriser le niveau culinaire du rade. Par contre « cani », mot d’origine franco-provençale, est plus un lieu familier, sympathique, un endroit où l’on a ses habitudes et chez qui le godet et le plat du jour seront sans prétention et de bonne qualité. Il existe dans ces dénominations tout à la fois de l’affection et certaines manières canailles, comme pour « caboulot » ou « estanco », utilisé par Frédéric Dard dans les «Souris ont la peau tendre » en 1951 : «Un verre de bière s’il vous plaît. Puis-je téléphoner ? Il me désigne l’appareil fixe, au mur. Ça la fout mal qu’il n’y ait pas de cabine, je vais être obligé de débiter ma salade devant le brave homme de l’estanco». Nous pourrions ainsi multiplier la liste du vocabulaire désignant ces lieux de restaurations où manger se fait sans chichi, mais selon une appréciation du goût et des réalités culinaires propres aux habitudes de clients installés dans la quotidienneté et une économie à budget restreint.

SalonRestauPopu

Au-delà de cet aspect presque folklorique, comment pourrions-nous définir ce restaurant populaire et essayer de mettre en évidence les enjeux – s’ils existent – de ces lieux qui semblent bien loin du discours surabondant sur ces restau «méritants le détour» selon le qualificatif du guide Michelin ?

Il est assez intéressant de taper « bistrot » ou « restaurant populaire » dans le plus commun des moteurs de recherche. Effectivement, les lieux de nourriture, les lieux pour boire un coup, associés dans leur appellation à « populaire » ou utilisant le mot clef « populaire » sont bien présents. La catégorie semble assez définie, utilisant un corpus de vocabulaire assez borné pour les décrire. Ces restaurants ou bistrots «cassent les codes», leur déco est faite de meubles de «récupération», «chinés», et presque toujours faites «de bric et de broc». Il semble que le cassage de code passe par un certain «c’était mieux avant».

Dans le cas du café populaire restaurant-bar de Poitiers, le site de l’établissement donne à lire un article, visiblement extrait du groupe Centre Presse : «l’esprit populaire, sur fond de tubes des années 70′ et 80′. Des nappes vichy dressées sur chaque table, des verres Duralex qui ont séduit plusieurs générations d’écoliers, un journal en guise de carte, une ardoise d’école qui présente la carte des vins, une baguette de pain pour accompagner chaque plat». Un rappel nostalgique aux années 70, époque où on comptait 70 000 bistrots en France alors que leur nombre aujourd’hui peine à atteindre les 40 000.

Mais ce goût du vintage – car visiblement le bistrot populaire est millésimé –  n’empêche pas la modernité comme l’écrit Télérama pour les «Pères Populaires» à Paris où le genre c’est «les voisins de Rue 89, Thomas Fersen qui y donne des interviews, ou des graphistes, avec leur portable sur les genoux, connectés Wi-Fi à fond». Le restaurant populaire dans la presse spécialisée, semble se définir comme une catégorie plus ou moins nouvelle, que ce soit à Bordeaux ou au café populaire : «… on mange, on boit, on sympathise», à Lausanne avec le Café-restaurant populaire, ou encore à La Rochelle ou l’on peut déjeuner au LCP, Le Café Populaire. Même certains hommes politiques se risquent à parler de restaurant populaire en citant le Fouquet’s des Champs Elysées.

Cette année, l’un des détecteurs de mode, le Fooding, récompense l’association des Bars Populaires par leur Fooding d’honneur 2014. Ce n’est pas innocent, puisque nous sommes dans l’air du temps. Et en feuilletant leur guide, on voit bien que ces nouveaux bistrots populaires et leur gastronomie populaire ont le vent en poupe. Dans le prolongement de ce «Front festivo-populaire» des Bars Populaires, un nouveau lieu parisien est chroniqué par Yves Nespoulos qui définit ainsi la cuisine servie : « griffée James Henry (Australien vu au Spring, révélé et primé Fooding Guide 2012 au Passage), […] un manifeste de gastronomie populaire en vibration avec des pépites de choc : prosecco sur lie pour émoustiller la charcuterie de Bigorre sur pain et beurre maison ; Languedoc d’Axel Prüfer avec des crevettes poêlées et un émollient bouillon dashi aux accents fumés d’anguille ; fantastique Vénétie-julienne Vodopivec, ambré, un rien amer, pour des Saint-Jacques crues, corail d’oursin, betterave blanche et neige de raifort, puis un merlu, purée de persil tubéreux, feuille de chou de Pontoise et citron confit  etc. etc. …» (Gloup!). Le tout pour un menu à 47€, et 55€ avec fromage.

Nous sommes loin du petit caboulot et de notre cher cani. Ce qui est désigné aujourd’hui comme restaurant populaire par les spécialistes culinaires et gastronomiques est tout à la fois très éloigné du coût d’un menu populaire (autours de 20€), presque toujours habillé de brut ou de récupération (dans les murs, les chaises, les tables), et propose une cuisine «cassant les codes» de l’ancienne cuisine bourgeoise et associant les noms de produits qu’il faut avoir goûté, provenant des meilleurs fournisseurs reconnus.

Alors qu’en est-il du restaurant de l’habitude, du manger journalier et commun ? Il est presque totalement absent des journaux, des blogs, de la production très abondante de ceux qui parlent de nourriture, de cuisine et du restaurant.

Pas tout à fait. Jacky Durand, dans son papier du jeudi à Libération, «tu mitonnes !», bien souvent nous donne à lire des histoires sensibles sur la cuisine populaire. Mais c’est peu.

Libération encore, durant le mois de juillet 2011, avait publié 6 très bons papiers sur les restos prolos, mais c’était il y a trois ans :

Pourtant nous mangeons bien plus souvent dans ces restos populaires que dans les établissements étoilés. Cette fréquence ouvre toute grande une réflexion bien plus nécessaire sur les enjeux du fait maison, de la qualité de la nourriture tant organoleptique que nutritionnelle, et dans une certaine mesure du rayonnement international de notre culture alimentaire et de notre agro-alimentaire.

Un restaurant à moins de 20 euros ne peut-il pas ou ne peut-il plus servir des produits frais, locaux, de bons producteurs, des repas équilibrés et une cuisine dans l’air du temps ? La bonne cuisine serait-elle réservée à ceux qui peuvent se la payer, mettant en évidence ainsi, une cassure sociale violente sur le choix de notre nourriture du quotidien?  Observer les restaurants, du point de vue de leur modèle économique, de la cuisine proposée et de l’humanité présente pourrait être pourtant un champ d’investigation riche et peu exploré.

Prochain rendez-vous : À la rencontre de restaurants populaires, bons et pas chers.

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : RestauPopuRestauFoutu_OCPOP


 

 

 

Naviguer c’est goûter aux cuisine du monde !

 

IMG_2130Je suis pilote maritime de Seine. Mon métier est de guider les navires en toute sécurité depuis la mer jusqu’à leurs quais de destination,  à Honfleur ou à Rouen. Ou inversement de les guider du quai vers le large. Nous sommes des voituriers de la mer, mais avec des véhicules qui mesure de 55 à 290m de long c’est-à-dire jusqu’à 50.000 tonnes de cargaisons (pour vous donner un ordre d’idée, cela représente 1000 camions sur la route). Cela fait 10 ans que je fais ce métier et il faut avoir au moins navigué 10 ans au long court avant de postuler comme pilote.

 

IMG_2132A bord le capitaine nous laisse la main,  même s’il reste bien sûr responsable de son navire. Comme il ne connait pas forcément les spécificités du lieu de débarquement, ma mission est de lui apporter mon expertise lors de la manœuvre.

La vie à bord est passionnante. Quand les smartphones sont apparus, je me suis rendu compte que je pouvais

CrownTopaz2garder des souvenirs de certains moments en prenant des photos. Au début j’ai  pris des photos de cheminées de bateaux.  Elles sont pleines de couleurs, de logos de compagnies maritimes. Je dois en avoir plus de 400 ! Mais les cheminées ça s’épuisent, les bateaux reviennent et je me suis rendu compte que d’autres faisaient la même chose. Je me suis alors intéressé aux photos qui témoignent de la vie sur la passerelle : les plantes vertes, les grigis, tout ce qui exprime l’appropriation par les Hommes de leur espace industriel. On oublie souvent que les marins vivent sur leur lieu de travail, qu’ils y passent une partie de leur vie et que l’ambiance y est très particulière.

Il était donc normal que je réoriente mon regard en prenant des photos des plats servis sur ces bateaux.  Ces plats qui font le quotidien des marins et qui viennent du monde entier.

En tant qu’officier, quand nous montons sur un bateau, l’équipage est tenu de nous offrir un repas. Car notre présence est assez longue, ça représente donc une réelle tranche de vie à bord.

Avec mon smartphone il était presque logique que je me mette à photographier ces repas. Sur les cargos il y a en général un chef cuisinier, quoique sur les moins de 80 mètres, c’est en général un membre de l’équipage qui cuisine. Je voyage sans réellement quitter le port, et voyager c’est aussi goutter la cuisine quotidienne de l’autre.

Il m’a paru intéressant de proposer à l’OCPop, toutes les semaines et dans la mesure du possible, de prêter mon regard sur ces cuisines qui entre en Seine.

 

Septembre 2013 : le NARCEA

Repas_NarceaNous sommes en septembre 2013. Je navigue sur le NARCEA, un Chimiquier d’à peu près 100 m de long et qui s’exécute sous le drapeau de Madère. Je dois guider ce cargo de la mer jusqu’à Port-Jérôme, un peu après le pont de Tancarville. A bord, l’équipage est d’origine philippine. Les officiers sont turcs et portugais.

Après une manœuvre d’appareillage particulièrement apprécié par le commandant de bord, l’un des lieutenants demande s’il est nécessaire de me faire monter une assiette pour le déjeuner. Le commandement l’engueule sans ménagement et lui explique que je mérite non pas une assiette mais un repas complet avec une entrée, une soupe, un plat et un dessert (3 assiettes et un bol). Moi je suis un peu gêné par la situation. Finalement le chef cuisiner arrive avec un matelot pour me servir un beau plateau.

 

Février 2014 : le SLOMAN THETIS

slomentetis1Slomentetis2Le Sloman Thetis est un pétrolier lourd de 170 m de long et de 28 m de large. Il navigue sous pavillon marshallais (îles Marshall). J’ai pris en charge le navire de nuit en aval d’Honfleur.

 

Pizza et viande… extra cuite !!! (On dirait une semelle)

 

 

Février 2014 : Le Crown Topaz

CrownTopaz1Le Crown Topaz est un  porte conteneur de 152 m de long sur 23 m de large. Il navigue sous pavillon panaméen. L’ambiance est très sympa notamment grâce à un équipage très sympa venu de Saint Pétersbourg.

 

 

 

Crown2Au menu sur ce cargo, une soupe de choux, carottes, poivrons, paprika et herbes avec du pain au graine. Ensuite du thon avec un mélange de pates et de légumes frais.

Un régal… mais il manquait tout de même une boisson !!

 

 

 

Mars : à bord du Calamar !

Le Calamar est un petit chimiquier de 88m de long. A bord, un équipage russe.

Avec un tel nom de cargo, j’étais vraiment impatient de passer à table… Je n’ai pas été déçu…

Calamar1Je n’ai pas eu de calamars, mais une assiette de pâtes Assiette de pâtes vraiment trop cuites avec des boulettes de viandes. Ensuite un bol de crudités vraiment pas top…

Bon, je cherche à boire pour me rincer un peu la bouche

Je me sers un mug de lait que j’avale d’un trait sans faire attention, absorbé par mon pilotage. Il s’agit de lait concentré… indigeste !

Bon vous l’aurez compris, ce n’est pas tous les jours la fête des papilles sur un cargo ! C’est vraiment la roulette russe.

 

A bord du ANASTASIA K

AnastasiaK1L’Anastasia K est un cargo sur lequel j’ai navigué avec à bord, un état-major russe et un équipage philippin. Il navigue sous pavillon des Bahamas.

Au menu, une très bonne soupe de légumes avec choux fleurs et tomates aux herbes. De la bonne limande frit avec des pommes de terre à l’eau et une délicieuse ratatouille froide. Le pain, fabriqué à bord, était vraiment excellent.

AnastasiaK2Très bon repas ! D’ailleurs, l’équipage a bien vu ma réaction quand l’un d’entre eux a voulu retirer mon assiette alors que je n’avais pas tout à fait fini.

Le mélange des cuisines du monde : un atout nutritionnel certain !

 

Le mélange des cuisines est un enrichissement culturel mais aussi nutritionnel. Les aliments et les préparations culinaires des différentes régions du monde apportent des nutriments différents particulièrement au niveau des antioxydants, des vitamines et des minéraux.

Prenons par exemple la cuisine marocaine. Elle se caractérise par une très grande diversité de plats. Parmi ceux-ci le couscous est poulet doré à la marocainedevenu l’un des plats préférés des Français. Il en existe une grande variété mais on retrouve toujours la semoule de blé qui apporte des glucides par l’amidon et des protéines végétales, des légumes aux couleurs variées avec leur cortège de vitamines et minéraux antioxydants et des protéines animales qui proviennent du poisson ou de la viande. Un vrai plat complet.

Les épices jouent un rôle prépondérant dans cette cuisine. Rares sont les plats qui n’en ont pas besoin. Le safran, l’aneth, le clou de girofle, la coriandre, le gingembre, le paprika, le cumin, le poivre, le curcuma sont très utilisés tout comme le curry, l’ail ou les graines de nigelle.

L’oignon est également très prisé surtout dans la préparation des tajines. Les herbes aromatiques sont en abondance pour rehausser le goût des mets et pour les parfumer (le persil, le romarin, l’origan, le fenouil, le thym, l’anis, les feuilles de laurier, le basilic en sont les exemples les plus connus).

Les consommateurs d’aujourd’hui utilisent de plus en plus de mélanges d’épices comme le curry. Inventé par les britanniques en Inde, le curry ou plus précisément les curry ou cari est un mélange d’épices comprenant notamment du curcuma, des piments jaune, de la cardamome, du gingembre et de la coriandre. Son goût doux ou brûlant varie en fonction de ses composants. Il en existe d’infinies versions.

On classe les curry en trois catégories, le curry doux  qui aromatise le carré d’agneau ou une salade verte ; le curry médium parfume le riz et les viandes blanches ; et le curry fort, très épicé, relève les plats exotiques.

Autre mélange d’épices asiatiques : le Colombo qui est un mélange de paprikacumincoriandrenoix de muscadegingembrepoivrecardamomeanis étoilé, clous de girofle, graines de moutarde et safran.

Pour imiter la cuisine mexicaine le chili est indispensable, il est composé de piment fort, paprika, ail, cumin, origan et girofle.

Parfois ces mélanges d’épices sont composés d’aliments comme le Furikake Japonais qui est un condiment destiné à être saupoudré sur le riz. Il se compose d’un mélange de poisson séché et moulu, de graines de sésame, d’algues séchées, de sucre, sel et glutamate.

Tous ces ingrédients ont un rôle nutritionnel. Chacun contient des substances chimiques,  antioxydants utiles pour défendre notre organisme contre les agressions extérieures.Herbe

Prenons les oignons qui contiennent de l’allicine, une substance à activité antibactérienne mais aussi anti-inflammatoire et anti-oxydante. Ou encore la coriandre qui est inscrite dans la pharmacopée française et européenne comme plante médicinale dont les fruits sont reconnue dans le traitement de troubles digestifs variés et les feuilles fraiches réputées diurétique  et stimulante.

D’autres plantes comme l’angélique, l’aneth, le fenouil, l’anis vert, le carvi, la badiane… ont des propriétés digestives.

Pour le curry, c’est le curcuma qui a des propriétés bénéfiques pour le foie et le côlon.

Nous sommes encore loin de connaître tous les secrets thérapeutiques de tous ces condiments et épices mais nous savons que plus nous diversifions notre alimentation avec les cuisines du monde plus nous avons des chances de protéger notre organisme contre l’usure du temps.

Patrick SerogPar Patrick Serog. Mieux connaître Patrick

Petite entreprise pour lutter contre le gaspillage

La restauration collective et commerciale produirait 900 000 tonnes de déchets alimentaires par an (source Ademe). Ce chiffre impressionnant participe au 105 kg par habitant et par an (en moyenne) de nourriture jetée en Europe (source Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). La solution pour valoriser ces déchets est en général la méthanisation et le compostage. Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe. Qui, pour trier, collecter, transporter, valoriser et utiliser cette idée généreuse de mise en valeur des déchets?

Nous avons rencontré les initiateurs d’un projet modeste, mais qui semble efficace, dans le centre de Paris.

C’est l’histoire d’un restaurateur engagé et responsable

IMG_1550Au tout début de l’histoire c’est presque une blague, un hobby. Stéphane Martinez, restaurateur dans le deuxième arrondissement de Paris est conscient de sa production de déchets alimentaires, environ 200g par couvert qui partent à la poubelle (dans son restaurant, le Petit Choiseul qui fait 55/60 couverts par jour, ce sont 6 à 8 tonnes de déchets biodégradables gaspillés). Très simplement, de manière militante, Stéphane récupère ses déchets alimentaires et produit dans sa cave du compost grâce à des lombrics. Il offre ainsi à certains de ses clients un petit paquet de bon compost, fait-maison. Mais tout ça est un peu du bricolage. Compte tenu des nouvelles réglementations entrant en vigueur et obligeant les restaurateurs à trier IMG_1565leurs déchets biodégradables, naît l’idée de se renseigner sur la méthanisation et le compostage destinés aux restaurateurs parisiens. En effet, il s’agit de se préparer à l’application de la Loi issue du Grenelle II de l’Environnement obligeant les restaurants à traiter et trier leurs bio-déchets suivant la quantité produite. Une seule entreprise, la Saria, composte et méthanise ces déchets alimentaires dans la région, mais son système de collecte n’est pas adapté au centre-ville de Paris.

Chez Moulinot !

Stéphane Martinez se décide donc à créer sa propre entreprise sous le nom de Moulinot Compost et Biogaz. Si au départ son idée est militante, voulant redistribuer aux maraîchers et agriculteurs du compost produit à partir des bio-déchets des restaurants, il est indispensable de connaître et de mettre en œuvre les réalités techniques et financières d’une filière très réglementée. Grâce à la rencontre d’un bureau d’étude et surtout de Roger Beaufort, expert en prévention et gestion des déchets, le projet va pouvoir avancer et se mettre en place. Le projet Moulinot va prendre forme dans le cadre d’une expérience pilote avec le Syndicat National des Hôteliers Restaurateurs Cafetiers et Traiteurs – le SYNHORCAT –  sur les 1er, 2ème et 8ème arrondissements de Paris. À terme, cette zone agissant sous forme de tache d’huile, devra impliquer les restaurateurs des arrondissements voisins (voir la vidéo du projet en cliquant ici).

Pour ce syndicat l’objectif est de réunir tous ses adhérents dans cette zone, par-delà leur quantité de déchets produits, mais surtout pour montrer qu’il est possible de faire du compost avec les bio-déchets des restaurants. Cette action passe par un fort militantisme de la part de certains restaurateurs et doit amener le secteur à se poser la question du coût de gestion des déchets : « plus tu tries, moins tes déchets te coûtent ». Car les déchets triés coûtent moins chers que les déchets généraux collectés dans les ordures ménagères qui partent en décharge ou en incinérateur.

La collecte de déchets alimentaires compostables de l’entreprise Moulinot commencera le 1er janvier 2014. Pour l’instant 80 restaurants pilotes présents sur la zone de collecte sont impliqués dans le projet.

Stéphane Martinez et Roger Beaufort ont pu trouver des relais sur le terrain avec des personnes comme Alain Fontaine du Mesturet, maitre restaurateur de France, ou Antoine Westermann du restaurant Drouant.

Les déchets alimentaires n’ont pas bonne presse

Les déchets alimentaires biodégradables permettront de produire du méthane, brûlé sur place comme source de chaleur nécessaire à une turbine fournissant de l’électricité. Le compost et le purin résultants de la méthanisation seront pris en charge par les agriculteurs en Beauce. Malheureusement pour l’instant ces produits riches en azote et propres à enrichir en humus les sols céréaliers de la Beauce ne sont toujours pas considérés comme des engrais mais comme des déchets, souffrant d’une mauvaise image et soumis à une réglementation plus contraignante.

Pour l’entreprise Moulinot, l’avantage est de connaître chez qui les déchets sont collectés, où ils sont transformés et enfin chez qui ils sont épandus. Pour Moulinot, le Synhorcat et surtout pour Stéphane Martinez et Roger Beaufort, le but est de modéliser une mise en valeur reproductible de déchets, jusqu’alors gaspillés, au service des restaurateurs qui seront obligés dans un avenir très proche de prendre en charge le coût de cette gestion et du tri.

Annexe : lire ici l’article de l’Hôtellerie-Restauration sur le projet de valorisation des déchets alimentaires.

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La soupe, une arme anti gaspi ?

SoupeEn prolongement de l’interview de Mireille Dufau, «lutter contre le gaspillage alimentaire c’est apprendre à mieux se nourrir», nous revenons sur la question de la soupe. Les fanes d’une botte de radis ou de navets plutôt que d’être jetées peuvent être la base d’une soupe. Car la soupe est une méthode, un moyen, un réceptacle, mais en aucun cas une simple recette.

Velouté, potage, bouillon et soupe sont faits du même pot, une cuisson dans un liquide. A partir de là tout peut être imaginé : suivant sa culture, son envie, la saison, et l’endroit où l’on se trouve. Pour réaliser une bonne soupe tout ce qui est à votre disposition sur un marché peut entrer dans sa composition. Le terme générique de soupe de légumes est évocateur de cette liberté. Il suffit d’associer dans la casserole les produits à disposition, de les peler et de les couper en morceaux réguliers pour les faire cuire. Tout peut entrer en cuisson : viande ou pas, avec ou sans matières grasses, légumes, épices, fromages, laitages, verdures. Et sous toutes les formes : mixer, morceaux, mirepoix, blender, brunoise, translucide, liée, avec des choses qui flottent.

La soupe à toutes les sauces !

La soupe peut être réalisée pour elle-même ou être l’aboutissement d’une recette précédente et fournir le début ou le principal d’un repas. En effet la soupe peut être faite pour elle-même ou découler d’un pot-au-feu, d’une poule au pot ou de toutes préparations cuites à l’eau. Le bouillon réchauffé pourra accueillir la viande détaillée, ses légumes d’accompagnement, et de nouveaux ingrédients comme des pâtes, des épinards, des fanes, de la roquette.   Elle peut aussi débuter par un braisage et accueillir du grillé. Qu’est-ce qui vous empêche de faire cuire dans un peu d’huile d’olive les légumes choisis avant d’ajouter le liquide de cuisson, ou d’ajouter à la surface des assiettes à soupe, de petits morceaux de lard, de viande, de poisson et de crevette que vous aurez poêlés ? Même pour mouiller la soupe vous pouvez varier : de l’eau tout simplement, pourquoi pas utiliser un reste de lait qui ne trouve pas de place avant qu’il ne tourne, le bouillon bien sûr, sans oublier la lampée de vin rouge au moment de la dégustation.

Un plat universel

Nous pourrions croire que la soupe est la cuisine permettant en une cuillerée de goûter à une représentation du monde. Froide ou chaude, cuite ou crue, elle est toute à la fois le lien social et la culture. Elle est certainement le seul plat que l’on ne jette jamais. Un fond de soupe trouvera toujours preneur. La soupe est accueillante, prête à tout cuisiner, même ce qui n’aurait pu servir à un autre plat.

Car la soupe est un remède. Un moyen de lutter contre la monotonie de notre alimentation  et de ne pas succomber au gaspillage. Une poignée de légumes oubliés au fond du réfrigérateur, une fois pelés et détaillés ne pourront bien souvent qu’agrémenter une soupe.

La soupe n’a rien de compliqué, elle est juste accueillante et ouverte à tous les vents et toutes les influences.

« Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands »

L’Association Nationale des Épiceries Solidaires a coédité, il y a quelques années, le Manuel de cuisine populaire, dont le premier chapitre donner les clefs pour comprendre l’univers des soupes. En voici l’introduction :

«Ah, la Soupe!

Ce devrait être un cri : « à la soupe ! ». Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands. Elle permet d’introduire dans son alimentation une jolie petite collection de ces satanés légumes tant conseillés. La soupe c’est aussi un plat pratique. En en préparant une grande quantité, vous avez un plat juste à réchauffer pour plusieurs jours. Prend-elle du temps? Des légumes à éplucher, à laver, à couper en morceaux et à faire cuire dans de l’eau à petits bouillons pendant une grosse demi-heure. Allez, au total une heure de préparation. Vous vous y mettez à 18H30, à 19H30 vous passez à table. Et c’est tellement simple. Mais surtout la soupe est variée. Propre à suivre les saisons et tous les légumes de la création, elle peut  aussi accueillir des éléments solides pour lui donner le relief nécessaire à notre plaisir. Enfin, la soupe chaude réconforte le corps et l’esprit de septembre à avril et les soupes froides rafraîchissent le creux des reins et la pensée en été.

« Trempé comme une soupe » dit-on lorsque l’on s’est fait mouiller par la pluie? Le mot soupe, d’origine germanique, désignait au Moyen Age une tranche de pain que l’on mouillait de bouillon» (découvrez en vidéo les origines de cette expression de table).

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Changement de gras! (par Eric Roux)

En complément de notre dossier consacré à l’innovation, la création et l’évolution des cuisines populaires, nous mettons à votre disposition un dossier ayant pour sujet les matières grasses traditionnellement utilisées en cuisine en France depuis le début du XXème siècle.

C’est un thème que les études sur l’alimentation ont souvent mis en avant : quelles sont les matières grasses utilisées comme base de cuisine ?

Cette question est loin d’être anecdotique. C’est ce qu’avait bien vu Marcel Mauss quand, dans son célèbre Manuel d’ethnographie, il nous invite à nous intéresser à la diversité des matières grasses dans le cadre de l’alimentation :

«Les différentes huiles, graisses. Beurre animal, beurre végétal (beurre de karité). Les sociétés se divisent aisément en gens qui mangent le beurre frais et gens qui le préfèrent rance ; ces derniers sont beaucoup plus nombreux. » (Cette dernière remarque sur le rance est d’ailleurs particulièrement importante. Nous y reviendrons dans l’avancé de notre propos. Marcel Mauss, Manuel d’ethnographie, 1926, coll. « Les classiques des sciences sociales »).

Or, depuis les premiers travaux menés par le Musée des Traditions Populaires et ceux des folkloristes de la première moitié du XXème siècle, nous avons la chance de disposer de plusieurs enquêtes sur les matières grasses utilisées en France durant le XXème siècle. Mais quelle actualité conservent-elles ? Compte tenu des profonds changements survenus dans notre alimentation au cours des cinquante dernières années, nous pourrions imaginer que la valeur de ces enquêtes ethnographiques est plus d’ordre historique que réellement indicative pour nos pratiques actuelles. En réalité, elles peuvent être mises en relation avec nos dernières enquêtes pour apporter un éclairage passionnant sur la dimension fortement culturelle des préférences gustatives qui guident nos choix jusque dans celui des matières grasses de base de notre alimentation.

Ainsi, cette déclaration de Mireille Imberty, diététicienne auprès de la cuisine centrale de Lons-le-Saunier, tirée d’une des enquêtes de l’OCPop, nous apporte des précisions d’ordre qualitatif :

«C’est vrai que notre public est très marqué par la cuisine au beurre et par une forte consommation de pommes de terre. Mais à l’hôpital, il y a une demande pour de la cuisine à l’huile d’olive. Sur ce terrain, je crois qu’il faut avancer à petits pas, car ce goût d’huile d’olive n’est pas apprécié par notre public. Alors oui, il faut aller dans ce sens, mais sans se couper des habitudes alimentaires. Et puis, il y a aussi une manière d’utiliser le beurre. Ça c’est un discours que je tiens aux cuisiniers : moins de beurre cuit, mieux vaut essayer de donner du goût avec du beurre cru. Et surtout ne jamais oublier que notre objectif est de faire manger les gens, avant tout.»

Nous avons donc décidé de réunir et d’analyser ce type d’indications qualitatives concernant les goûts pour tel ou tel fond de cuisine, présentes dans les entretiens que nous avons réalisés avec des cuisiniers et des cuisinières, professionnels ou amateurs.

Et de les situer par rapport aux données plus quantitatives apportées par des documents comme les « cartes des graisses » publiées au cours des années 1900, ceci pour répondre à différentes questions :

  • Existe-t-il toujours une France du beurre, une France de l’huile et une France des graisses animales ?
  • Le goût du rance évoqué par Marcel Mauss recouvre-t-il toujours une réalité contemporaine en France ?
  • Comment les modes culinaires et les recommandations santé jouent-elles sur notre goût des graisses ?
  • Les matières grasses sont-elles toujours utilisées comme conservateurs dans les pratiques de conservations domestiques ?

Les enquêtes.

En 1961, Fernand Braudel, insistant pour aborder la cuisine dans les études historiques, proposait une excellente synthèse des réflexions et enquêtes des historiens et des ethnographes de la première moitié du XXème siècle à propos des habitudes alimentaires des graisses en France (pour connaître par le détail ces propos, vous pouvez vous reporter aux articles en format pdf disponibles sur internet grâce au site Persée : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 16e année, N. 4, 1961). Les apports de ce travail sont eux-mêmes très bien résumés par Patrick Rambourg, dans son article « Manger gras. Lard, saindoux, beurre et huile dans les traités de cuisine du Moyen-Âge au XXème siècle » :

«On put dès lors établir, en cartographiant les données de l’enquête, les aires de répartition des principales graisses de cuisine. On observa deux zones de saindoux dans le Nord-Est et le Midi, et entre les deux une « coulée de beurre » qui recouvre la Bretagne, suit la vallée de la Loire jusque dans le Lyonnais, pour ensuite se perdre dans les Alpes où elle se retrouve en conflit avec le saindoux. L’huile d’olive règne sur le littoral méditerranéen et la Provence « jusqu’au contrefort des Alpes », mais remonte curieusement les vallées du Rhône et du Doubs où elle entre en concurrence avec le beurre et le saindoux. Quant à la graisse d’oie, elle se limite à l’Alsace et au Midi languedocien, mais pas de façon homogène. Et il y a aussi l’huile de noix que l’on utilise dans le Centre et l’Est du pays. » (Patrick Rambourg, « Manger gras. Lard, saindoux, beurre et huile dans les traités de cuisine du Moyen-Âge au XXe siècle », in Julia Csergo Trop gros?, Autrement/Mutations, 2009, pages 75-91.)

Dans ce même article, Patrick Rambourg étudie l’utilisation des matières grasses dans la littérature culinaire. Il note ainsi que dans La grande cuisine minceur de Michel Guérard, le beurre n’est plus utilisé que dans 6% des recettes et laisse la part très belle à l’huile d’olive.

Et en effet, l’huile d’olive, très localisée dans les enquêtes du siècle dernier, a fait une percée remarquable depuis les années 80. Culte du corps, préoccupations nutritionnelles, et peut-être désir de goût, les structures d’utilisation des corps gras que le siècle dernier croyaient presque immuables sont souvent aujourd’hui bousculées et se transforment sous nos yeux. Face au paradoxe français, mélangeant graisses animales, beurre et huile, le régime crétois et son huile d’olive offrait un argument santé que les consommateurs étaient prêts à entendre pour infléchir leurs habitudes.

De ce point de vue, il est certain, comme le remarque Jean-Pierre Poulain (5), que « les relations aux aliments, mais probablement plus encore aux matières grasses, sont chargées de représentations symboliques ». Ce dernier met ainsi en évidence que les Français sont « complètement déconnectés de la teneur réelle en lipides », puisque, lorsqu’on leur demande de préciser quelles sont les matières grasses qui font le plus grossir, arrivent, en ordre décroissant :

  • les corps gras animaux avec 78%;
  • les beurres avec 61%;
  • les crèmes avec 53%;
  • les huiles avec 36% pour l’ensemble des huiles, l’huile d’olive n’étant citée que par 4%;
  • enfin les margarines avec 21%.

(in “Les matières grasses, une représentation particulièrement complexe”, in Jean-Pierre Poulain, Manger aujourd’hui. Attitudes, normes et pratiques, Privat, 2002, pages 134-135.)

Pourtant, s’il est évident que le propos santé est moteur dans le choix et le goût pour telle ou telle matière grasse aujourd’hui, et qu’ici, « il est clair qu’il y a confusion entre ce qui est bon pour la santé et ce qui est bon pour la ligne » (Poulain), les goûts et dégoûts culturels sont toujours primordiaux pour expliquer et comprendre nos choix.

Ce sont ces dimensions du goût, plongeant ses racines dans notre éducation et nos habitudes familiales jusqu’à devenir un véritable marqueur d’identité, que nous allons nous efforcer de mettre en évidence à travers cette étude des matières grasses utilisées dans notre cuisine quotidienne.

Entre disponibilité et recherche du goût.

En relisant avec attention les différentes enquêtes citées, il apparaît que ces matières grasses cristallisent des tensions de choix et de consommation, en fonction de leur disponibilité régionale et saisonnière, des moyens à les acquérir, mais aussi des marqueurs du goût. En citant  Jean Pierre Poulain, les « matières grasses, sont chargées de représentations symboliques » (ouvrage déjà cité).

Il est vrai que les travaux et enquêtes de l’historien Lucien Febvre nous donnent à voir une organisation de la consommation, avec des régions du beurre, des graisses animales et de l’huile, etc. («Essai de cartes des graisses de cuisine en France») Dans une vision très fonctionnaliste, ces relevés invitent à penser que les régions d’élevage bovin mangent du beurre, la zone de l’olivier aime l’huile, et les éleveurs d’oie sa graisse.

Mais ces conclusions doivent impérativement être affinées par les éclairages d’autres disciplines. Ainsi, se basant sur l’enquête de 1957, Jean-Jacques Hémardinquer («Essai de cartes des graisses de cuisine en France») a apporté des nuances sociologiques à cette lecture : en réalité, la consommation des graisses n’est peut-être pas uniforme sur l’année, ni mono-choix face aux contraintes économiques. La consommation de beurre fonctionne ainsi comme un véritable marqueur d’élévation sociale. À l’époque de cette enquête, il apparaît que les paysans bretons, grands producteurs de beurre, le consommaient peu et le réservaient au contraire à la vente aux élites rurales et à la bourgeoisie urbaine ; pour leur consommation personnelle, ils se tournaient plutôt vers le saindoux, produit du sacrifice du ou des cochons familiaux (source presque unique de viande du régime paysan). Par ailleurs, ce beurre embourgeoisé pouvait constituer une alternative en période de carême au fameux saindoux, afin de respecter l’abstinence en viande. Enfin, dans d’autres cas, le saindoux pouvait fonctionner comme une graisse d’hiver et le beurre un gras d’été.

Hémardinquer cite également dans son analyse des descriptions de l’alimentation paysanne sous Louis-Philippe (milieu du XIXème siècle) où le gras, qu’il soit beurre, saindoux ou huile, est très peu disponible dans la ration journalière. La fameuse galette de sarrasin, que nous ne saurions imaginer aujourd’hui sans beurre, marqueur breton, était arrosée de lait ribot (aigre)…

Ces quelques remarques et analyses expriment bien à quel point la question des matières grasses est bien plus complexe en termes de forme, de goût et d’utilisation, qu’il n’y parait en première approche.

D’ailleurs, nous parlons de beurre, de quel beurre s’agit-il réellement ? En effet, si la mode s’emballe aujourd’hui pour le beurre d’un seul producteur breton d’Ille-et-Vilaine (Jean-Yves Bordier fait du beurre de très très bonne qualité), il existe en réalité des beurres très différents, correspondant à un certain nombre de savoir-faire distincts. Il existe des Appellations d’Origine Contrôlée pour des beurres comme celui de Poitou-Charentes, qui n’est pas le même que celui des Deux-Sèvres, que le beurre d’Échiré ou d’Isigny, et certainement pour l’année 2012, que celui de Bresse. Mais, au-delà de ces réglementations et labels, il existe d’autres fabricants, dans d’autres régions, tout aussi remarquables, comme la SARL Deleu en Artois, ou l’ENIL de la Roche-sur-Foron en Savoie, sans oublier l’ensemble des producteurs fermiers souvent présents sur les marchés locaux, véritables révélateurs de ces différences de fabrication qui peuvent induire des goûts très divers dans le beurre.

Beurre cru de Lactoserum

Beurre cru de Lactoserum

Sur ce point, nous nous contenterons d’un exemple, qui rejoint d’ailleurs celui qu’évoque Hémardinquer au sujet du beurre fabriqué à base de petit lait de reblochon. Aujourd’hui, dans le Cantal, existe toujours une production de beurre dit « beurre de lactosérum » (nous connaissons au moins trois producteurs de beurre de lactosérum lié au Salers : celui du Buron des Fages à Loupiac, celui du GAEC Prax à Laroquevieille, et celui du GAEC d’Anglars le Pommier à St Cernin). De quoi s’agit-il ? Lors de la fabrication du fromage Salers en estive, le petit lait extrait du caillage et de son pressage est encore très riche en matière grasse. Celle-ci est récupérée pour être barattée, ce qui donne un beurre plus gras (M.G. sup. à 82%) mais surtout possédant un goût marqué. Comment décrire ce goût ? Certains informateurs évoquent à la dégustation des parfums d’étable ou de vache, notions assez péjoratives mais qui, chez les consommateurs de ce type de beurre, semblent soigneusement recherchées. Un goût fort et marqué.

Nous sommes dans une de ces zones complexes de cette « carte des graisses » élaborée au milieu du XXème siècle, où se côtoient huile de noix, huile de faines, beurre, saindoux et graisse d’oie. Un regard contemporain permet de constater que presque toutes ces matières grasses sont toujours produites et consommées sur ce territoire. Dans l’ensemble culturel complexe du sud du Massif Central, le sud de l’Auvergne et ses marges méridionales, existent toujours conjointement, une production d’huile de noix (Ainsi, cinq moulins artisanaux sont encore recensés dans le Puy de Dôme), une forte tradition charcutière de petites entreprises et de particuliers où le lard, le jambon et le saindoux sont abondamment produits, et une production beurrière importante liée à la production fromagère.

 

La presse hydraulique en action

La presse hydraulique en action

Nous avons déjà parlé du goût du beurre, mais arrêtons-nous sur les autres matières grasses. Chez les huiliers artisanaux de ce sud du Massif Central, comme chez leurs acheteurs d’huile, nos enquêtes nous ont permis d’assister à de vives discussions sur la force gustative de la production. Ainsi, concernant la fabrication de l’huile de noix, nous avons noté une volonté de bien faire “cuire” la pâte de cerneau avant pressage, ceci afin d’avoir un produit exempt d’humidité et, par voie de conséquence, fort en goût. L’huile est aimée forte, puissante, comme nous l’ont expliqué nos informateurs. Il existe d’ailleurs une recette, pas forcément toujours pratiquée aujourd’hui, pour concentrer ce goût d’huile de noix marquée : la pâte épaisse qui s’est décantée au fond des jarres à huile sert à élaborer une tarte salée, très grasse mais surtout nécessitant une certaine habitude culturelle pour pouvoir être absorbée… Beurre fort, huile forte, mais aussi gras de porc fort, puissant.

Dans la poêle les noix écrasées sont chauffées et colorées  pour évaporer l'eau de végétation et donner le goût de grillé caractéristique de l'huile de noix. Moulin à huile de noix, Puy-de-Dôme.

Dans la poêle les noix écrasées sont chauffées et colorées
pour évaporer l’eau de végétation et donner le goût de grillé caractéristique de l’huile de noix. Moulin à huile de noix, Puy-de-Dôme.

Car il est également très répandu sur ce terrain d’observation de consommer le lard salé (sec ou pas) légèrement marqué de rancissement (Un texte découvert en ligne, très révélateur de l’attirance pour le lard rance sur le blog de Zorba).

Maturation du lard salé, Maison Laborie, Cantal.

Maturation du lard salé, Maison Laborie, Cantal.

Salaisonnerie Laborie, Parlan, Cantal : jambons de coches.

Salaisonnerie Laborie, Parlan, Cantal : jambons de coches.

 

 

 

 

 

 

Comme si l’unité gustative et culturelle de ce territoire n’était pas tant l’origine du gras, beurre, huile ou lard, que son goût ou, du moins, sa perception gustative, caractérisée par sa puissance rude et franche.

Michel Bras lui-même, cuisinier très attaché aux notions de mémoire et de souvenirs gustatifs, n’élabore-t-il pas dans son restaurant trois étoiles de Laguiole en Aubrac une huile rance pour accompagner une purée de panais, réalisée en faisant infuser des crosses de jambons secs dans de l’huile de pépin de raisin ?

Etrange goût du rance

Déjà en 1926, Marcel Mauss remarquait que « les sociétés se divisent aisément en gens qui mangent le beurre frais et gens qui le préfèrent rance » (ouvrage déjà cité).

La notion de rance est pourtant, semble-t-il, très péjorative. Les dictionnaires décrivent tous le rance comme un goût désagréable, non désiré, voire comme un goût à combattre (définition du Larousse de poche à propos du rance : « se dit d’un corps gras qui a contracté une odeur forte et une saveur âcre », ou celle du dictionnaire des synonymes Robert :  « rance : aigre »). Les recettes pour redonner sa fraîcheur au beurre sont d’ailleurs nombreuses, du croûton de pain trempé dans le beurre fondu aux décoctions d’herbes destinées à le laver. Mais parallèlement, les recettes pour favoriser le rance sont tout aussi nombreuses, en particulier dans la cuisine d’Afrique du Nord avec le smen (quelques liens de recettes de smen ici et ).

S’esquisse alors une véritable dichotomie du monde, opposant le frais au rance, le nouveau à l’ancien, et, peut-être, l’immature au mature.

Mais quel est ce rance que certaines cultures semblent préférer ? Et surtout, quelle place a-t-il encore aujourd’hui ?

Il est remarquable que des chefs comme Michel Bras ou Régis Marcon puissent explicitement cultiver des notes de rance dans certains de leurs plats. Très attentifs à une cuisine marquée par le souvenir, ils puisent dans leur mémoire et dans leurs connaissances de cette frange méridionale de la montagne centrale, pour mieux capter le goût très particulier du gras, du lard et du jambon légèrement jaunis.

Bien plus au sud, un autre cuisinier, Jean Paul Artmann, qui était installé au Canet en Roussillon, marquait également certains de ses plats, notamment ses palourdes, de sagì, (voir photo) une panne de porc spécialement salée, liée et mise à sécher jusqu’à devenir jaune de rancissement.

Sagìt, panne de gras de porc salé et lié spécialement, mis à rancir en Catalogne

Sagìt, panne de gras de porc salé et lié spécialement, mis à rancir en Catalogne

Faut-il considérer que ces chefs étoilés, comme certainement d’autres ailleurs dans le midi, ne sont que les conservateurs de goûts rares et passés de mode ? Il faut pourtant bien des artisans pour produire ces parcelles de gras de porc rance et surtout des clients prêts à accepter ce goût si particulier…

Loin d’être un effet du hasard, le rance est ici le résultat d’un véritable savoir-faire. Les charcutiers de l’Aveyron, de la Haute-Loire, des Pyrénées Orientales savent ainsi maîtriser cette pointe de rance nécessaire à la caractéristique de leurs productions. Un jambon sec, un lard, au gras légèrement jauni, ou encore ces sagìs fièrement exposés dans les vitrines des charcutiers catalans sont bien dans l’actualité de productions charcutières artisanales. De même, dans les très vieux jambons espagnols, ce relief donné par le rance n’est-il pas indispensable ?

Mais c’est un rance subtil, compliqué à définir, dans sa force et sa particularité : une dame assez âgée, originaire de Savoie (pays de beurre frais), avouait dans un entretien son dégoût pour la charcuterie et le beurre goûtés dans la région du Puy-en-Velay au cours d’un voyage. Or, elle utilisait pour parler de ce goût un vocabulaire tout à fait révélateur : les produits goûtés étaient « forts », « sentaient la ferme », « l’étable », « la vache, la porcherie ». Dans sa volonté de dénigrer ce goût, elle nous donnait des éléments de compréhension, en insistant sur une perception animale, voire sauvage.

Pourtant, tout comme l’huile de noix très ou trop cuite, déjà citée, ces produits “sauvages” semblent être utilisés pour accentuer le goût, le renforcer. Les matières grasses ne sont plus ici de simples fonds de cuisine, mais de véritables exhausteurs de goût. Le rance devient un moyen de parfaire et mettre en évidence.

Pour approfondir notre étude, nous ne pouvons oublier l’importance de ce goût du rance maîtrisé dans la cuisine du Maghreb. Le beurre rance, appelé smen, est indispensable à l’imaginaire gustatif du couscous et de nombreuses pâtisseries. Or, en France, le smen est en partie absent de la proposition commerciale. Il est parfois remplacé par le ghee, un beurre clarifié d’origine indienne vendu en boîte, mais ce n’est qu’un produit de remplacement. La seule solution pour avoir du smen en France est de le rapporter du pays, ou de le faire soi-même : la recette est relativement simple, le beurre étant salé légèrement, avant d’être lavé avec une décoction chaude d’origan, et surtout mis à vieillir au minimum un mois dans un bocal, pour acquérir son goût caractéristique, indispensable à la cohérence gustative des plats d’Afrique du Nord.

Pot de confit, sans jus de stérilisation, que du gras!

Pot de confit, sans jus de stérilisation, que du gras!

Une manière de conserve qui, laissant apparaître l’indispensable oxydation du rancissement, devient, comme pour d’autres le lard, le jambon, certaines huiles, et peut-être de manière générale comme pour toutes les conserves dans le gras, le savoir-faire “maison” de ces univers gustatifs.

Dès lors, les conserves ne sont plus seulement là pour mettre en réserve et favoriser l’économie, mais constituent bien des recettes à part entière, une réponse à des typicités gustatives recherchées. Dans un prochain dossier l’OCPop abordera ces gouts parfois si particuliers liés à la conserve, certes faites pour pouvoir profiter «plus tard» de produits très saisonnés, mais aussi ayant leur propre profil gustatif.

Par Eric Roux. Mieux connaître Eric.

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : ChangementdeGras_ERoux_OCPop

Innovantes tomates farcies (avec Michel Bras)

 

MichelBras

Lors d’une de nos discussions, Michel Bras nous exprimait sa perception de la cuisine populaire : «La cuisine populaire c’est la meilleure, c’est celle de ma mère, où, avec un rien, elle arrive à quelques chose de transcendant. Cette cuisine populaire est totalement du présent.

En Aubrac nous n’avons pas un territoire à vertus gastronomiques. Nous avons une cuisine de rien où les mères, les mamans faisaient pourtant quelque chose de gourmand.

Pour comprendre cela, le bon exemple ce sont les tomates farcies. Je n’aime pas celles qui sont servies en général au restaurant, trop riches en viande. Les tomates ont rendu leur eau et la farce s’est durcie, compactée à la cuisson. Les cuisinières, en Aubrac, et certainement dans de nombreuses régions, farcissaient leurs tomates, d’un reste de viande de pot-au-feu ou de poule au pot, de chair récupérée sur une crosse de jambon cuite avec la potée, mélangée à du pain trempé de bouillon ou de lait et parfumée d’une poignée de verdure. Ça c’est gourmand et savoureux. Avec trois fois rien, elles faisaient de la cuisine.

C’est le cheminement gustatif plus que le produit en lui-même qui m’intéresse.

Suivant leur culture, les Hommes sont capables de poser un regard diamétralement différent sur un produit à cuisiner. C’est ce regard qui fait la cuisine populaire

Une manière très précise pour l’OCPop de percevoir ce qu’est bien souvent ce que nous pourrions désigner comme une certaine innovation en cuisine populaire.

En effet, plus que dans des choix audacieux et résolument nouveaux ou modernes, la pratique quotidienne de l’alimentation possède tous les éléments pouvant permettre de mettre de la nouveauté dans notre assiette journalière. Dans l’imprécision de ses indications de recettes, Michel Bras introduit tout à la fois la régularité et la possibilité de toutes les expériences, tant dans le goût que dans la forme. N’est-ce pas là que peut s’immiscer la nouveauté ? En parlant d’un reste de viande, de pain trempé, d’une poignée d’herbe et surtout «d’un cheminement gustatif», nous entrons de plain-pied dans cette variabilité inhérente à la cuisine populaire. Le légume farci, dans ce cas la tomate, devient réceptacle d’imaginaire, de sensibilité et de tentatives.

L’imprécision nous incite à tenter, innover. Bien sûr le reste de viande peut être très classique, voire traditionnel, comme le salé, le pot-au-feu, le jarret cuit à l’eau, la poule au pot, etc. Mais tous les restes de viande, si l’envie les choisis, peuvent être utilisés : reste de curry, de daube, et pourquoi pas deux merguez d’après barbecue. Et la viande hachée vendue sous le nom de «farce à tomate»? Qu’y a-t-il dedans ? A la rigueur nous la mélangerons au pain trempé et aux herbes, mais il nous sera toujours bien plus économique, plus valorisant et moins gras de prendre un bas morceau brut et de le hacher nous-même.  Seul votre choix peut en être la limite. Même un reste de poisson pourra aussi être la base d’un «cheminement gustatif». La «poignée d’herbe» viendra ponctuer, délimiter, cheminer, le comment vous imaginez votre plat. Et là, l’innovation est libre, quitte à connaître les déboires d’un truc loupé qui basculera vite dans l’oubli. Et de la même manière, une structure réussie, vous donnera le souvenir d’un goût appelant à y revenir.

Dans «le trois fois rien» qu’évoque Michel Bras, nous avons bien la nécessaire invitation à tenter. Et dans une certaine mesure, aucune recette, aucune liste d’ingrédients ne peut satisfaire le comment peut être réalisé votre recette, le jour dit, à la saison donnée et pour qui vous cuisinez.

Menons l’expérience en ce 5 juillet 2013, face à mon réfrigérateur et mon placard, source d’une certaine innovation quotidienne. Les toutes premières tomates de plein champ sont enfin mures. Elles ne sont pas les meilleures de la saison, et certainement un peu chères, mais elles feront un parfait réceptacle à farce. Un reste de lapin rôti avec de la sauge, un peu sec une fois refroidi, attend d’être fini. Question «poignée d’herbe», la sauge qui avait parfumé le lapin rôti est logique, cela tombe bien puisque une ou deux branches n’ont pas été utilisées. Mais persil et ciboulette en réserve fraiche, bien empaquetés dans un papier essuie-tout humide, peuvent rejoindre la poignée. Tout comme le vert de blette prélevé sur des cardes achetées au marché, qui vont apporter moelleux et matière. Avant d’être hachées, elles seront juste flétries pour perdre de leur volume et mieux s’intégrer à la farce, soit dans de l’eau bouillante, soit à la poêle dans une lampée d’huile d’olive pour ne pas diluer leur goût. Question parfum, il se trouve que l’hiver dernier j’ai mis quelques citrons à confire au sel, style beldi. Un quartier de zeste finement haché au couteau peut apporter une accentuation méridionale à cette farce au lapin. A propos de couteau, il est indispensable pour ne pas totalement réduire en bouillie certains éléments de la farce. Pour le hachoir électrique je garderai le pain trempé (dans du lait et le reste de jus de mon lapin rôti), salé, poivré et la plupart des chairs de lapin désossé. Par contre, le couteau me permettra de garder un peu de forme, aux herbes, au citron, et aux plus beaux morceaux de lapin. Tous les éléments de la farce sont réunis dans un saladier, patiemment mélangés et malaxés pour bien les unir (mon reste de lapin m’a permis de réaliser une farce 50X50, moitié lapin, moitié pain). Les tomates sont creusées, leur intérieur, leur chair, gardé et mélangé à un oignon et une gousse d’ail nouveau, détaillé finement, pour garnir le fond de mon plat. Les tomates sont généreusement remplies avec la farce puis rangées dans le plat. Une bonne lampée d’huile d’olive sur l’ensemble et le tout glissé au four à 180°. Une heure plus tard les goûts se seront mariés et le plat sera prêt. Effectivement une certaine innovation de l’instant aura donné un goût à estimer. Mais cette innovation aurait très bien pu prendre des cheminements totalement différents suivant mes disponibilités et mes envies.

Un certain cheminement gustatif ouvert à l’innovation et à l’air du temps.

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : InnovantesTomatesFarcies_MBras_OCPop

 

 

 

Métissage et créolisation / avant-goût

La cuisine en France est sans doute caractérisée par sa capacité à absorber, depuis très longtemps, des techniques, des produits et des recettes du monde entier. C’est un fait qu’aujourd’hui, flammenkuch, couscous royal et pizza se côtoient dans un imaginaire culinaire français. Mais qu’en est-il dans le détail ?

L’OCpop propose de s’entretenir avec les artisans des métiers de bouche et les maraîchers originaires d’un ailleurs qui leur permet sûrement d’introduire de nouveaux produits et de nouvelles manières de s’alimenter. Mais aussi de s’interroger sur la réalité d’un certain métissage de la cuisine populaire en France. Qui sont les passeurs de ces pratiques culinaires, et, où et comment se mettent en œuvre ces emprunts ? Quelle est la place des produits dits exotiques et quelles sont leurs utilisations ? De même, de nouveaux matériels sont aujourd’hui utilisés dans les cuisines françaises, wok, rice cooker, couscoussier, mandoline, que représentent-ils réellement dans nos pratiques culinaires ? Dans une autre direction et sans à priori, les produits industriels ou simplement manufacturés servent-ils de base ou de matière première aux recettes et aux pratiques alimentaires populaires ?

En fait, les cuisines populaires françaises ne vivent-elles pas une certaine forme de créolisation nourrie par les cultures régionales et les emprunts faits à un certain nombre de cultures immigrées et de cuisines d’ailleurs, estimées et reconnues ?

 

En savoir plus :

Un ange en culotte de velours

Comme une petite ritournelle, de nombreuses petites phrases ont rythmé nos passages à table. Inscrites dans la tradition, pour nous apprendre à comment nous tenir à table et comment manger, sont-elles juste des rengaines ou de vrais conseils pour nous permettre d’entrer dans un certain moule social? Elles sont certainement une boîte à outil pour notre vivre ensemble à table, mais aussi pour manger pour vivre et non vivre pour manger. L’OCPop a décidé, en interrogeant le plus grand nombre, de les recueillir pour en établir un corpus. Pas seulement pour recueillir, mais comprendre de quoi et de quelles évolutions elles sont témoins. Tous ces conseils pour bien se nourrir sont-ils réels et efficaces? Nos pratiques alimentaires changent, bougent et évoluent, mais nos paroles de table sont-elles aussi sensibles aux mouvements? Nous vous proposons pour débuter cette réflexion, notre premier recueil réalisé auprès de 20 personnes originaires de toute la France et de profils sociaux différents. Si vous souhaitez participer à cette enquête contactez-nous. Certaines de ces expressions de table sont d’ailleurs expliquées et commentées par Eric Roux dans la rubrique « Expressions de table».

Comment se tenir à table

  • Tu pourrais nous attendre pour commencer
  • On ne se lève pas de table (avant d’y avoir été autorisé)
  • On demande si on peut se lever de table
  • Pas de portable à table
  • Tiens-toi droit
  • C’est pas bien de manger en suisse
  • Tiens-toi comme il faut à table
  • Les mains sur la table
  • Ne mets pas tes coudes sur la table
  • Les enfants ne coupent pas la parole aux adultes
  • Y’a que les fous qui chantent à table
  • Assieds-toi correctement
  • On ne caresse pas le chien quand on est à table
  • Tu t’es lavé les mains avant de passer à table ?

Comment bien manger

  • Ferme ta bouche pour manger
  • On ne parle pas la bouche pleine
  • Mâche (mastique) bien avant d’avaler
    On coupe pas la salade avec son couteau
  • On n’étale pas le foie gras, ce n’est pas du pâté !
  • Si tu n’aimes pas ça, n’en dégoûte pas les autres !
  • C’est avec la main droite que l’on mange, l’autre elle te sert pour aut’chose ! (paroles d’une femme originaire du Mali)

Comment bien se nourrir

  • Mange une main, garde l’autre pour demain (en réponse à j’ai faim entre les repas)
  • Mange des épinards, c’est riche en fer
  • Mange des épinards, ça rend fort
  • Mange des lentilles, c’est riche en fer
  • Mange ta soupe, ça fait grandir
  • Pas de fromage ce soir, vous en avez déjà mangé à midi
  • Mange des carottes, ça rend aimable
  • Mange des carottes ça rend les fesses roses
  • Le miel c’est bon pour la gorge
  • Mange tes légumes c’est bon pour la santé
  • On ne part pas à l’école le ventre vide
  • Quand on mange des pâtes : pas de pain
  • On ne boit pas en mangeant de la fondue. Seulement après
  • On ne boit pas en mangeant le couscous. Seulement après
  • On ne mange pas en dehors des repas
  • Mange des myrtilles, c’est bon pour la vue
  • T’as bien lavé les fruits ? (pour éliminer les produits de traitement ou les maladies véhiculées par les animaux sauvages).
  • Mange du poisson, ça rend intelligent
  • Mange du poisson, c’est riche en phosphore (variante : ça fait phosphorer)
  • Qui dort, dîne
  • Pas de banane le soir !
  • Pas de banane le soir ! c’est pour les diabétiques
  • Le melon avec le porto c’est pour le “peito” (la force de la poitrine, la vigueur en portugais).
  • Ne mets pas trop de sel, ça bouche les artères.
  • Pas de Coca à table (variante : à table on boit de l’eau)

Comment penser aux autres

  • Finis ton assiette, pense aux petits enfants qui n’ont rien à manger
  • L’eau est chère, finis ton verre
  • Finis ton assiette
  • Finis ton pain, on ne gaspille pas
  • On voit bien que tu n’as jamais eu faim
  • On ne gaspille pas la nourriture
  • On ne joue pas avec la nourriture
  • On ne se jette pas sur la nourriture
  • N’aie pas les yeux plus gros que le ventre

Comment manger symbolique

  • Mets le pain à l’endroit
  • On ne coupe pas le pain, on le rompt
  • Signe le pain
  • On dirait un ange en culotte de velours. (pour parler de quelque chose de délicieux)
  • Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.
  • Le foie pour les petits (en parlant du lapin)
  • La carcasse pour le papa, la tête pour qui ? (en parlant du lapin, et du poulet)
  • Un repas sans fromage c’est comme une belle fille à qui il manque un œil !
  • C’est bon à manger sur la tête d’un galeux
  • Laisse pour ton frère, un homme il faut que ça mange (adressé à une sœur)

Comment inviter à manger

  • Mange ! Pour faire honneur
  • On goûte avant de dire que l’on n’aime pas
  • Mange tes légumes. C’est les légumes du jardin
  • Tiratz quau cranhatz. (occitan, littéralement ”tirez que craignez-vous”)

Autres

  • Ketchup ou gruyère (pour les pâtes) ?
  • Fromage ou dessert ?
  • Vendredi, c’est poisson
  • Lundi, c’est Ravioli
  • Une saucisse par personne (en parlant du cassoulet William Saurin)
  • celui-ci c’est un “pismigel” (En Bretagne pour un enfant (ou une personne adulte) difficile sur la nourriture

 

Nous avons demandé à Patrick Serog, médecin nutritionniste, de réagir à la première étape de notre recueil d’expressions de table.

« Toutes ces recommandations sur le « bien manger » sont des poncifs que l’on entend depuis des années et qui sont transmis de génération en génération. Elles ont la caractéristique d’évoquer les temps de la famine et des restrictions : « finis ton assiette », « on voit bien que tu n’as jamais eu faim»,  « pense aux petits enfants qui n’ont rien à manger » etc.

Pour d’autres phrases il s’agit d’une transmission nutritionnelle comme «mange des lentilles c’est riche en fer», «mange des épinards ça rend fort », «mange des myrtilles, c’est bon pour la vue » etc.

On va également retrouver le code des usages du bien manger à table : «tu pourrais nous attendre pour commencer», «tiens-toi comme il faut à table», «ne met pas tes coudes sur la table», «mais le pain à l’endroit» etc.

On va retrouver aussi des expressions correspondant à l’origine géographique de chaque personne montrant ainsi comment la transmission se fait d’un point de vue culturel.

Ce qui est étonnant dans toutes ses expressions c’est que l’on a l’impression d’une immuabilité des sentences au cours du temps. À part la phrase «pas de portable à table», il n’y a aucune modernité dans l’ensemble des expressions. On ne parle pas de la contraction des repas, d’aliments nouveaux que l’on pourrait voir apparaître sur la table. Les condiments sont absents, et c’est bien un domaine où il y a une grande diversité sur laquelle on pourrait discuter. Il n’y a pas de remarques sur la rapidité avec laquelle on peut manger un repas comme si on ne pouvait que répéter ce que l’on avait appris sans s’adapter réellement à l’évolution de notre mode alimentaire. »

 

Youpala!! Santé!!

Jean-Marie Baudic est un jeune chef installé à Saint Brieuc, depuis 2006. Son restaurant (une étoile au guide Michelin), le Youpala Bistrot (http://www.youpala-bistrot.com), accueille 30 couverts au maximum. Jean-Marie a été commis pendant un an à Saint-Etienne, puis 4 ans comme second à Paris chez Pierre Gagnaire. Pour-Jean Marie la préoccupation santé est primordiale dans sa cuisine, il dit d’ailleurs  que «la variété, la saison, le local, sont traités par une cuisine vive et précise, pour préserver la valeur nutritive et saine des aliments». Il nous explique comment ce choix santé entre dans sa cuisine.

« C’est important pour moi. Premièrement, ça se joue avec l’approvisionnement. Des produits frais, locaux, avec une forte valeur nutritive et de goût. L’un n’allant pas sans l’autre. Il est important d’expliquer comment est organisée ma cuisine.

Au Youpala bistrot, je n’ai plus de carte ou de menu préétabli. Ce sont, Elisabeth et Jean-Marie Goallec de Plerin, maraîchers, et Tanguy Lagadeuc de Dahouet, pêcheur, qui me livrent ce qu’ils estiment le meilleur pour ma cuisine. Suivant ce que je reçois, je fais, j’organise, je pense ma cuisine. En plus, je vais sur le marché de Saint-Brieuc pour compléter mes approvisionnements en produits de saison. Je ne fais plus de viande, que du poisson, suivant les débarquements de Tanguy. En quelque sorte, je ne fais pas le même menu le midi et le soir. Le soir, il est possible de manger pour 50 ou 62 euros. Ce sont les produits livrés du matin, traités à la dernière minute, frais, cuits au dernier moment avec une grande liberté de composition. Le lendemain midi j’utilise ce qui avait  été mis en place la veille pour des repas de 20 à 32 euros.

C’est important d’attaquer le service avec des produits crus, car mes cuissons, vives et rapides, maintiennent toutes leurs qualités nutritives. Au maximum, je supprime les cuissons longues à l’eau. Mais ce n’est pas seulement une préoccupation de santé. Garder la texture et le goût c’est préserver la qualité des produits, il faut cuire à la minute. Je cherche en fait à concentrer le goût, la matière.Très simplement, je ne vais pas cuisiner des choses à mes clients que je ne mangerais pas.

 Pour réaliser cette cuisine de l’instant, je fais appel à toutes les techniques et l’expérience de mon parcours de cuisinier. Mais depuis que je suis installé à Saint-Brieuc, j’ai regroupé dans ma cuisine du matériel que m’a fait découvrir ma femme Juliette dans des magasins bio. Ce petit matériel me permet de préserver goût et valeur nutritive, qui vont forcément ensemble. Par exemple je viens de faire des fines tranches de potiron que j’ai passées 18 heures dans mon déshydrateur. C’est croquant, d’une très belle couleur et le goût est net. En saison je fais des fraises, des abricots, des poires, et des raisons déshydratées, afin de tirer le meilleur de leur goût. Et je peux les réutiliser comme base de parfum, par exemple, réhydratés dans du lait de vache ou dans des végétaux que je fais moi-même, pour cuisiner pourquoi pas un riz au lait. Mes herbes fraîches, s’il m’en reste après un service, je les déshydrate. Une fois sèches, broyées et mélangées à un peu de sel, elles me servent à assaisonner mes plats. D’ailleurs question santé, davantage de goût c’est aussi moins de sel.

Je parlais de laits végétaux. Dans mon restaurant, je les fais moi-même. Je mets l’avoine, les noisettes ou les amandes  dans une sorte de centrifugeuse, appelée Champion, qui me permet de récupérer la pulpe, la matière, sans échauffer le produit.

J’ai aussi un autocuiseur Silit. Le principe est simple : il s’agit d’une cuisson sous pression, sans ajout de beaucoup de liquide et sans libération de vapeur. En fait les aliments cuisent vite, très vite, dans leur propre eau. Je fais, par exemple, des soupes de poissons très parfumées (en vrais Jean-Marie dit “soupe de tueurs”), rien ne s’est échappé, ce n’est pas dilué, toujours à l’instant, au moment du service, en 10 minutes 1/4 d’heure. »