La cuisine populaire vue par Diane Galland

Diane Galland est présidente de Vivactis Public relations, une agence de relations presse et de relations publiques spécialisée dans le domaine de la nutrition et de l’agroalimentaire. Grâce à Diane, nous pourrons en savoir plus sur l’intérêt porté par les médias pour la chose culinaire.

 

1/ Qu’évoquent pour vous les mots cuisine populaire et qu’est-ce que pour vous, la cuisine populaire ?

C’est la cuisine qu’on aime partager spontanément, naturellement, avec des personnes dont on se sent proche, la cuisine qui nous rassemble, nous relie. Elle peut être « intime », la cuisine des familles qui réunit la tribu autour de ses propres valeurs, ou bien extérieure, la cuisine de la rue que l’on «attrape» en passant, avec cette sensation de découvrir de nouveaux horizons, parfois de s’évader, voire même de s’encanailler… mais toujours une cuisine qui procure un plaisir simple, une cuisine qui met du baume au cœur, qui nous réconforte.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

Mon grand-père Ernest rentrant de la pêche, ma grand-mère se demandant ce qu’il allait bien ramener, ce qu’elle allait devoir cuisiner, la curiosité autour de la besace contenant les poissons mystérieux, l’efficacité des gestes de Marie-Thérèse en cuisine… connaissant son affaire et enfin, « à table les enfants ! ». Le croustillant des tout petits poissons frits qu’on dégustait avec mes cousins du bout des doigts en riant.

La paëlla longuement préparée par ma mère, son frère, son père, en pleine nature dans une petite montagne du sud de l’Espagne. C’est un spectacle : il y a ceux qui « détiennent » le savoir et qui s’appliquent et ceux qui les encerclent, surveillant toutes les étapes et les commentant. Plus tard, on mangera tous ensemble assis sur des pierres en parlant, se régalant du craquant des petits calamars grillés, du moelleux du riz un peu caramélisé…

Le bon goût iodé des quelques huîtres avalées en catimini à deux, avec un petit verre de vin blanc. Ça se passe au coin d’un bar sur le marché, un dimanche, avec un petit brin de culpabilité… vite balayé parce que « après tout, c’est l’heure de l’apéro », les autres nous attendent pour commencer à préparer le repas, mais nous, on est allé faire les courses, alors on a bien le droit de se faire plaisir, juste une petite pause et on ramène le butin…

3/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire.

Les restaurants éphémères du salon de l’Agriculture à Paris, dans les espaces régions de France et Dom Tom. L’engouement des visiteurs pour commander des plats, se parant tout à coup de toutes les qualités tellement c’est simple et authentique ! De bons produits « typiques » instinctivement associés à de « meilleurs » produits, naturels et qui vous font voyager le temps d’un salon.

Les petits frichtis sur les marchés, les mouclades dans le midi, les poissons grillés chez les Lolo antillais en bord de plage… La bonne odeur des gaufres près des fêtes foraines…

4/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

Un goût est une sensation intime sensorielle, il peut être difficile de « trouver les mots » pour le définir. Le vocabulaire technique utilisé pour décrire des sensations organoleptiques sera précis et facilitera la communication verbale, certes, mais il ne permettra pas de transmettre les émotions profondes auxquelles ce goût peut être associé et qui lui donnent parfois justement  un autre goût … Celui du souvenir qu’il évoque …et qu’on n’aura pas toujours envie de partager!

5/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

Cette cuisine populaire est multiple, elle est à la fois traditionnelle et contemporaine, elle est surtout vivante, donc en évolution permanente. J’ai plutôt l’impression qu’elle oscille entre la sphère de l’intime et l’ouverture au monde. Le repas identitaire, le petit plat qu’on se mitonne dans son cocon, la cuisine du coin de la rue ou du bout du monde qui nous transporte vers d’autres espaces, proches ou lointains, nous faisant découvrir et apprécier des saveurs, des parfums, exotiques ou juste différents. La cuisine qui nous rapproche des autres, ou nous en éloigne parce que des tabous alimentaires ou des habitudes nous empêchent de la partager. Je ne mangerais pas de mygales à Phnom Penh même si c’est populaire …

6/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole?

Dans populaire, il y a peuple, un peuple partage des valeurs communes, vit ensemble avec ses us et coutumes. Lorsque étudiante, j’habitais New-York, je me sentais terriblement frenchy avec mes amis au moment des repas que nous préparions le week-end : nous nous damnions pour un pot-au-feu, un bœuf bourguignon, un morceau de saucisson, une baguette, un camembert… Ingrédients achetés pas n’importe où, après une véritable chasse au trésor, payés chers et cuisinés avec ferveur. Aimer les mêmes choses, c’est parler la même langue, c’est le langage du corps et des émotions… ça crée du lien, ça réconcilie aussi.  Et le repas devient communautaire!

Mon grand oncle avait immigré aux États-Unis au moment de la seconde guerre mondiale et n’avait jamais remis les pieds en France, ayant retrouvé sa trace, invitée à les rejoindre pour Thanksgiving, j’avais réussi à me procurer un pot de cancoillotte, fromage local franc-comtois que je leur apportais. Le pauvre oncle de plus de 80 ans et son épouse ont pleuré en ouvrant le pot, c’était leur pays, leur village, leurs amis : toute une vie qui remontait à la surface. Voilà pour le côté social et culturel.

Un enjeu politique et agricole? Oui quand il s’agit pour nos politiques de promouvoir ou de défendre sur la scène internationale les produits constituant cette identité culinaire. Qu’on ait le droit de continuer à manger des fromages au lait cru… !

7/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

C’est la cuisine des familles, des amis, des foyers, des rues, du quotidien, des jours de fête. Il faut aller la chercher partout où elle se pratique…J’imagine un Road Show, une « cuisine truck ambulante » qui sillonnerait les routes de France, s’arrêterait dans villes et villages et inviterait les habitants à prendre possession des lieux pour organiser un banquet populaire, cuisinant, certes, mais aussi installant la table, créant l’univers qu’ils souhaitent, décoration de table, fleurs… Le tout serait filmé, analysé par l’OCPOP et pourquoi pas un top chef de la cuisine populaire !! Qui aurait l’avantage de susciter l’intérêt du public… c’est dans l’air du temps ! On pourrait envisager un concours national annuel de la cuisine populaire à l’issue de la tournée …

 

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