La cuisine populaire vue par Eric Roux

 

Eric Roux est le porte-parole de l’OCPOP. Ancien chroniqueur sur canal +, auteur et journaliste de documentaires sur la cuisine, il a publié en 2011 « Manuel de Cuisine Populaire ».

 

1/ Qu’évoquent pour vous les mots cuisine populaire et qu’est-ce que pour vous, la cuisine populaire?

C’est une cuisine irrémédiablement quotidienne. Elle nourrit certes le corps pour ses besoins journaliers d’énergie, mais aussi un imaginaire riche de saisonnalité toujours renouvelé et une symbolique culturelle.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

C’est à la fois le poulet rôti où le rosbif dominical de mon enfance, la petite casserole de fond au coin du fourneau dont nourrissait son ragoût ma grand-mère, et bien sûr la cuisine quotidienne réalisée pour mes enfants, ma compagne et ses enfants, et les repas d’amis.

3/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire.

Enfant, nous allions aider parfois les cousins pour des travaux communautaires à la ferme d’où était originaire mon grand-père. Moissons, fenaisons, corvée de bois, en occitan ces travaux se nomment des «boirades», mais ce travail, souvent dur et réunissant familles et voisins, se terminait toujours par une raboulle, un repas tout aussi communautaire. Des grandes tablées, nourries de pâtés et de charcuteries maison, de rôtis de veau et de volaille, d’un peu de légumes, souvent des haricots verts au jus, d’une grande salade acide, de fruits du verger et surtout de bonne humeur ou d’humeur tout court.

4/ En quoi est-il compliquer d’évoquer où de partager un goût que l’on pense propre à son expérience personnelle?

J’aurai beau vous raconter les petites truites de rivière cuites vivement dans du beurre blond, et utiliser tout le vocabulaire à ma disposition, jamais, je ne pourrais vous faire ressentir leur goût. Si particulier, beurré et légèrement ferreux, mais qui est pour moi et indéniablement lié à ma perception de tout ce que je goûte et que je mange aujourd’hui. Ces connaissances du goût, que nous avons tous, comme un mille-feuille de sensations et qui nous accompagnent toute notre vie comme individu ou membre d’un groupe de même culture.

5/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

Comme tout notre bagage culturel, populaire ou académique, totalement intime mais une arme formidable pour découvrir et partir à la rencontre de l’autre, qu’il soit voisin ou lointain.

6/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole?

Simplement parce que la cuisine populaire initie et forme l’aboutissement de tous les/nos choix de comment et pourquoi nous mangeons, au mieux trois fois par jour et tous les jours. Tellement quotidienne, que la nourriture populaire organise et rythme notre «vivre ensemble».

7/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Replacer les faits culinaires, comme un langage quotidien, de nos choix, de nos envies et de nos engagements, loin d’une activité réduite aux loisirs ou à l’exceptionnel. Accepter d’ingérer quelque chose est trop déterminant pour la santé, pour l’affection et la tendresse pour ne lui laisser qu’un temps réduit, confié à une logique seulement commerciale.

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