La cuisine populaire vue par Guillaume Bapst

 

Guillaume Bapst est un entrepreneur social directeur du réseau social des épiceries solidaires (ANDES). Il nous apporte un éclairage précieux sur le rôle de socialisation et de solidarité  de la cuisine.

 

1/ Qu’évoquent pour vos les mots cuisine populaire et qu’est -ce que pour vous, la cuisine populaire ?

Pour moi, la cuisine populaire évoque la notion d’une cuisine accessible pour tous aussi bien dans son élaboration que dans sa consommation. C’est pour moi le contraire d’une cuisine sophistiquée qui par son élaboration et par le cérémonial de sa dégustation écarte les plus novices.

2/ Que proposez-vous, comme image, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

Une table en bois, des serviettes à carreaux rouges, une cocotte en fonte ou un plat de four, une odeur qui s’installe dans la pièce, une salade verte, du pain de campagne et des amis pour partager, voilà «ma» cuisine populaire.

3 / Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire.

Traditionnellement, alors que les voisins agriculteurs sont venus donner un coup de main à l’occasion de la moisson, tous les participants vont se réunir pour partager le repas de fin de la récolte. Voilà  pour moi le repas typique de la cuisine populaire, simple, copieux, joyeux.

4/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût que l’on pense propre à son expérience personnelle?

Le goût de mon plat, la saveur du moment m’est propre et fait appel à mon histoire personnelle. Il est porteur de sens, d’imaginaire, de ressenti, que des choses intimes et difficilement partageables sauf par la parole et l’évocation à postériori.

 5/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité?

Curieusement, elle est les deux à la fois, une cuisine intime qui fait appel à mon Moi profond, elle est aussi la source de partage de transmission, elle est interculturelle de région à région, de pays à pays. Elle est la source de connaissance de l’autre. Quel meilleur moyen de rencontrer l’autre, que de découvrir son alimentation mais également le cérémonial et les coutumes qui vont avec ! C’est déjà l’invitation au voyage et aux nouveaux amis.

6/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole ?

Face à une Europe économique qui oublie son enjeu social, face à une mondialisation effrénée où la nourriture et les modes alimentaires se sont mélangés, il est important de réaffirmer nos racines, nos valeurs, nos modes de vie, sans pour autant s’inscrire dans un repli identitaire mais plutôt dans l’idée que l’on est plus sûr de soi quand on sait d’où l’on vient et quels sont nos fondamentaux!

7 / Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Je suis toujours stupéfait du fait que malgré l’abondance de revues, de livres, d’émissions de télévision, de blogs, finalement la cuisine se chuchote, se partage mieux en petit comité et quand une personne joue le rôle du « passeur ».

J’ai envie que mon voisin me fasse découvrir « son plat ». Organisons une fête autour de laquelle on partage non seulement le repas mais aussi la recette, les trucs, les ingrédients.

 

 

 

 

Do you want to be contacted?

You will be contacted soon