La cuisine populaire vue par Atanase Perifan

 

ATANASE PERIFAN HD © #288BBAtanase Perifan est le créateur de la Fête des Voisins, ainsi que de l’association Voisins solidaires. Il préside la Fédération européenne des solidarités de proximité.

 

 

 

1/ Qu’évoquent pour vous les mots «cuisine populaire» ou qu’est-ce que la cuisine populaire pour vous ?

D’abord c’est le partage, parce que c’est un bon moment où on se retrouve. C’est populaire parce qu’on ne se la joue pas. En fait les deux, « cuisine » et « populaire »,  rapprochent, c’est le repas de la Fête des Voisins où chacun apporte ce qu’il a envie d’apporter. La cuisine populaire est authentique, elle est inscrite dans nos racines. Elle est aussi accessible à tout le monde. C’est ce que préparait ma grand-mère par exemple.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

C’est le bon cassoulet que nous avons partagé la dernière fois avec le voisin du dessus. Mais pour moi qui suis méditerranéen, c’est la cuisine du sud, du midi. C’est la tradition, ce que l’on garde du passé sans être figé dans le passéisme, car la cuisine populaire sait évoluer. Je suis d’origine macédonienne, la cuisine populaire est forcément mélangée pour moi, un peu grecque, un peu ottomane, un peu slave.

3/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût, un souvenir de goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

On a tendance à penser à la cuisine de tous les jours, celle qui a bon goût car elle est bonne à savourer. Elle est liée à la quotidienneté, faite de plaisirs et de souffrances. Je n’oppose pas la cuisine sophistiquée des restaurants chics à la cuisine populaire, car elles n’ont pas la même fonction, l’une est rare et chère, l’autre est quotidienne et simple.

L’évocation de cette cuisine populaire c’est pour moi ma maman qui réunit la diaspora macédonienne familiale et c’est aussi celle de mon épouse française. A chaque fois, ce n’est pas qu’une recette, mais l’histoire d’un plat et de notre quotidien, une histoire de goût faite aussi d’émotions et d’histoire familiale.

La cuisine populaire n’est pas unique, elle évoque mille choses.

4/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

Pour chacun, la cuisine populaire représente sa vie, son passé, ses joies et ses peines. Elle est ouverte sur le monde.

Ma grand-mère que je n’ai rencontrée que deux fois à 4 ans et 8 ans car elle habitait de l’autre côté du rideau fer, m’évoque des souvenirs de baisers, d’une rencontre, de poivrons farcis et de beignets. La cuisine populaire rapproche car elle permet de recevoir et de donner.

5/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole ?

Dans un monde ou la relation à l’autre est compliquée, avec une tendance d’uniformisation de la nourriture, nous avons besoin d’être ancré dans un imaginaire de terroir, de culture. Pour moi, la cuisine et la parole, c’est là-dessus que repose notre vivre ensemble. Il faut retrouver des occasions de partage, et il n’y a pas mieux que la cuisine pour cela. C’est le principe de la Fête des Voisins : organiser un repas ensemble ou chacun apporte sa part de soi. Ou l’on cuisine pour l’autre.

6/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Nous pourrions thématiser la Fête des Voisins. Nous allons tous cuisiner ensemble et refaire de la cuisine populaire pour préparer ensemble et manger ensemble pour imaginer une harmonie. Ainsi, nous pourrons confronter l’expertise de chacun pour encore mieux partager. Une Fête des Voisins où le repas ne soit pas que le repas mais en amont sa préparation, la cuisine n’est pas individuelle, nous la mangeons et la faisons ensemble. Une fête des Voisins réunissant la pratique et le partage d’une cuisine populaire entre voisins. Nous pourrions imaginer et réaliser cela dans les années à venir.

7/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire?

Je pense là, tout de suite, à une ratatouille, d’ailleurs peu importe le nom qu’on lui donne, mais qui est un mélange fait de légumes de saisons. Là encore ce sont mes origines, celles de la Méditerranée. Une ratatouille c’est ce qu’on a sous la main, ou chaque légume est différent, mais ils vont si bien ensemble et donne un goût formidable. Plusieurs origines réunies dans un même plat. Chacun a de la valeur dans une société comme chaque élément a sa place dans cette ratatouille.

 

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