La cuisine populaire vue par Grégoire Pré

 

IMG_2130Grégoire est pilote maritime de Seine. Sa mission est de guider les navires en toute sécurité depuis la mer jusqu’à leurs quais de destination et vice-versa. Capitaine au long court et bon vivant, il passe une grande partie de son temps, même de sa vie sur les cargos, ce qui l’amène à goûter les cuisines du monde entier. Il nous livre dans cette interview son regard sur sa cuisine populaire.

1/ Qu’évoquent pour vous les mots «cuisine populaire» ou qu’est-ce que la cuisine populaire pour vous ?

La cuisine populaire c’est la cuisine simple, pas alambiquée, qui remplit le cœur et l’estomac. C’est une cuisine qui a une fonction alimentaire et qui rassemble les gens. Manger seul ce n’est pas populaire, ce n’est pas bien. Manger, c’est s’asseoir à table et être avec quelqu’un.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

J’ai un souvenir de Corée où je suis resté un mois dans un chantier naval pour suivre la construction d’un cargo. Nous mangions avec des baguettes de soudure, dans des assiettes en tôle, en compagnie des ouvriers du chantier. C’était des plats « popu ». Je me souviens en particulier de ce que je croyais être des lasagnes et qui était en fait des feuilles de choux fermentées et pimentées, on appelle ça du kimchi.

3/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût, un souvenir de goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

C’est très difficile de raconter, le mieux, c’est certainement de goûter.

4/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

C’est une ouverture au monde comme l’est mon expérience de capitaine au long court. Des plats simples et qui correspondent à une culture, mais surtout pas de la cuisine compliquée. Je me souviens d’une fois où j’avais un équipage turc, nous en avions un peu marre de manger des keftas. Nous avons acheté au cuisinier un bouquin de cuisine française écrit en anglais et avec plein d’images, afin qu’il puisse s’inspirer des photos. Un jour il nous a préparé des avocats avec de la crème chantilly, ce qui ressemblait effectivement à des avocats mayo… Nous étions tellement touchés que nous avons tout mangé pour encourager notre chef dans ses efforts.

5/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole?

Je trouve que nous sommes de plus en plus pressés par une société en perpétuelle accélération, pourtant c’est bien de s’asseoir à une table à plusieurs. C’est une pause, un moment de vie ou le futile devient indispensable. Etant pilote du navire, sur la passerelle l’équipage m’apporte toujours une assiette et je trouve ça chouette et touchant. D’ailleurs peu importe la qualité du plat, à chaque fois je fais tout pour finir mon assiette, par respect pour cet accueil culinaire.

6/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Je ne trouve pas normal dans les emplois du temps de ma fille de 14 ans, qu’elle n’ait seulement certains jours qu’une demi-heure pour déjeuner. C’est un enjeu de mode de vie.

7/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire?

La blanquette de veau de ma mère que je n’ai jamais réussi à refaire ! Mais tout simplement parce que je suis sûr que ce n’était pas une blanquette de veau. Ça y ressemblait, mais je crois que c’était une viande qui n’était pas faite pour la blanquette. Aujourd’hui quand je lui demande de la refaire, elle refuse c’est décevant.

J’ai un rythme de vie décousu en raison de mon métier. Dans la mesure du possible quand je suis à la maison je tiens à me mettre à table avec la famille autour d’un plat populaire parce que pour moi c’est important.

Do you want to be contacted?

You will be contacted soon