La cuisine populaire vue par Sylvie Amar

 

Portrait2Sylvie Amar, designer, formée à l’ENSCI – les Ateliers Saint Sabin, travaille pour le monde de la gastronomie depuis 15 ans. Le Studio Sylvie Amar créé en 1997 a mené à bien des projets pour des chefs comme Olivier Roellinger et Pierre Gagnaire et des marques telle que Peugeot PSP, Guy Degrenne, où La Cornue. Nous avons demandé à Sylvie de répondre à notre questionnaire sur la cuisine populaire.

 

1/ Qu’évoquent pour vous les mots «cuisine populaire» ou qu’est-ce que la cuisine populaire pour vous ?

Je vais répondre juste avec des mots évocateurs : Famille, maison, Grand-mère, la rue, les marchés.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

J’ai tout de suite en tête des gens sur un marché qui peuvent cuisiner dans la rue, c’est plutôt une vision asiatique. Le marché de nuit à Hong Kong sur la presqu’ile de Kowloon. Tu as des marmites en terre cuite qui font blop blop et tu manges directement dans la rue, en particulier dans Temple street.

3/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût, un souvenir de goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

En fait c’est compliqué parce que ce n’est pas noble à priori, ce n’est pas chic comme un trois étoiles, qui a dans une certaine mesure une fonction de reconnaissance sociale. Dire que l’on a mangé dans la rue ce n’est ni reconnu, ni valorisant. Je n’ai pas forcément le vocabulaire pour évoquer cette cuisine populaire, parce qu’on ne nous a pas éduqué à en parler. La presse n’en parle pas non plus. Nous sommes obligés d’évoquer des sentiments et de l’émotion donc d’être dans un registre personnel, comme lorsqu’on parle de la cuisine de notre grand-mère. Pour parler cuisine populaire je peux raconter ce que je veux, si je raconte mon repas à Kowloon, on va me répondre que je suis une aventurière et pas forcément me demander en soit ce qui était si bon.

4/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

C’est certainement les deux, si je parle de cuisine populaire c’est que je parle des autres. Mais c’est aussi ce que l’on m’a transmis et ce que je me suis créée au quotidien. C’est les apéritifs que je fais chez moi. Pour contrer les tristes charcuterie-cacahouètes, c’est fromage blanc épicé et petits légumes que l’on trempe dedans, c’est ça ma cuisine popu !

5/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole ?

Parler de cuisine populaire c’est parler de ses propres valeurs et de ce que l’on met dans la notion de valeur citoyenne. De manière classique, la cuisine populaire c’est être citoyen du monde. Mais ces mots de « cuisines populaires » nous ne les employons presque jamais. Avant cet entretien, je n’avais jamais utilisé les mots de « cuisine populaire ». En fait, je ne trouve pas le mot « populaire » très beau, il y a une connotation popu qui a un côté péjoratif. Pourquoi ne pas dire « pop » ? Cela sonne mieux, car « populaire » peut être dénigré.

 

 

 

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