Archives par étiquette : Ali Benmakhlouf

Diversité de définition pour les Cuisines Populaires

Depuis 5 ans, cuisiniers, philosophes, médecins, journalistes, nous racontent leur manière de voir la cuisine populaire. Chacun a sa vision, mais tous parlent de cette cuisine du quotidien, tellement commune que parfois invisible, mais nourrie de plaisir et de nécessité.

Alain Ducasse

« Dans « cuisine populaire », j’entends les deux sens du mot « populaire » : à la fois cuisine du peuple et cuisine qui plait au plus grand nombre. »

Atanase Perifan

« Quand on parle cuisine populaire, on a tendance à penser à la cuisine de tous les jours celle qui a bon goût car elle bonne à savourer. »

« Elle est liée à la quotidienneté, faite de plaisir et de souffrance. »

François Simon

« La cuisine populaire c’est une cuisine spontanée, vivante, accessible, simple dans ses saveurs, abordable dans ses prix. »

Yves Camdeborde

« La cuisine populaire évoque la cuisine de tous les jours, une cuisine de gens qui ont faim, des gens qui ont besoin de se nourrir pour travailler physiquement ou intellectuellement. »

« Le plus simple de la cuisine populaire : Un rosbif, son jus et une purée, pour finir, une crème caramel ou une mousse au chocolat. »

Sébastien Demorand

« La cuisine populaire, d’ou qu’on soit, c’est une mémoire commune de la table. Ce que nous avons tous en nous c’est le souvenir d’un repas, la trace de la famille. »

Marcel Rufo

« La cuisine populaire est une cuisine qui est proche du marché, celle des primeurs. »

Ali Benmakhlouf

« La cutine populaire c’est une cuisine qui d’abord ne coûte pas cher, mais cela ne veut pas dire que c’est une cuisine du peu ou qu’elle n’est pas une cuisine riche. Au contraire. »

Sylvie Amar

« La cuisine populaire ce sont des mots évocateurs : Famille, maison, Grand-mère, la rue, les marchés. »

Michel Portos

« La cuisine populaire ce serait la cuisine comme on a l’habitude de manger à la maison, familiale, sans chichi, cuisinée, préparée, et pas empilée comme un château de cartes. »

Patrick Jeffroy

« La cuisine populaire c’est le potager, le verger, le clapier, le poulailler que j’ai eus dans ma petite enfance. Des millions de Français vivaient au bon vouloir de ces jardins. »

« Les marchés d’aujourd’hui ainsi que les villes et villages sont également détenteurs de la cuisine populaire. »

Daniel Nairaud

« C’est la cuisine du peuple, celle des gens ordinaires. Je l’aime pour ça ! »

Bernard Guy-Grand

« Cela peut être la cuisine familiale, la cantine, et le bistrot ouvrier, mais c’est avant tout un lien avec l’Histoire. »

Christophe Duhamel

« La cuisine de monsieur et madame tout le monde, celle qui se transmet au sein des familles depuis des générations. »

Gilles Fumey

« La cuisine populaire c’est, dans la rue ou sur les marchés, une invitation à une cuisine simple, facile d’accès et généreuse. »

« La cuisine populaire est une cuisine sans prétention, conçue comme une forme de communion avec ceux qui aiment la vie parce qu’ils aiment manger. Tout simplement. »

Thierry Marx

« Cela évoque pour moi une cuisine à mi-chemin entre la cuisine rurale et la haute gastronomie. C’est une cuisine initiatrice et capable d’associer toutes les extractions sociales. »

Bernard Plageoles

« Pour moi la cuisine populaire évoque des goûts d’enfance mais également les périodes des grands repas liés aux travaux agricoles. »

Sonia Ezgulian

« « Cuisine populaire » évoque un moment de partage, un plat, des recettes qui ont fait leur preuve, des plats simples mais aussi des plats plus sophistiqués qui requiert du temps, des tours de mains qu’on apprend, des moments qu’on chérit comme des trésors. »

Fred Chesneau

« J’ai tout de suite des mots qui me viennent en tête pour évoquer la cuisine populaire : quotidienne, familiale, transmission, générosité dans la mesure où nous ne sommes pas avare de temps et d’énergie. »

Sophie Brissaud

« La cuisine populaire est celle qui transcende les classes, donc accessible à tous. Son prix — prix de revient, prix de vente — doit toujours être raisonnable. »

« La cuisine populaire mobilise les notions de mémoire, d’humanité, d’ouverture, de lien familial, de fraternité, de solidarité, de générosité, de simplicité, de gourmandise. »

Georgiana Viou

« La cuisine populaire est une cuisine conviviale et faite pour le partage. Je pense tout de suite à mon pays, le Benin : la cuisine de rue et de famille à la maison. »

« La cuisine de rue et de la famille à la maison est populaire, sans chichi mais le goût est présent et elle est dégustée par un grand nombre de personnes. »

Eric Roux

« La cuisine populaire est pluriel, ce sont les cuisines de la nécessité quotidienne, faites de plaisir qui nous permettent d’imaginer le monde. »

Diane Galland

« C’est la cuisine qu’on aime partager spontanément, naturellement, avec des personnes dont on se sent proche, la cuisine qui nous rassemble, nous relie. »

Eric Reithler

« Elle est humble, sans âge et sans frontières, elle traduit la profondeur d’âme de ceux qui l’offrent, avec cet inégalable esprit de partage et de générosité. »

Patrick Serog

« C’est la cuisine de tous les jours et celle que la majorité de la population des villes et des campagnes pratique. Pour moi la cuisine populaire est celle des plats traditionnels et de mon enfance. »

Pascale Weeks

« C’est la cuisine de tous les jours, celle que l’on fait pour nourrir sa famille tout en se faisant plaisir. »

« C’est la cuisine spontanée, celle vers quoi l’on se tourne naturellement, quelle que soit sa classe sociale, son budget ou le temps dont on dispose. »

Guillaume Bapst

« Pour moi, la cuisine populaire évoque la notion d’une cuisine accessible pour tous aussi bien dans son élaboration que dans sa consommation. C’est pour moi le contraire d’une cuisine sophistiquée. »

Tous nos contenus sont libres de droits. PDF à télécharger : CuisinePopVuePar_Verbatims_OCPop

La cuisine populaire vue par Ali Benmakhlouf

 

Agrégé de philosophie, Ali Benmakhlouf est professeur à l’université de Paris Est Créteil. Le fil directeur de ses recherches est l’Histoire, la philosophie de la logique et la philosophie médiévale arabe. Après s’être intéressé à G.Frege et  à B. Russell, il s’est proposé de parcourir l’histoire de la logique médiévale arabe, puis d’explorer une figure de la Renaissance, Montaigne. En 2011, il publie : « L’identité, une fable philosophique » aux éditions PUF. Membre du comité consultatif national d’éthique, il est engagé actuellement dans les débats sur la bioéthique. Il est aussi directeur de programme au Collège international de philosophie (Paris/Casablanca), membre de la société française de philosophie et membre de l’Institut international de philosophie. Les éditions Le Fennec publient depuis 20 ans les colloques organisés dans le cadre de la convention entre le collège international de philosophie et la fondation du roi Abdul aziz pour les études islamiques et les sciences humaines (Casablanca).

1/ Qu’évoquent pour vous les mots cuisine populaire et qu’est-ce que pour vous, la cuisine populaire ?

C’est une cuisine qui d’abord ne coûte pas cher, mais cela ne veut pas dire que c’est une cuisine du peu ou qu’elle n’est pas une cuisine riche. Au contraire. L’essentiel réside dans la préparation, non dans le prix mis dans les ingrédients. C’est une cuisine qui rassemble et qui donne une tonalité ou familiale ou amicale aux saveurs partagées. C’est l’opposé d’un fastfood car elle suppose qu’on prenne le temps de préparer une cuisine qu’on veut faire découvrir aussi.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

C’est une cuisine d’hospitalité. L’image qui me vient est celle de vastes tables où l’on se demande toujours si l’on va tous tenir ensemble, si on va mettre les enfants à part. C’est une cuisine que paradoxalement ne mangent pas ceux qui la préparent car ils sont totalement dévolus à leurs invités et n’ont pas le temps de déguster ce qu’ils ont préparé. C’est donc une forme de vie qui est véhiculée par une telle cuisine.

3/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire.

En raison d’interactions familiales fortes avec le Sénégal, le plat qui me vient à l’esprit et aux narines c’est le riz au poisson, plat national du Sénégal. Le poisson cuit d’abord avec des herbes et de l’ail, puis, une fois réservé, c’est dans la sauce de ce poisson que cuisent les légumes (carottes, pommes de terre douces, choux, poivrons, potiron, notamment) puis le riz en dernier. Tout prend donc l’odeur du poisson. Le riz au poisson suppose qu’on passe beaucoup de temps en cuisine. On veut alors qu’il y ait beaucoup de monde à table. La fête qui l’accompagne consiste essentiellement à convier ceux qu’on apprécie beaucoup mais qu’on n’a pas souvent l’occasion de voir.

4/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

Il y a des variantes personnelles pour un même plat. Il y a ceux qui se précipitent sur tel légume, d’autres qui ajoutent du piment fort. Le goût est donc adaptable à partir d’une base commune. Ce qui est difficile c’est quand la base commune ne plaît pas à certains. La préparation d’un autre plat de substitution pour ceux qui ne partagent pas la cuisine faite par tous apparaît non comme un privilège, mais comme une punition.

5/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

On peut considérer que l’intime c’est aussi ce qu’on partage avec ceux qui nous font rire ou qui nous font passer un bon moment. L’ouverture au monde, pour ma part, s’est faite, quand très petit, on m’a dit au Maroc que ce qui nous était intime c’était un plat venu d’ailleurs car il porte en lui le signe d’une appartenance familiale : le riz au poisson est un hommage à ma grand-mère maternelle que je n’ai pas connue. Cela est à la fois très intime et en même temps ouvert sur un pays et des gens qui vivent loin du lieu où le plat est mangé régulièrement.

6/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole?

L’enjeu social réside dans le regroupement familial ou dans le regroupement amical. L’enjeu culturel c’est de sauver de l’oubli des recettes qui sont anciennes et qui sont transmises oralement. L’enjeu agricole est de manger des produits sains. L’enjeu politique est de faire communiquer par le goût la façon de vivre des autres et d’accéder au savoir des autres par la saveur de leur cuisine.

7/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Je vois souvent dans les marchés (notamment celui de Richard Lenoir, Paris 11e) des gens qui proposent à la vente des portions de cuisine populaire : le Maroc et le Sénégal sont représentés, il y a aussi des dégustations d’huître, etc. C’est un bon moyen de promouvoir cette cuisine. Au niveau scolaire, on devrait prendre le temps de proposer aux élèves de réaliser des recettes de cuisine populaire.