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Face aux légumes, les enfants disent beurk !

Par Patrick Serog.

L’attrait du végétal chez les enfants est d’intensité très variable d’un enfant à l’autre et quelle que soit l’éducation alimentaire reçue.

Le rejet du véwatermelon-summer-little-girl-eating-watermelon-foodgétal chez l’enfant, un passage obligé

Il existe des familles où le végétal est hissé au rang d’aliment sacré. Le refus de manger des légumes est vécu par les parents presque comme une non reconnaissance des liens familiaux. Les enfants, forcés d’en manger se libéreront plus tard de ce joug familial. Parfois, ils n’arriveront plus à aimer les légumes, parfois ils arriveront à réintroduire ces aliments grâce à la pensée que ce sont des aliments bons pour la santé.

Dans d’autres familles, les enfants sont naturellement attirés par les végétaux même si les parents n’en mangent pas en quantité importante et tous les jours. Mais ils sont peu nombreux.

La plupart des enfants acceptent jusqu’à 2 ans les légumes mais à partir de la phase de néophobie alimentaire qui permet à l’enfant de s’autonomiser, le rejet d’un certain nombre d’aliments se portera préférentiellement sur les légumes verts. Moins sur les légumes rouges comme les carottes ou les tomates mais essentiellement sur les haricots verts, les épinards et les brocolis mais également sur les différentes espèces de choux.

Cette phase de néophobie alimentaire durera environ jusqu’à 5 ans. Après cette période nécessaire à la construction des goûts personnels de l’enfant, il n’est pas dit qu’il remangera des légumes.

Pourquoi un tel rejet ?

La texture des aliments est une première explication. La texture des féculents est plus douce et donne une sensation des plus agréable en bouche, plus onctueuse que celle donnée par les légumes verts.

Et quand on parle de goût, les féculents sont bien plus neutres que les légumes qui ont un goût plus segmentant. Finalement le goût pour les légumes est beaucoup plus tranchant : on aime ou on n’aime pas.

Il y a aussi la couleur. Les féculents sont pour la plupart de couleur claire et neutre. Les légumes sont de couleurs vives : du vert clair au vert foncé, du rouge, parfois même du violet pour le chou rouge (qui n’est pas rouge) ou pour la vitelotte, pomme de terre dont la chair est violette. Là encore, ces couleurs imposent un choix qui n’est pas en accord avec l’évolution psychologique de l’enfance à l’adolescence.

Le sexe de l’enfant peut également avoir un rôle dans sa décision. Le garçon aime le rouge de la viande et la jeune fille les couleurs plus pastel des aliments. Cela peut avoir un rôle dans le choix alimentaire.

L’enfant ne veut pas être contrarié par des couleurs ou des textures qui ne lui laissent pas le choix de son goût. Il peut ajouter du ketchup sur les pâtes, du riz ou des pommes de terre mais pas vraiment sur des haricots verts ou des brocolis. Il crée son mélange mais ne veut pas être bloqué dans ses décisions.

Faut-il attendre que ce rejet passe sans intervenir ?

Entre deux et cinq ans il n’y a pas de raison d’intervenir et forcer l’enfant à manger des aliments qu’il n’apprécie pas. Beaucoup d’adultes ont ce souvenir d’avoir été forcé à finir leur assiette avec des aliments rejetés et n’avoir jamais pu au cours de leur vie, même s’ils en avaient le désir, regoûter de ces aliments.

Comment modifier ce comportement alimentaire de rejet s’il existe ?

Le goût comprend une partie innée et une partie acquise qui se réalise au travers d’un apprentissage tout au long de la vie. C’est souvent la rencontre avec un aliment nouveau qui va déclencher le plaisir ou le rejet mais quand il y a rejet, on peut faire évoluer ce goût vers l’acceptation et pourquoi pas le plaisir.

La méthode consiste à présenter une quinzaine de fois en trois à quatre mois, le même aliment cuisiné dans les mêmes conditions, que l’on fait goûter à l’enfant en lui interdisant de le manger. Il doit alors donner une note de goût de 0 à 10 sur une échelle analogique pour qualifier la sensation qu’il ressent. Dans la plupart des cas, l’enfant pourra s’apercevoir que le goût pour un aliment qu’il n’aimait pas se modifiera dans le bon sens. Parfois même cela devient un aliment qu’il adorera consommer régulièrement. Il est possible d’utiliser cette méthode également à l’âge adulte.

Parfois la méthode échoue car on a utilisé pour le premier aliment un de ceux que l’enfant détestait le plus. Il faut choisir un aliment qu’il n’aime pas sans qu’il soit rejeté fortement. Certains aliments ne sont pas acceptables et le resteront malheureusement toute la vie.

Faut-il avoir une politique publique d’incitation à manger des légumes ?

Certainement oui. Et pour deux raisons principales : manger est un acte social, et le « bien manger » est une norme sociale.

Les légumes sont indispensables pour la santé de l’individu. Le rôle des antioxydants des légumes est multiple : rôle immunitaire, protection contre certaines affections comme certains cancers, amélioration de la vie du microbiote intestinal et de la fonction digestive…

Mais les moyens utilisés pour influencer le comportement ne sont pas encore bien clairs. Expériences et évaluation sont indispensables pour en savoir un peu plus dans ce domaine.

Par Patrick Serog

Patrick Serog (2)Mieux connaître Patrick.

Contenus libres de droits. PDF à télécharger : OCPop_PSerog_FaceAuxLégumes

Festival des Cuisines Pop’ulaires

Affiche Festival VDLesieur a soutenu le Festival des Cuisines Pop’ulaires qui s’est tenu à Asnières-sur-Seine, Place Freycinet dans les Hauts-de-Seine (92600). Les 13, 14 et 15 mai 2016. 

« Vous avez une recette de cuisine dont vous êtes très fiers ? Venez la partager pendant le Festival des Cuisines Populaires ! Inscrivez-vous sur www.festivalcuisinepop.fr »

C’est par cette annonce diffusée sur plusieurs circuits de la ville d’Asnières que les asniérois ont été invités à participer à cette première édition d’un Festival réalisé en partenariat avec la ville, l’APES (association de développement social et urbain du pôle immobilier d’Astria) et l’entreprise Lesieur, dont le siège social est justement à Asnières et qui par cette action illustre une fois de plus son intérêt pour la transmission des pratiques culinaires et la promotion de la cuisine de tous les jours.

Valoriser la cuisine de tous les jours et créer du lien social  

Le Festival des Cuisines Pop’ulaires a pour vocation de récompenser la cuisine de tous les jours ; la cuisine dont on est fier, car préparée pour sa famille, partagée entre amis.

Le Festival des Cuisines Pop’ulaires veut mettre à l’honneur les recettes choisies par les participants, une initiative concrète qui doit s’inscrire dans la durée en espérant que cette édition soit la première d’une longue série.

festival cuisines populaires asnières 022Au-delà de la valorisation des femmes dans les foyers et de la transmission des compétences, au-delà de la création d’un moment festif autour du quotidien, ce Festival crée du lien social et valorise une action locale dans un quartier populaire d’Asnières. En outre, il souligne la complémentarité interculturelle et intergénérationnelle de la cuisine populaire et met en avant la créolisation de la cuisine française.

Un mouvement citoyen

L’initiative vient de l’association Bleu Blanc Zèbre, présidée par l’asniérois Guillaume Villemot et fondée par l’écrivain-cinéaste Alexandre Jardin. Elle se veut un mouvement citoyen privilégiant les actions autour des thématiques de l’éducation, de l’accès à l’emploi, en sollicitant différents partenaires, élus, associations, entreprises et citoyens pour « revitaliser » ensemble nos quartiers par des agissements de terrain.

Modalités de participation des Asniérois

La seule condition pour participer était de s’inscrire en binôme : un adulte et un enfant.

Inscriptions à déposer soit à la Médiathèque Alexandre Jardin, 107 rue Emile Zola à Asnières soit sur le site internet dédié : www.festivalcuisinepop.com

 

Un festival haut en couleur du 13 au 15 mai

festival cuisines populaires asnières 074Enfin, convivialité oblige….les participants ont pu partager leurs recettes avec les Asniérois lors du week-end du 13 au 15 mai 2016 et échanger astuces et savoir-faire avec les chefs présents. Les commerçants d’Asnières étaient également invités à mettre en avant le Festival des Cuisines Populaires en aidant les participants dans la réalisation de leur recette. Un vrai moment de gourmandise, de joie et de générosité. De 11h30 à 14h : les participants emmenaient leurs plats, le chef Lesieur et les autres participants les goûtaient.

 

Des animations dans une cuisine mobile Lesieur pour fédérer  

IMG_0724LESIEUR avait installé une cuisine mobile avec à son bord le Chef Damien qui, de 14h à 16 h, effectuait des petites bouchées originales et les offrait au public. Et pour finir, le chef proposait chaque après-midi des cours de cuisine à des enfants enthousiastes, ravis de préparer des pâtisseries, et aussi, et surtout de les déguster !

 

Un livre de recettes pour mieux transmettre ces recettes et savoir-faire

En participant à cet évènement, les asniérois verront leurs recettes publiées dans le livre qui sera édité à l’issue du Festival des Cuisines Pop’ulaires. Livre disponible dès la fin de cette première édition.

Nous souhaitons longue vie à ce Festival !

Par Diane Galland. Mieux connaître Diane.

Tous nos contenus sont libres de droits. Téléchargez le PDF : FestivalDesCuisinesPopulaires_DGalland_OCPop

Cuisine populaire et cuisine de voyage

Cuisine populaire et cuisine de voyage: j’emporte quoi à manger quand je voyage ?

CuisineVoyageJ’ai des souvenirs de voyages à l’époque où les voitures n’avaient pas la clim et où le réseau autoroutier n’était pas encore aussi dense. Ils duraient des heures et nous nous arrêtions souvent.

Ma mère prenait le temps, en plus de la préparation des bagages, de remplir un sac de victuailles telles que des œufs durs, des sandwichs, des fruits, etc.

 

Aujourd’hui, l’offre dans les gares et les stations d’essence sur les autoroutes est de plus en plus sexy, parfois qualitative mais aussi de plus en plus onéreuse. Quand vous voyagez à 4 et que vous n’avez pas pris la précaution d’emporter la moindre bouteille d’eau, cela peut facilement vous coûter plus de 10 euros par personne pour un repas beaucoup trop frugal.

Du coup, n’hésitez pas à faire des paniers repas pour nos voyages en voiture ou en train.  Je n’ai pas encore osé faire de même pour l’avion, je crois que c’est un peu plus compliqué. Quel dommage d’ailleurs.

 

J’emporte quoi à manger quand je voyage ?

 

Coté boisson

On privilégie les bouteilles d’eau, c’est moins salissant que les boissons sucrées qui vont en plus vous donner soif et risquent de salir votre voiture et vos vêtements.

Les bouteilles thermos reviennent à la mode et ont pris un sacré coup de jeune. Quel plaisir de pouvoir boire un bon café quand on est parti à l’aurore de la maison. Cela donne un coté très vintage aux voyages, non ?

 

Les en-cas

Si vos enfants sont jeunes ou qu’il fait chaud, le secret est d’éviter tous les biscuits au chocolat, ceux qui sont gras, collants ou qui font des miettes. Rien de pire que de salir sa voiture ou les sièges du train, ce n’est pas sympa pour ceux qui arrivent après, ni pour ceux qui nettoient.

On opte plutôt pour des biscuits ou des gâteaux maison comme un quatre quart, des madeleines ou des sablés ou les grands classiques du commerce, comme le petit beurre. Certaines marques en font de délicieux, c’est le moment de faire découvrir à vos enfants les trésors du patrimoine de la gastronomie française.

Les fruits, c’est très bien aussi. On évite tout de même la banane qui s’abime toujours dans les sacs et qui dégage une odeur trop forte. Le mieux reste la bonne vieille pomme ou les abricots. Si vous prenez des pêches ou des nectarines, l’idéal est quand même de les couper avant de partir, je ne connais personne capable de manger une pêche proprement en voiture.

Pensez aux fruits secs comme les amandes ou les noisettes ou les fruits séchés comme les figues ou les abricots, ils sont parfaits pour combler un petit creux et ils ne sont pas salissants.

 

Le plat

Le sandwich reste une évidence mais tout le monde ne les apprécie pas. Il est tout à fait possible d’emporter un plat en voiture ou dans le train. Misez sur des choses faciles à manger avec une simple fourchette ou une cuillère.

Partez sur une base de céréales, comme des pâtes, du riz, du blé, etc., ajoutez des légumes grillés ou des crudités (dés de tomates et/ou dés de concombre) et des protéines, comme du poulet coupé en dés, du poisson fumé ou du jambon.

Pour que le plat soit agréable à manger froid, traitez-le comme une salade en y ajoutant une vinaigrette légère quand les céréales sont encore chaudes.

Ajoutez éventuellement des dés de fromage pour un plat encore plus copieux.

Si vous ne mangez pas de viande, optez pour un mélange de céréales et de légumineuses (pois chiches, lentilles, etc.) pour faire le plein de protéines.

Pour le dessert, on suit les mêmes règles que pour les en-cas.

 

Les petits plus

Des serviettes en papier, du produit pour se désinfecter les mains et des sacs qui peuvent faire office de poubelle.

Je vous souhaite un bel été et de beaux voyages gourmands !

Contenus libres de droits. PDF à télécharger : CuisinePop&Voyage_PWeeks_OCPop

Pascale WeeksPar Pascale Weeks. Mieux connaître Pascale.

 

« C’était bon! »

Non la fierté n’est pas  ce  qu’attendent les femmes, car c’est  « elles » dont il s’agit en cuisine.

Elles attendent la juste reconnaissance de l’acte adressé au quotidien, elles attendent d’être valorisées et remerciées dans cet exercice en apparence banal mais qui ne l’est, ni dans la réflexion qu’il suppose, ni dans le temps de mobilisation (entre réflexion, courses  et « faire »), ni dans la complexité de l’exercice en cuisine : construire un menu, préparer une recette dans l’ordre, animer et orchestrer un repas, satisfaire chacun …

Elles attendent  un juste retour de cet engagement en terme de mots mais surtout en terme de « Miam » et de plaisirs partagés.

La difficulté aujourd’hui n’est pas liée à l’absence de désir de se mettre en cuisine, femmes et hommes (cf. sondage « Les hommes et la cuisine » de l’Ifop pour Lesieur) le revendiquent, on est donc sorti de ces périodes où il fallait pour s’émanciper et faire évoluer le rapport hommes-femmes, refuser cet esclavage (vivre pour nourrir la famille) qui a pendant des siècles limité l’insertion sociale et professionnelle des femmes.

Il faut aujourd’hui repartir sur une autre conquête, celle de se remettre pour le plaisir en cuisine, et pas avec l’obligation que la génération précédente a fort heureusement envoyée  valdinguer…

Il faut s’émanciper de ce souvenir des mères et grands-mères qui pour se libérer, ont arrêté de cuisiner, ou ont dû  poursuivre la tâche avec contrainte.

Il faut oser reprendre le fouet et battre les œufs, sans casser le souvenir des conquêtes des femmes qui nous ont précédées.

Il faut remettre en confiance les femmes (et à terme les hommes) sur cet exercice du quotidien qui doit être rapide, simple, sympathique ET reconnu, plébiscité, félicité, pour s’affranchir du souvenir des mères en tablier avec des gants mappa…

Il faut rendre fashion, tendance, moderne, ludique la préparation des repas, car l’enjeu aujourd’hui n’est pas tant de nourrir  (on peut manger vite et bien n’importe où) que de faire plaisir et de se retrouver. Le repas restant le meilleur prétexte pour se faire.

Les femmes ont donc d’abord besoin de retrouver la confiance dans les gestes, de retrouver l’envie et confiance  dans leur capacité à improviser, s’amuser, faire simple et régaler.

Notre mission première chez Lesieur est de contribuer à donner des valeurs à cette cuisine de tous les jours,  pour qu’elle tressaute de gaité, et de facilité, de partage et de simplicité.

Le lien gourmand qu’apportent nos produits par leur nature même, est propice à ce partage festif et réinventé.

Les huiles viennent ouvrir le repas en introduisant la recette à chaud comme à froid, les sauces le ponctuent et lui donnent sa touche de personnalité chaque jour différente.

Mais ne nous y trompons pas, cette cuisine quotidienne doit savoir régaler sans rajouter du temps au temps, elle peut être généreuse et simple, roborative et équilibrée, faite maison et assemblée.

Cuisiner les aliments bruts comme on l’entend si souvent est un must qui a son prix (coût et temps), au quotidien, c’est de cuisine maline dont on parle, celle qui associe brut et déjà prêt, ce mix entre le frais et l’épicerie, entre le fond de placard et le sorti du frigo ou du congélo, l’astuce est reine, la combinaison est une alchimie ludique, et qui doit rester rapide pour éviter toute lassitude.

Rien de banal pour autant,  et au final, ce sera le geste, l’idée, l’association qui sera récompensée par la satisfaction non pas de la chaise vide, mais de l’assiette vidée…

 

ValérieBusson2Par Valérie Busson

La cuisine populaire vue par Marcel Rufo

PhotoMRufo

Marcel Rufo, pédopsychiatre reconnu, a consacré deux de ses chroniques (ici et ) à la cuisine au printemps dernier sur France-Inter, l’occasion pour l’OCPop de le faire répondre à son questionnaire sur la cuisine populaire.

 

 

1/ Qu’évoquent pour vous les mots cuisine populaire et qu’est-ce que pour vous, la cuisine populaire ?

Je dirais qu’il faut connaitre son enfance comme la cuisine. Pour moi, ce goût de l’enfance c’est la Cima alla genovese, la poitrine de veau farcie de Ligurie. Quand je mange ce plat, je suis fidèle à mes racines, le meilleur de mes racines, et ne voyez aucune idée poujadiste – que je déteste – dans cet aveu.

Vous savez, les fœtus sont culturels, ceux qui ont connu dans leur vie intra-utérine l’ail ou pas, ceux qui ont connu l’anis ou pas, dans leur vie future, aimeront ou n’aimeront pas ces aliments.

La cuisine populaire est une cuisine qui est proche du marché, celle des primeurs. Mais je crains que cette relation directe aux producteurs puisse disparaître, sauf peut-être avec des fruits à durée de vie brève, comme les cerises ou les figues, les fraîches, qui par leur fragilité maintiennent la relation entre producteurs et consommateurs. La cuisine populaire est une cuisine qui mange la proximité du terroir où l’on vit.

2/ Que proposez-vous, comme images, comme souvenirs, comme goûts pour évoquer la cuisine populaire, votre cuisine populaire ?

J’irais au-delà de mes souvenirs pour parler de souvenirs qui se fabriquent aujourd’hui. Le goût se forme et nous devrions l’utiliser en école maternelle, l’utiliser comme vecteur d’intégration et de découverte. Imaginez ce qu’un curry masala de la population comorienne marseillaise pourrait engendrer. Un apprentissage des cuisines populaires de la France d’aujourd’hui.

Détail médical, une partie des allergies alimentaires d’aujourd’hui sont dus au drame d’une intégration trop normative.

3/ Racontez-nous un plat, un repas, une fête, qui selon vous, représente cette cuisine populaire.

C’est tellement personnel qu’on a envie de la garder secrète cette cuisine populaire. Et elle se joue sur des détails : vous savez lorsque nous poivrons un plat, chacun a ses repères, millimétrés, du plus ou du moins.

C’est peut être facile de le dire mais la cuisine a rapport à la sexualité. Dans les images, dans sa symbolique et dans la manière dont nous pouvons la partager.

Ainsi les peuples sont typiques de leur cuisine. Il y a quelques jours j’étais sur l’île d’Elbe, je voulais à tout prix manger de la torta di ceci (galette de pois chiches propre à la Toscane et à l’île d’Elbe). C’était une manière pour moi de manger avec le peuple de cette île, tout comme je mange de la cade toulonnaise ou de la socca niçoise. Etre d’une cuisine, c’est être d’une nation. Fernand Braudel disait «on n’a pas d’avenir si on n’a pas de passé» et la cuisine a une part prépondérante dans  la construction de ce passé.

4/ En quoi est-il compliqué d’évoquer ou de partager un goût que l’on pense propre à son expérience personnelle ?

C’est un passeport pour le monde à partir du moment où on est parti à la conquête de sa cuisine, nous pouvons partir à la découverte des cuisines autres. Tu ne vas pas aimer le fish & chips, si ta mère ne t’a pas fait manger du merlan quand tu étais petit.

5/ Pour vous, cette cuisine populaire est-elle intime ou est-elle une ouverture au monde, à la curiosité ?

Avec la polémique sur la viande halal ou dans les réactions que provoquent les produits casher, nous voyons bien l’importance de la cuisine comme référent identitaire. Il ne faut pas oublier que dans la cène c’est un juif palestinien, le Christ, qui rompt le pain, un geste si structurant de nos cultures. Longtemps les scientifiques ont méprisé les aliments et la cuisine, pourtant aujourd’hui elle est replacée au centre des préoccupations médicales.

Sur Marseille, nous avons en fait une enquête auprès de foyers en situation de précarité, une chose à remarquer, 0% de cas d’anorexie et 12% de surpoids. La cuisine est bien sur un enjeu social.

6/ Selon vous, en quoi la cuisine populaire peut-elle présenter un enjeu social, culturel, politique ou agricole?

Les marchés sont au centre de la pratique de la cuisine populaire. Il faudrait remettre au goût du jour les marchands des quatre saisons.

Le boulanger est quand même un type qui ne dort pas pour faire notre pain. C’est  symboliquement très fort. Surtout  que l’odeur du pain frais au petit matin peut te sauver de la migraine. C’est ce tissu social fait d’odeurs et de proximité qui remet la cuisine populaire au centre de nos préoccupations alimentaires.

Cette sociabilité ce sont les petits commerces, les marchés, la relation directe avec les producteurs.

7/ Comment pourrions-nous remettre la cuisine populaire de tous les jours au centre des préoccupations alimentaires d’aujourd’hui, avez-vous des idées pour mettre en avant la cuisine populaire ?

Pour moi ce sont des plats de fêtes à l’origine assez populaires qui sont devenus des préparations de riches. Je pense à la langouste à l’armoricaine de ma grand-mère, c’est un plat qui me rend fou. Il y a aussi le stockfisch cuisiné avec des patates, des cœurs de fenouil et de l’huile d’olive. L’aïoli aussi. Tous ces plats sont devenus trop chers. J’allais oublier le saint-pierre à la toulonnaise avec un lit de citron, assaisonné de câpres au sel, accompagné de patates. Aujourd’hui tous ces plats sont chers, voire rares, pourtant ils sont inscrits dans un univers culinaire et populaire.