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Redonner de la valeur à l’alimentation

 

food-summer-party-dinnerEn quelques années, la lutte contre le gaspillage alimentaire est devenue une exigence majeure. De nombreuses initiatives ont vu le jour : assouplissement des normes de calibrage des denrées agricoles, réflexion sur les dates de péremption des produits, récupération au profit des associations d’aide alimentaire, actions en restauration collective et commerciale, orientation des produits non consommables par l’homme vers l’alimentation animale, le compost ou la méthanisation, etc.

Ces réponses sont nécessaires… mais pas suffisantes ! Elles sont en effet essentiellement « techniques » alors qu’elles devraient être aussi de nature « culturelle », c’est-à-dire viser un changement de mentalités. Et en particulier, permettre au plus grand nombre de (re)donner toute leur valeur aux aliments.

Cette question de la valeur est fondamentale. Car que gaspille-t-on en réalité ? A l’évidence ce qui, à nos yeux, revêt peu de valeur. Ce qui est aujourd’hui le cas, pour une très large majorité de Français, de l’alimentation. Les évolutions, depuis le début des années 1950, du « système alimentaire » et plus largement de la société ont en effet contribué au déclin des valeurs traditionnellement attribuées aux aliments.

En tout premier lieu, le passage de la pénurie à l’abondance nous a fait oublier la valeur vitale – au sens littéral du terme – de la nourriture. Parallèlement, sa valeur monétaire n’a cessé de se réduire (la part des dépenses alimentaires totales est passée de 36 % du budget familial en 1959 à moins de 20 % aujourd’hui). Dans le même temps, la valeur sociale (davantage de mangeurs solitaires) et la valeur humaine associées à l’alimentation ont fortement décliné : le fait de ne plus connaître les personnes ayant contribué au repas servi à la cantine ou à la barquette de plat cuisiné accroît la propension au gaspillage (on jette moins facilement les restes du plat préparé avec amour par un être cher).

Plus profondément, les aliments ont aussi perdu leur valeur identitaire. L’aliment industriel contemporain est devenu, pour le mangeur, un bien de consommation à l’identité floue (que contient-il ? d’où vient-il ? qui l’a produit ? et comment ?). Dans une enquête récente, 1 Français sur 2 exprimait le sentiment de « ne plus savoir ce [qu’il] mange ». Or, il est difficile d’attribuer de la valeur à un bien qui n’a pas une identité claire. Et ce qui n’existe pas vraiment peut plus aisément disparaître dans une poubelle.

Avec la standardisation et la mondialisation, l’aliment moderne a aussi perdu sa valeur culturelle et symbolique (les savoir-faire anciens, les traditions culinaires, les habitudes alimentaires locales, les terroirs… qui, autrefois, étaient « incorporés » dans les aliments). Quant à la valeur sacrée de la nourriture, elle n’a pas résisté, dans les sociétés occidentales, au déclin de la religion.

Pour réduire le gaspillage de nourriture, il conviendrait donc de redonner de la valeur et du sens à l’acte alimentaire et aux aliments. Cela passera par :

  • l’acquisition, par le plus grand nombre, d’une culture alimentaire : connaissance de l’origine géographique et de l’histoire des aliments, de leurs techniques de production agricole et de fabrication, des femmes et des hommes qui contribuent à leur élaboration ;
  • le développement de compétences pratiques : savoir cultiver des légumes, choisir les bons produits, cuisiner, manger « en pleine conscience » ;
  • la (re)découverte du plaisir de manger : satisfaction des sens et convivialité du repas partagé.

Consommer ensemble des aliments savoureux, sains et chargés de valeurs positives est sans doute une des voies les plus prometteuses pour réduire, en amont, le gaspillage de nourriture. Les agriculteurs qui, avec raison, déplorent souvent le prix scandaleusement bas auquel ils trouvent leurs produits dans les grandes surfaces, pourraient être le fer de lance – et les bénéficiaires – de cette reconquête de la valeur de nos aliments. Et, partant, de la lutte contre le gaspillage.

Eric BirlouezPar Eric Birlouez. Mieux connaître Eric

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Les soupes solidaires d’ANDES

soupesOCPop : Comment est née l’idée d’un atelier de fabrication de soupes à Andes?

Guillaume Bapst, Directeur d’ANDES : « L’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires gère un centre de tri et de lutte contre le gaspillage sur le Marché d’Intérêt International de Rungis, qui est le plus gros marché de frais du monde. Grâce à ce centre de tri, Andes livre 2 000 tonnes de légumes et de fruits frais aux associations d’aide aux personnes en situation de précarité. Ces 2 000 tonnes sont issues d’invendus et de récupération valorisés à 52 %, car il faut trier et retirer les fruits et légumes abimés pour livrer des produits parfaits pour la distribution et la consommation. Les fruits et légumes trop abîmés pour être remis dans le circuit rejoignent la gestion des déchets des marchés de gros.

L’idée initiale d’Andes était de valoriser une partie de ces 48 % destinés aux déchets. Certains de ces fruits et légumes sont bien souvent mis de côté compte tenu de leur incapacités à être transportés car trop mûrs ou fragiles. Pourtant, ils sont parfaitement consommables. Pour éviter au maximum le gaspillage, Andes a tenté de les utiliser en soupes ou en jus de fruit, en créant un atelier de transformation.

Malheureusement, ce type d’approvisionnement est par définition fluctuant et compliqué à gérer pour fabriquer en quantité. Nous avons été un peu déçus de ne pas poursuivre dans cette voie. En revanche, nous avons poursuivi notre idée d’atelier d’insertion de transformation et nous l’avons rentabilisé en achetant tout simplement des fruits et des légumes directement auprès de petits producteurs bio. Il a été ainsi possible de répondre au cahier des charges de la distribution. Nous étions sûr de la provenance grâce au cahier des charges bio et surtout, nous pouvions mettre en place une production stable et continue.

Aujourd’hui, ces soupes sont commercialisées à la Ferme de Gally, en co-branding ou co-marquage chez Monoprix Île-de-France et sous la marque d’Andes, Le Potager de Marianne chez Carrefour Île-de-France.

Notre atelier de production à Rungis est une entreprise d’insertion sociale professionnelle. Les publics en insertion sont des personnes orientées par Pôle Emploi qui présentent de multiple freins à l’embauche : problème de langue, difficulté à travailler, santé, chômage de longue durée. Grâce à ce projet, ils retrouvent du travail plus rapidement : 80% retournent à l’emploi en 11 mois, sachant que la moyenne nationale est de 29% à deux ans. C’est une réussite pour nous.

Notre prochain projet est de valoriser les 48% de produits inutilisés, en compost pour fournir la ferme d’insertion sociale, La Grande Maison, gérée par Andes dans l’Orne. Le slogan que nous avons imaginé pour nos soupes est « Trois fois bons : bon au goût, bon pour l’homme qui retourne au travail et bon pour la nature puisque c’est bio ! »

Propos recueillis par Eric Roux.

Guillaume-Bapst.-2-docx1-300x241Par Guillaume Bapst. Mieux connaître Guillaume.

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Le doggy bag débarque en France et ça m’agace

Par Pascale Weeks

PW_Doggy BagDepuis le 1er janvier 2016, le gouvernement français recommande fortement aux restaurateurs qui servent plus de 180 repas par jour de proposer à leurs clients un « doggy bag », afin de pouvoir emporter les restes de leur repas dans une boite, fournie par le restaurant.

L’objectif est de limiter le gâchis alimentaire, véritable fléau de notre société et pour le gouvernement de responsabiliser les restaurateurs à trier et à valoriser leurs déchets lorsqu’ils produisent plus de 10 tonnes de biodéchets par an, soit environ 180 couverts par jour.

Cette manière de faire est courante aux Etats-Unis depuis des lustres mais ce sont les consommateurs qui l’on exigée et non pas le gouvernement.

Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement vient alourdir la réglementation avec cette histoire de doggy bag et ça m’agace car je ne pense pas que l’on va ainsi réduire le gaspillage.

Les restaurateurs sont déjà soumis à de nombreuses réglementations et paient beaucoup de charges. Ont-ils besoin de cette réglementation pour limiter le gaspillage, auquel ils sont déjà attentifs pour ne pas perdre d’argent ?

Aller au restaurant, c’est une fête, le plaisir de se faire servir, de manger des choses que l’on ne cuisine pas à la maison et d’être avec des amis. Ce n’est pas un plaisir que la plupart des français ont envie de rapporter à la maison.

Cette réglementation risque même d’avoir l’effet inverse : le consommateur ne va-t-il pas exiger des parts plus importantes afin de pouvoir en faire un second repas à la maison ?

La logique voudrait plutôt que l’on commande selon sa faim, non ?

Si vous n’avez pas une faim d’ogre, vous n’allez pas systématiquement choisir le trio entrée, plat ET dessert. Je ne parle même pas du plateau de fromage qui n’est plus monnaie courante de nos jours. Les portions en France sont plutôt raisonnables et si un jour vous ne terminez pas votre assiette, vous allez, certes, pouvoir demander un doggy bag.

Chouette, mais mon petit doigt me dit que dans 50% des cas, la boite va terminer à la poubelle, par oubli, négligence ou parce que les quantités ne sont pas suffisantes pour faire un repas complet.

C’est alors la double punition : le restaurateur s’est déchargé de sa responsabilité sur vous, vous allez culpabiliser et en plus, vous allez jeter un emballage qui n’est peut-être même pas recyclable.

À mon sens, le doggy bag n’est pas la solution au gaspillage alimentaire mais un coût supplémentaire pour le restaurateur et un casse-tête au niveau du service.

Il serait plus intelligent de permettre une souplesse au niveau des commandes. Il m’arrive quand je n’ai pas assez faim, de commander deux entrées au lieu d’une entrée et d’un plat et je n’ai jamais eu de problème. Cela permet de découvrir la cuisine du chef, tout en finissant son assiette.

Pourquoi ne pas proposer des demi plats ou, pour les grandes tablées, des cocottes de plats uniques dans lesquelles chacun se servirait selon sa faim ?

C’est aussi au restaurateur, s’il voit que la plupart de ses clients ne terminent pas leurs assiettes de diminuer ses portions.

La seule chose qui me chagrine souvent dans les restaurants est quand je vois les corbeilles de tranches de pain posées systématiquement sur les tables. Je me demande toujours ce qu’il advient au pain coupé et non consommé. Il m’est arrivé de vouloir emporter une tranche ou deux pour mon petit-déjeuner lorsque le pain est bon, mais je n’ai jamais osé le faire.

Et vous, le doggy bag, vous êtes pour ou contre ?

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Un café, l’addition et un doggy bag !

shutterstock_312787247Depuis le temps que l’on entend dire que nous nous « américanisons » chaque jour un peu plus. Le phénomène s’entend dans nos conversations, se lit dans nos mails, se voit dans le choix de nos vêtements et de nos « sneakers ». Mais aussi dans nos assiettes. Après la multiplication des boissons de Coca-cola et la déferlante de burgers, une nouvelle étape vient d’être franchie : l’apparition des doggy bags. Il fallait bien que cela arrive.

Désormais, un repas pourra commencer par des amuses-bouche et se finir en doggy bag car depuis le 1er janvier 2016, la loi sur les biodéchets recommande fortement aux restaurants servant plus de 180 couverts par jour de proposer un doggy bag pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Avec 14% de déchets alimentaires produits chaque année uniquement par les restaurants, la mesure n’est pas totalement incongrue.

La bonne conscience de clients de plus en plus « responsables » et désireux d’agir pour les autres ou la planète n’a pas été oubliée non plus. En effet, le puritanisme américain n’est pas loin.

Photo_GaspillageAlimentaire_OCPOPLe mot « doggy bag » ? Il est peut-être temps de commencer à réfléchir à une adaptation française de la chose. Demander à des designers de tous poils s’ils n’ont pas une petite idée ? En attendant, pour favoriser ce qui doit devenir un réflexe, la ville de Paris a pris les devants en proposant à une centaine de restaurants une « box antigaspi » accompagnée d’un autocollant signalant l’opération.

Tous les plats de la carte ne seront sans doute pas « rapportables » à la maison, mais l’intention est là. D’ailleurs, pourquoi ne pas prévoir de mentionner sur les cartes les plats « doggy bags compatibles » ?

Comme toute nouveauté, les doggy bags vont autant venir impacter nos habitudes que nos imaginaires. Ils sont tout d’abord la matérialisation des excès de notre belle société de consommation. Le signe d’une inadaptation de l’offre à la demande qui vient nous murmurer qu’il est temps de revoir notre modèle. Comme la présence de containers en ville ou d’indicateurs de pics de pollution, il faut toujours un instrument de mesure pour favoriser les prises de conscience.

La généralisation des doggy bags offre aussi aux restaurateurs l’opportunité de prolonger hors de leurs établissements l’expérience qu’ils proposent à leurs clients. Une première pierre dans le jardin marketing, encore en friche, de « l’après consommation » qui pourrait rapidement devenir stratégique. Pourquoi ne pas glisser dans le « doggy bag » une recette, un petit mot, une suggestion pour réchauffer un « reste » ou l’accompagner ? A quand une collection « cuisinez avec votre doggy bag » ou une gamme de sauces et d’aides culinaires pour accompagner les contenus des doggy bags ?

Nouveau rituel, nouvelle relation, nouvelles attentes, nouvelles offres, les doggy bags n’ont pas encore révélés tout ce qu’ils avaient dans leur sac…

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Portrait_PDuchemin Par Patrice Duchemin. Mieux connaître Patrice

Frigo de rue

constat

La réalité est aujourd’hui dans tous les esprits. Nous consommons trop et nous gaspillons trop. Nos poubelles sont pleines quand de plus en plus de gens sont à la peine. Comment répondre à cette prise de conscience qui a fait naître le mouvement des Freegan dont l’objectif est de récupérer dans les poubelles tout ce qui peut être récupérable ou encore cette initiative récente de la part de l’école de cuisine Ferrandi qui consiste à envoyer ses élèves à bord d’un food-truck avec pour mission de sélectionner des invendus alimentaires et de les transformer en mets gastronomiques contre dix euros ?

A Berlin, grâce au site de lutte contre le gaspillage alimentaire Foodsharing, plusieurs dizaines de réfrigérateurs sont déjà mis à disposition pour permettre à chacun de déposer des aliments qu’il ne consommera pas. Certains sont placés dans les parties communes des immeubles et sont disponibles 24h/24, d’autres sont gérés par des commerçants pendant leurs heures d’ouverture. On peut y placer les «beaux» restes d’un dîner entre amis qui risque de se perdre ou d’un cocktail d’entreprise ou encore la cueillette de fruits ou de légumes faite à la campagne… Une seule règle à respecter : pas de produits dont l’emballage est déjà ouvert ou dont la DLC est dépassée.

spot1En France, l’association Partage ton frigo développe la même idée en proposant des kits (sachets, étiquettes) et un guide indiquant où mettre en ligne ses excédents alimentaires pour les proposer aux internautes de son quartier.

Après le partage d’appartements, de voitures ou de machines à laver, voici maintenant le partage de nourriture. Le principe est à chaque fois le même : permettre à chacun d’affirmer sa solidarité et sa volonté de vivre de façon plus responsable tout en favorisant les échanges et les rencontres. L’expérimentation  personnelle au service de l’intérêt collectif.

Une ambition rendue possible par l’efficacité des nouvelles technologies et des réseaux sociaux qui permettent à toute intention de devenir mouvement. Incarnation d’un combat contre le gaspillage alimentaire, foodsharing.com et Partage ton frigo viennent aussi confirmer le désir d’une génération d’inventer de nouvelles règles en rupture avec les habitudes que leurs aînés répètent depuis une cinquantaine d’années.

hacktonfrigoConséquence ? De nouvelles manières de consommer émergent, mais également, plus inattendue, une nouvelle géographie urbaine, marquée par l’apparition de «zones de solidarité» où les habitants sont prêts à partager ce dont ils disposent. Certaines rues ou quartiers doivent aujourd’hui leur notoriété à la présence d’un restaurant, d’une épicerie ou d’une boulangerie réputés. Demain, ce sera peut-être en raison de la générosité de ses habitants…

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Portrait_PDuchemin

Par Patrice Duchemin. Mieux connaître Patrice. 

Gaspillage: et si on utilisait mieux nos fruits et nos légumes ?

 

Chronique#5_PWeeksA une époque où l’on est de plus en plus sensibilisé au bien de la planète et à nos finances, c’est presque une obligation de jeter le moins possible, à commencer par nos fruits et nos légumes.

Ne venez pas me dire que c’est un truc de bobo et que c’est tendance. Nos grand-mères le faisaient tout naturellement. Jamais il ne leur serait venu à l’idée de jeter des fanes de carottes ou un pied de brocolis ou de chou-fleur.

Nous voilà quelques décennies plus tard à réapprendre des manières de faire et des gestes qui faisaient partie du quotidien. En chemin, il est fort probable que la transmission se soit perdue.

 

Heureusement, il n’est jamais trop tard.

La prochaine fois que vous préparez des fruits et des légumes, observez toutes les parties que vous jetez et demandez-vous ce que vous pourriez bien en faire plutôt que de les jeter.

Pour vous aider, voilà toute une série d’astuces.

Je tiens à préciser avant de démarrer que ces astuces nécessitent d’avoir des légumes cultivés de manière raisonnable.

Les fanes des légumes

On peut en faire des tas de bonnes choses en passant par le velouté tout simple, les petits flans, les quiches, le pesto ou des dips préparés avec un fromage blanc.

Pour cela, ciselez vos fanes puis faites-les cuire à la vapeur avant de les utiliser, elles vont donner du caractère à votre cuisine.

Ça marche avec des fanes de carottes, de radis ou de navets nouveaux.

Les épluchures des fruits et des légumes

Vous pouvez en faire des chips, aussi bien avec les épluchures de légumes, comme les carottes ou les pommes de terre même si la pomme de terre n’est qu’un légume au sens botanique du terme mais aussi avec les épluchures de pommes. Utilisez ces dernières en infusion dans un sirop, cela donne beaucoup de goût.

Avec les tomates, vous pouvez faire sécher la peau et en faire une poudre qui va renforcer le goût de vos préparations à base de tomates. On appelle cela le sablon de tomates.

Vous pouvez utiliser aussi les épluchures des asperges blanches. Pour cela, mettez-les dans une casserole, recouvrez-les d’eau, faites mijoter une quinzaine de minutes puis filtrez. Gardez la moitié de cette eau au frais, faites cuire vos asperges dans la seconde partie puis stoppez la cuisson de vos asperges en les plongeant dans la partie fraiche. Cela permet de ne pas perdre le goût des asperges en les cuisant.

Vous pouvez aussi faire infuser les épluchures d’asperges dans de la crème liquide pour la parfumer ou vous en servir pour faire un bouillon.

Petite curiosité 

Saviez-vous qu’au Québec, on fait une gelée et une eau de fraises avec les queues des fraises ?

Les pieds des légumes

Vous savez, c’est cette chose que vous jetez allégrement quand vous préparez du brocoli ou du chou-fleur. La prochaine fois, pensez à les peler puis à les couper en dés afin de les faire cuire dans un wok. C’est très bon avec du brocoli. Pour le chou-fleur, je vous conseille de faire cuire le pied comme une pomme de terre, après l’avoir pelé.

D’une manière générale, n’oubliez pas de récupérer toutes les chutes de légumes générées quand vous faites des découpes (julienne, mirepoix, etc.). Gardez-les pour aromatiser des sauces, comme la sauce bolognaise ou pour en faire des soupes.

Avec les feuilles de betterave ou les feuilles de navet

Quand les légumes sont jeunes et que les feuilles sont petites, vous pouvez les préparez comme une salade. Plus grandes, faites-les blanchir puis utilisez-les dans une garniture de quiche, de flan ou dans des lasagnes.

Des livres sur le sujet ?

Je vous recommande celui de Sonia Ezgulian : Les Epluchures, 10 façons de les accommoder aux éditions de l’Epure et celui de Sophie Dupuis-Gaulier : Tout Manger de A à Z chez Hachette.

Contenus libres de droit. PDF à télécharger: PWeeks_StopGaspillage

Le gaspillage alimentaire : partage d’expériences

Le gaspillage alimentaire, on en parle chaque année, mais qu’en est-il vraiment ? Au-delà des bonnes intentions, qu’est-ce qui est fait concrètement sur le terrain ? Pour faire face à ce problème où il n’existe pas toujours de solutions miracles, des acteurs s’engagent au quotidien, dans leur métier, dans leur association ou tout simplement chez eux. L’OCPop les a interrogés :

Christiane Lambert est co-gérante d’une exploitation agricole dans le Maine-et-Loire et première vice-présidente de FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles).

Guillaume Bapst, est directeur de l’Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (A.N.D.E.S) depuis 2000. Les Epiceries Solidaires ont pour vocation la mise en place d’une aide alimentaire participative ; elles accueillent des personnes sous conditions de ressources, orientés par les travailleurs sociaux. L’une des actions phares de l’A.N.D.E.S est la valorisation et la gestion des excédents de productions en fruits et légumes.

Nicolas Guilloux, dirige deux centres commerciaux Intermarché dans l’Ain et le Rhône. Il est en charge de la direction marketing qui s’occupe du développement durable de l’enseigne, au sein du groupement des Mousquetaires.

Sur l’année écoulée, retenez-vous une action, une entreprise que vous considérez comme remarquable, exemplaire et reproductible dans la lutte contre le gaspillage alimentaire? « 

Christiane Lambert : Je retiendrais la création de l’association Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires) créée par Jean-Michel Lemétayer au début de l’année 2013. Jean-Michel Lemétayer, (Président de la FNSEA de 2001 à 2010, décédé le 31 juillet 2013) avait contacté toutes les interprofessions, producteurs, acheteurs, distributeurs et abatteurs pour créer une plateforme de toutes les filières afin de gérer ce qui est parfois surproduit. Solaal sert d’interface entre la production et les douze associations nationales habilitées à recevoir des dons en nature comme les Restos du Cœur, l’Association nationale de développement des épiceries solidaires (A.N.D.E.S) ou l’Armée du Salut.

C’est Angélique Delahaye, ancienne arboricultrice, qui en est la présidente. (plus d’infos sur la plaquette « Plaquette – Solaal facilite le don alimentaire »)

Mon fils m’a fait aussi connaître à Bruxelles une initiative intéressante, les Disco soupe. Une initiative réalisable par tout le monde avec un peu de bonne volonté. Le principe est très simple : sensibiliser à la problématique du gaspillage alimentaire à sa façon, en passant le gâchis… à la casserole et en réalisant des distributions de soupes confectionnées à partir de légumes de retrait.

Guillaume Bapst : Je pense simplement à une de nos actions. Depuis plus de 5 ans, avant que tout le monde ne parle de gaspillage alimentaire, l’A.N.D.E.S a mis en place des chantiers d’insertion, sur les principaux marchés de gros français. 

Cette action a trois objectifs : 

  • Rendre accessible de plus en plus de fruits et légumes à des personnes en situation de précarité à travers les épiceries et associations livrées. 
  • Se servir de de ce dispositif pour permettre un retour à l’emploi, bien souvent pérennisé auprès d’entreprises travaillant sur les marchés de gros. 
  • Enfin, agir directement sur ce qui normalement serait gaspillé en étant jeté, en le réintroduisant dans le circuit alimentaire (voir programme sur les MIN d’ANDES). En gros sur 100 kg de fruits et légumes, légèrement abimés et normalement destinés à la poubelle sur un marché de gros, nous arrivons à en récupérer et redistribuer 55 Kg.

Nicolas Guilloux : Notre opération «fruits et légumes moches» est certainement la plus étonnante. D’ailleurs d’autres enseignes de la grande et moyenne distribution ne s’y sont pas trompées puisqu’elles  l’ont reprise. Nous avons fait le constat que le choix des fruits et légumes est conditionné par des histoires de calibrage et pas pour des  raisons de qualité gustative. En fait dans notre système de production tout le monde travaille pour le calibrage et l’aspect des fruits et légumes. 

Nous nous sommes donc demandés si nous ne pouvions pas valoriser ces fruits et légumes moches (20% de la production, même si ça diminue chaque année) en les vendant moins chers aux consommateurs, à peu près 30% de moins que des produits bien calibrés.  

Nous avons fait cette opération sous forme de test début 2014, et nous allons la déployer sur tout notre réseau (1800 points de vente) d’ici la fin de l’année.

« Le gaspillage alimentaire semble intéresser vivement les médias, mais est-ce un sujet populaire, au centre des préoccupations des Français? « 

C.L. : Je dirais que ce n’est pas encore un sujet assez populaire dans les médias. Alors oui, il y a des phrases chocs comme «qui jette un œuf, jette un bœuf», qui présente l’avantage d’interpeller sans culpabiliser. Mais tout de même, il faut juste avoir en tête ces chiffres : 40 kg de produits alimentaires sont jetés par an et par famille, dont 30 kg n’ont même pas été ouverts. 

L’année 2013 a été l’année de l’anti-gaspillage, mais il nous faut continuer ce travail de sensibilisation. La lutte contre le gaspillage alimentaire est une lutte de longue haleine. Sur notre stand, chaque année au salon de l’Agriculture nous accueillons les banques alimentaires pour présenter leurs actions de lutte contre le gaspillage. 

Je crois aussi qu’aujourd’hui les professionnels de la distribution ont fait des efforts. Ils proposent de plus petits conditionnements et de la vente en vrac, qui sont des moyens pratiques de mieux gérer les achats.  

En fait la prise de conscience du gaspillage alimentaire est une question d’éducation. Je viens  d’une famille d’agriculteurs où à table nous mettions dans notre assiette uniquement ce que nous pouvions manger.

 G.B. : Je pense que la prise de conscience et la communication autour du gaspillage alimentaire est le résultat de deux facteurs qui se croisent et auxquels les médias prêtent beaucoup d’attention. D’une part le discours sur l’augmentation et la visibilité des personnes en situation de précarité – des pauvres tout simplement  –  et d’autre part, une diminution importante de l’aide alimentaire au niveau européen. Nous avons cru que nous allions résorber la pauvreté avec tous nos produits mis au rebut, et que ce n’était qu’une histoire de redistribution. Le problème n’est pas si simple, et surtout n’est pas qu’une histoire de vases communicants. Car ce qui est surproduit ne correspond pas forcément à ce qui est nécessaire aux personnes pauvres. Par exemple, il y a trop de conserves et pas assez de produits frais. 

De plus, ce n’est pas parce qu’on veut redistribuer qu’on y arrive forcément. Il faut trier, ré-empaqueter, transporter. Tout ça coûte très cher et n’est pas toujours facile à mettre en place. Enfin, il y a toute une catégorie de produits, compliqués à gérer, car ils ont une conservation très courte : par exemple, la surproduction de repas en restauration collective. Dans ce cas concret,  nous n’avons que deux jours pour reconditionner et distribuer. 

N.G. : Je pense vraiment qu’aujourd’hui le gaspillage alimentaire est un sujet populaire qui va dans le sens des préoccupations des Français. Ce que nous rapporte l’agence de sociologie avec qui nous travaillons (Sociovision), c’est que les Français développent tout ce qui est de l’ordre de la débrouillardise, du système D, et des moyens de ne pas gaspiller de manière générale. Prenons un exemple: cet été (2014) nous remarquons une baisse de l’achat des fruits et légumes dans un contexte de baisse des cours (entre 15 et 20%). Cela veut dire que les consommateurs se tournent vers d’autres système de distribution, mais surtout je pense que l’autoproduction a réalisé une forte poussée cette année (voir l’article « Conserver, une autre manière pour ne pas gaspiller »). C’est un moyen de mieux consommer ou de consommer malin. Il faut que nous soyons intelligents pour inciter nos clients à mieux acheter. 

Mon but est de montrer et de prouver à mes clients que je fais preuve d’initiative pour leur proposer moins cher et meilleur, des produits que je continue à acheter honnêtement aux producteurs.

« Le gaspillage alimentaire est présent de la mise en production à l’utilisation en passant par  la distribution. N’est-ce pas la preuve que par-delà toutes les initiatives personnelles, associatives et militantes, ce gaspillage fait partie intégrante de notre système de production alimentaire? « 

C.L. : C’est l’abondance qui entraine le fait de jeter. 

Ce qui a beaucoup changer c’est le respect que l’on porte à l’alimentation et aux produits alimentaires. Aujourd’hui, tout est à disposition tout le temps, et par conséquent les consommateurs ont moins de retenu à jeter. 

La production de produits alimentaires est sujette à des aléas, souvent induits par les conditions climatiques et les fluctuations d’un marché devenu aujourd’hui mondial. L’offre connaît des pics de production non prévisibles. Il faut donc que les interprofessions et la distribution soient capables de gérer ces phénomènes liés au marché et de réinjecter les surplus en les mettant à disposition d’actions caritatives.

La grande distribution fait d’ailleurs de ces actions éthiques un levier de communication qui valorise leur image. Mais peu importe, le plus important est que cela bénéficie aux associations et surtout aux personnes en situation de précarité.  

Je pense aussi que les évolutions et pratiques de distribution, comme le passage  du « vrai rayon boucherie » au pré-emballé en libre-service, induit plus d’invendus, 7% je crois. Le boucher et son savoir-faire ne sont plus là pour conseiller le consommateur et valoriser découpes et transformations. 

G.P. : Bien sur, tant que nous serons dans une massification de la production, nous serons incapables de prévoir une offre qui répond réellement à la demande. Nous avons essayé au sein des épiceries solidaires de mettre en place, en particulier en faisant du maraîchage, un système de production répondant à la demande vraie et non à la demande imaginée. C’est faisable, mais à une petite échelle. C’est bien l’ensemble de la chaine qui est responsable du gaspillage alimentaire, du champ à l’assiette. Mais ne nous trompons pas, aujourd’hui la prise de conscience de chacun et des consommateurs en particulier est indispensable, car tout simplement, c’est l’utilisateur au final qui gaspille le plus, avec 30% des produits alimentaires jetés.

N.G. : C’est un peu plus compliqué. Je pense qu’aujourd’hui le maître du jeu est le consommateur. Il est capable de dire «je suis capable d’acheter beaucoup plus que je ne peux consommer». Nous pourrions le dire autrement «le consommateur est capable d’acheter trop, moins cher, au lieu d’assez, au prix habituel». Avec ce raisonnement évidemment, la lassitude d’un produit et la date limite de consommation peuvent entraîner du gaspillage. Pour aller dans votre sens, notre système est encore trop basé sur le prix des produits alimentaires plus que sur la satisfaction des besoins des consommateurs en juste quantité.

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Cours de cuisine sur les marchés parisiens

 

©Henri Garat / Mairie de Paris

©Henri Garat / Mairie de Paris

Par Olivia Polski. Élue adjointe à la Maire de Paris, chargée de toutes les questions relatives au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et indépendantes.

 

 

 

 

1. En quoi consistent concrètement les cours de cuisine proposés sur les marchés parisiens ?

Il s’agit de cours gratuits organisés par la Fédération Française des Cuisiniers Amateurs (FFCA). Ils sont  dispensés par des chefs amateurs qui réalisent des recettes à base de produits du marché et de saison achetés auprès des commerçants du marché.

2. Comment est née cette idée ?

©Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris

©Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris

Les cours ont été mis en place en 2010 à l’initiative d’un des délégataires de nos marchés qui l’avait proposé dans le cadre des animations à prévoir par ces derniers dans la Délégation de Service Public (DSP) de gestion des marchés. L’expérimentation ayant porté ses fruits, la Ville de Paris a décidé de généraliser ces cours sur tous les marchés découverts alimentaires.

Afin de permettre aux 71 marchés découverts parisiens d’en bénéficier, ce sont chaque année des marchés différents qui accueillent ces cours. En 2014, il a été prévu d’organiser 33 interventions de la FFCA sur les marchés avec 3 sessions à chaque intervention.

3. Pour quelles raisons orienter les cours de cuisine sur le thème de la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Dans un premier temps, nous avons souhaité sensibiliser les parisiennes et les parisiens aux bienfaits nutritionnels de la consommation de fruits et légumes et plus particulièrement de fruits et légumes de saison, afin de les inviter à consommer de bons produits tout en minimisant notre impact sur l’environnement. Cette année, certains cours  s’adaptent ainsi aux fêtes et aux saisons.

Puis nous avons élargi les thématiques sur la lutte contre le gaspillage car les études de la Direction de la Propreté et de l’Eau de la Ville de Paris ont révélé que les parisiennes et les parisiens avaient tendance à jeter de la nourriture dans des proportions importantes.

Cette sensibilisation, à la fois sur la consommation de fruits et légumes de saison et la nécessité de lutter contre le gaspillage, avait plus de chance d’aboutir par la mise en place de cours de cuisine ludiques qui fonctionnent bien et intéressent particulièrement les gens.

Outre les cours de cuisine, il faut savoir que la Ville a aussi souhaité faciliter la mise en place d’expérimentations sur les marchés dans

©Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris

©Jean-Baptiste Gurliat / Mairie de Paris

un esprit global de lutte contre le gaspillage alimentaire. Je pense plus particulièrement au projet porté par l’association « La Tente des Glaneurs » de distribution des denrées alimentaires collectées auprès des commerçants du marché alimentaire de Joinville (19e). Cette association récupère, trie et redistribue en fin de marché aux personnes dans le besoin des produits alimentaires abandonnés par les commerçants sur leur emplacement de vente, qui ne sont pas commercialisables mais consommables.

3. Avez-vous des retombées (positives, négatives) ? Témoignage de Parisien(nes) ?

La Fédération Française des Cuisiniers Amateurs (FFCA) réalise un bilan presse chaque année qui est très positif. Les cours sont complets souvent un mois à l’avance ! J’invite donc tout un chacun à se renseigner sur les dates des cours et à s’inscrire sur le site de la FFCA : http://www.ffcuisineamateur.org/evenements-ffca/participez-a-un-evenement.htm

 

 

Vivre dans la rue à Nice, cuisine et récupération alimentaire

VivreDanslaRue_Biblio_GaspillageAlimentaireVivre dans la rue à Nice, cuisine et récupération alimentaire», coll. récits et fictions Terrain, Amandine Plancade, L’Harmattan éd, 2013.

Amandine Plancade, docteur en anthropologie, a réalisé une enquête ethnographique remarquable sur la récupération alimentaire auprès des habitants d’une cabane installée rue des Ponchettes à Nice. A lire à tout prix, comme un éclairage différent dans le cadre de notre dossier consacré au gaspillage alimentaire.

Extrait : «Ce décalage entre le moment du don et celui de sa consommation marque la volonté d’attendre et de préparer son repas. En effet, si tous les aliments donnés sont acceptés, ils ne sont pas pour autant consommés sur le champ. Le délai entre l’obtention d’un produit et sa consommation porte une signification qui se matérialise dans l’opération de transformation par les habitants du produit en aliment consommable par eux. A la cabane, en dehors de la récupération sur le marché, les habitants ne peuvent guère choisir les denrées qu’ils consommeront. Malgré le peu de possibilités, ils privilégient toujours les plats qui nécessitent une préparation

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : ERoux_GaspillageAlimentaire_Bibliographie

Réduire la fracture alimentaire

 

Guillaume-Bapst.-2-docx1-300x241Guillaume est un entrepreneur social directeur du réseau social des épiceries solidaires (ANDES). Il nous apporte un éclairage précieux sur le rôle de socialisation et de solidarité  de la cuisine.

 

Si ABENA, l’étude commandée en 2004 sur la santé nutritionnelle des populations en situation de précarité alimentaire, faisait état de la sous-consommation de fruits et légumes (seules 1.2 % des personnes fréquentant l’aide alimentaire consomment les fameux 5 fruits et légumes par jour !), il était nécessaire de prendre le problème à bras le corps et d’imaginer des solutions innovantes et impactantes.

La sous-consommation peut revêtir plusieurs facteurs :

  • un coût trop important à l’achat des fruits et légumes
  • un manque de savoir-faire culinaire
  • une perte de l’envie de faire à manger
  • mais aussi et surtout une sous-représentation des fruits et légumes dans les colis de l’aide alimentaire caritative traditionnelle.

En 2007, L’Etat, à travers son administration centrale en charge des politiques sociales, et l’ANDES (Réseau des épiceries solidaires) décident d’engager une étude de faisabilité sur la mise en place d’une action permettant de capter, à la source, des flux de fruits et légumes non commercialisables mais parfaitement consommables.

En 2008, le ministre de l‘Agriculture et la  ministre chargée de la Lutte contre l’exclusion inaugurait Le Potager de Marianne, chantier d’insertion basé au cœur des Marchés d’intérêt national (M.I.N).

Le concept est relativement simple : des personnes éloignées de l’emploi, pilotées par Pôle Emploi, sont en charge de récupérer quotidiennement des fruits et légumes ne pouvant partir dans les circuits habituels de distribution. Ces fruits et légumes ne sont pas calibrés, ils ont des aspects irréguliers, ils sont issus de surnombre, d’erreurs de logistique ou ont besoin d’être triés.

La Cistella de Marianne d'ANDES, Perpignan, 19.11.2010Autant de support à la réinsertion professionnelle, autant de sourcing pour livrer les épiceries solidaires, les Restos du cœur, les Banques alimentaires et l’ensemble des associations œuvrant dans l’aide alimentaire.

Et ça marche ! Eric Birlouez, sociologue de l’alimentation, a mené une étude pendant un an pour en mesurer les effets. La consommation des fruits a été multipliée par 2, celle des légumes par 30 %.

Et plus les structures associatives proposent des dégustations, des repas partagés, des animations culinaires et plus c’est significatif !

Sur le plan de l’emploi, là aussi les indicateurs sont bons. En moyenne, les salariés retrouvent du travail au bout de 9 mois. Et à 70 % alors que la moyenne nationale est de 29 %.

Concilier retour à l’emploi, meilleure alimentation, estime de soi, finalement avoir des leviers sur la santé au sens de l’OMS, voilà une des clés de succès qu’il convient de développer !

Petite entreprise pour lutter contre le gaspillage

La restauration collective et commerciale produirait 900 000 tonnes de déchets alimentaires par an (source Ademe). Ce chiffre impressionnant participe au 105 kg par habitant et par an (en moyenne) de nourriture jetée en Europe (source Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). La solution pour valoriser ces déchets est en général la méthanisation et le compostage. Mais sur le terrain, la réalité est plus complexe. Qui, pour trier, collecter, transporter, valoriser et utiliser cette idée généreuse de mise en valeur des déchets?

Nous avons rencontré les initiateurs d’un projet modeste, mais qui semble efficace, dans le centre de Paris.

C’est l’histoire d’un restaurateur engagé et responsable

IMG_1550Au tout début de l’histoire c’est presque une blague, un hobby. Stéphane Martinez, restaurateur dans le deuxième arrondissement de Paris est conscient de sa production de déchets alimentaires, environ 200g par couvert qui partent à la poubelle (dans son restaurant, le Petit Choiseul qui fait 55/60 couverts par jour, ce sont 6 à 8 tonnes de déchets biodégradables gaspillés). Très simplement, de manière militante, Stéphane récupère ses déchets alimentaires et produit dans sa cave du compost grâce à des lombrics. Il offre ainsi à certains de ses clients un petit paquet de bon compost, fait-maison. Mais tout ça est un peu du bricolage. Compte tenu des nouvelles réglementations entrant en vigueur et obligeant les restaurateurs à trier IMG_1565leurs déchets biodégradables, naît l’idée de se renseigner sur la méthanisation et le compostage destinés aux restaurateurs parisiens. En effet, il s’agit de se préparer à l’application de la Loi issue du Grenelle II de l’Environnement obligeant les restaurants à traiter et trier leurs bio-déchets suivant la quantité produite. Une seule entreprise, la Saria, composte et méthanise ces déchets alimentaires dans la région, mais son système de collecte n’est pas adapté au centre-ville de Paris.

Chez Moulinot !

Stéphane Martinez se décide donc à créer sa propre entreprise sous le nom de Moulinot Compost et Biogaz. Si au départ son idée est militante, voulant redistribuer aux maraîchers et agriculteurs du compost produit à partir des bio-déchets des restaurants, il est indispensable de connaître et de mettre en œuvre les réalités techniques et financières d’une filière très réglementée. Grâce à la rencontre d’un bureau d’étude et surtout de Roger Beaufort, expert en prévention et gestion des déchets, le projet va pouvoir avancer et se mettre en place. Le projet Moulinot va prendre forme dans le cadre d’une expérience pilote avec le Syndicat National des Hôteliers Restaurateurs Cafetiers et Traiteurs – le SYNHORCAT –  sur les 1er, 2ème et 8ème arrondissements de Paris. À terme, cette zone agissant sous forme de tache d’huile, devra impliquer les restaurateurs des arrondissements voisins (voir la vidéo du projet en cliquant ici).

Pour ce syndicat l’objectif est de réunir tous ses adhérents dans cette zone, par-delà leur quantité de déchets produits, mais surtout pour montrer qu’il est possible de faire du compost avec les bio-déchets des restaurants. Cette action passe par un fort militantisme de la part de certains restaurateurs et doit amener le secteur à se poser la question du coût de gestion des déchets : « plus tu tries, moins tes déchets te coûtent ». Car les déchets triés coûtent moins chers que les déchets généraux collectés dans les ordures ménagères qui partent en décharge ou en incinérateur.

La collecte de déchets alimentaires compostables de l’entreprise Moulinot commencera le 1er janvier 2014. Pour l’instant 80 restaurants pilotes présents sur la zone de collecte sont impliqués dans le projet.

Stéphane Martinez et Roger Beaufort ont pu trouver des relais sur le terrain avec des personnes comme Alain Fontaine du Mesturet, maitre restaurateur de France, ou Antoine Westermann du restaurant Drouant.

Les déchets alimentaires n’ont pas bonne presse

Les déchets alimentaires biodégradables permettront de produire du méthane, brûlé sur place comme source de chaleur nécessaire à une turbine fournissant de l’électricité. Le compost et le purin résultants de la méthanisation seront pris en charge par les agriculteurs en Beauce. Malheureusement pour l’instant ces produits riches en azote et propres à enrichir en humus les sols céréaliers de la Beauce ne sont toujours pas considérés comme des engrais mais comme des déchets, souffrant d’une mauvaise image et soumis à une réglementation plus contraignante.

Pour l’entreprise Moulinot, l’avantage est de connaître chez qui les déchets sont collectés, où ils sont transformés et enfin chez qui ils sont épandus. Pour Moulinot, le Synhorcat et surtout pour Stéphane Martinez et Roger Beaufort, le but est de modéliser une mise en valeur reproductible de déchets, jusqu’alors gaspillés, au service des restaurateurs qui seront obligés dans un avenir très proche de prendre en charge le coût de cette gestion et du tri.

Annexe : lire ici l’article de l’Hôtellerie-Restauration sur le projet de valorisation des déchets alimentaires.

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La soupe, une arme anti gaspi ?

SoupeEn prolongement de l’interview de Mireille Dufau, «lutter contre le gaspillage alimentaire c’est apprendre à mieux se nourrir», nous revenons sur la question de la soupe. Les fanes d’une botte de radis ou de navets plutôt que d’être jetées peuvent être la base d’une soupe. Car la soupe est une méthode, un moyen, un réceptacle, mais en aucun cas une simple recette.

Velouté, potage, bouillon et soupe sont faits du même pot, une cuisson dans un liquide. A partir de là tout peut être imaginé : suivant sa culture, son envie, la saison, et l’endroit où l’on se trouve. Pour réaliser une bonne soupe tout ce qui est à votre disposition sur un marché peut entrer dans sa composition. Le terme générique de soupe de légumes est évocateur de cette liberté. Il suffit d’associer dans la casserole les produits à disposition, de les peler et de les couper en morceaux réguliers pour les faire cuire. Tout peut entrer en cuisson : viande ou pas, avec ou sans matières grasses, légumes, épices, fromages, laitages, verdures. Et sous toutes les formes : mixer, morceaux, mirepoix, blender, brunoise, translucide, liée, avec des choses qui flottent.

La soupe à toutes les sauces !

La soupe peut être réalisée pour elle-même ou être l’aboutissement d’une recette précédente et fournir le début ou le principal d’un repas. En effet la soupe peut être faite pour elle-même ou découler d’un pot-au-feu, d’une poule au pot ou de toutes préparations cuites à l’eau. Le bouillon réchauffé pourra accueillir la viande détaillée, ses légumes d’accompagnement, et de nouveaux ingrédients comme des pâtes, des épinards, des fanes, de la roquette.   Elle peut aussi débuter par un braisage et accueillir du grillé. Qu’est-ce qui vous empêche de faire cuire dans un peu d’huile d’olive les légumes choisis avant d’ajouter le liquide de cuisson, ou d’ajouter à la surface des assiettes à soupe, de petits morceaux de lard, de viande, de poisson et de crevette que vous aurez poêlés ? Même pour mouiller la soupe vous pouvez varier : de l’eau tout simplement, pourquoi pas utiliser un reste de lait qui ne trouve pas de place avant qu’il ne tourne, le bouillon bien sûr, sans oublier la lampée de vin rouge au moment de la dégustation.

Un plat universel

Nous pourrions croire que la soupe est la cuisine permettant en une cuillerée de goûter à une représentation du monde. Froide ou chaude, cuite ou crue, elle est toute à la fois le lien social et la culture. Elle est certainement le seul plat que l’on ne jette jamais. Un fond de soupe trouvera toujours preneur. La soupe est accueillante, prête à tout cuisiner, même ce qui n’aurait pu servir à un autre plat.

Car la soupe est un remède. Un moyen de lutter contre la monotonie de notre alimentation  et de ne pas succomber au gaspillage. Une poignée de légumes oubliés au fond du réfrigérateur, une fois pelés et détaillés ne pourront bien souvent qu’agrémenter une soupe.

La soupe n’a rien de compliqué, elle est juste accueillante et ouverte à tous les vents et toutes les influences.

« Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands »

L’Association Nationale des Épiceries Solidaires a coédité, il y a quelques années, le Manuel de cuisine populaire, dont le premier chapitre donner les clefs pour comprendre l’univers des soupes. En voici l’introduction :

«Ah, la Soupe!

Ce devrait être un cri : « à la soupe ! ». Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands. Elle permet d’introduire dans son alimentation une jolie petite collection de ces satanés légumes tant conseillés. La soupe c’est aussi un plat pratique. En en préparant une grande quantité, vous avez un plat juste à réchauffer pour plusieurs jours. Prend-elle du temps? Des légumes à éplucher, à laver, à couper en morceaux et à faire cuire dans de l’eau à petits bouillons pendant une grosse demi-heure. Allez, au total une heure de préparation. Vous vous y mettez à 18H30, à 19H30 vous passez à table. Et c’est tellement simple. Mais surtout la soupe est variée. Propre à suivre les saisons et tous les légumes de la création, elle peut  aussi accueillir des éléments solides pour lui donner le relief nécessaire à notre plaisir. Enfin, la soupe chaude réconforte le corps et l’esprit de septembre à avril et les soupes froides rafraîchissent le creux des reins et la pensée en été.

« Trempé comme une soupe » dit-on lorsque l’on s’est fait mouiller par la pluie? Le mot soupe, d’origine germanique, désignait au Moyen Age une tranche de pain que l’on mouillait de bouillon» (découvrez en vidéo les origines de cette expression de table).

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Lutter contre le gaspillage c’est apprendre à mieux se nourrir

MireilleDufauANDES

 

Mireille Dufau est conseillère en économie sociale et familiale. Spécialiste de l’action socio-éducative, elle travaille aujourd’hui comme animatrice réseau pour l’Association Nationale des Épiceries Solidaires (ANDES).

Premier volet de notre dossier consacré à la lutte contre le gaspillage, nous avons demandé à Mireille de nous parler de ses actions pour limiter le gaspillage alimentaire.

OCPop : où se situe pratiquement le gaspillage ? 

Mireille Dufau : Le gaspillage alimentaire dans un foyer est avant tout dû à une mauvaise gestion des approvisionnements et de l’utilisation des denrées alimentaires. Ceci est parfois induit par des propositions sur les lieux de ventes, où ce qui semble être un moyen d’économie devient une source de gaspillage. Les gros packagings de produits périssables par exemple, une famille croyant faire de bonnes affaires, au final va devoir jeter. Deux raisons à cela : les dates limite de consommation trop courtes ne permettent pas de tout manger rapidement, ou plus simplement la lassitude de toujours manger la même chose entraîne du gaspillage. Finalement ce qui avait été acheté à bon prix est jeté.

Acheter toujours la même chose peut aussi entraîner du gaspillage. Le raisonnement est simple «je sais que ça ils aiment et je pense que tout le monde va le manger». Pourtant mettre de côté la variété alimentaire engendre aussi une lassitude, source de gaspillage. Ce sont bien sûr certains types de produits qui sont mis de côté. Poissons, fruits et légumes sont délaissés, lentilles, pois chiches et tous les légumes secs ne sont pas utilisés. Mais il existe peut-être une raison toute simple à cela. Tous ces aliments, source de diversité alimentaire, nombre de foyers ne savent plus, ne veulent plus les cuisiner. Les légumes secs,  à la valeur énergétique et certainement gustative élevée, semblent plus compliqués à cuisiner. De manière générale les légumes demandent une certaine connaissance technique pour être préparés. En fait le constat, c’est que la transmission culinaire s’est perdue entraînant une ignorance des techniques. Et ça c’est un problème bien plus global. Une certaine forme de la société de consommation a privilégié les parties nobles, faciles à cuisiner, ou les produits rapidement mis en œuvre en cuisine, laissant de côté tout un ensemble de cuisine domestique et populaire qui consistait à mettre en valeur la totalité des produits tout au long des saisons.

OCPop : que voulez-vous dire ? Les gens ne savent plus cuisiner ?

M.D. : Ce n’est pas tout à fait ça. Ce que je veux dire c’est plutôt que les personnes qui cuisinent à la maison ne savent plus valoriser les produits dans leur intégralité. On ne cuisine que ce qui va vite et toutes les techniques «en escalier» où à partir d’un produit brut il est possible de réaliser plusieurs préparations économiques, sont oubliées. C’est l’exemple de la botte de radis. Les radis sont consommés avec du pain et du beurre et les fanes sont jetées. Pourtant, logiquement, ces fanes avec une ou deux pommes de terre peuvent être à la base d’une soupe. De la même manière, les poulets qui ne sont presque plus proposés qu’en version prêt-à-cuire (PAC), ont réduit le champ des possibles des préparations culinaires, laissant de côté ce qui pouvait être préparé avec le gésier et le foie, le bouillon fait avec le cou voire la carcasse après cuisson ou encore les préparations avec les morceaux de viande que l’on récupère après avoir enlevé les blancs, les cuisses et les hauts de cuisse.

OCPop : pour éviter le gaspillage, ne faut-il pas simplement prévoir son alimentation, sa cuisine?

M.D. : Souvent l’utilité de la liste a été oubliée. Pour gérer son budget et sa manière de se nourrir, il faut pouvoir prévoir, plutôt que de fonctionner par envie sur le lieu d’achat. Il faut essayer de gérer ses besoins et privilégier le réfléchi sur l’impulsif. Même si la publicité me dit que ce produit est bien, si je n’en ai pas besoin, je n’ai pas la nécessité de l’acheter. Sinon, cet achat impulsif a toutes les chances de finir dans mon placard ou mon réfrigérateur, sans que je ne l’utilise, et être jeté. J’achète tel produit pour ressembler aux autres (parce que les autres doivent eux aussi l’acheter) et non pour répondre à mes besoins.

Optimiser les rangements au réfrigérateur et dans ses placards est aussi un moyen d’éviter le gaspillage : savoir faire passer devant les achats plus anciens, et derrière ceux plus récents. Organiser le roulement de ses rangements est un moyen efficace de lutter contre le gaspillage.

OCPop : et pour la pratique de la cuisine, existe-t-il des solutions? 

M.D. : Il faut avant tout communiquer sans jamais stigmatiser. Tout faire pour renouer le fil de la transmission. Les ateliers de cuisine sont pour cela très efficaces, mais pas pour l’exceptionnel, il faut cuisiner pour le quotidien. De plus, tout le monde est concerné, tout niveau de revenus, c’est la base d’une économie quotidienne et domestique s’adressant aux familles, aux étudiants, aux personnes seules et aux familles monoparentales.

Il faut favoriser les espaces de transmission entre ceux qui savent et ce qui désirent savoir.

C’est toute la chaîne de production, de distribution et de consommation qu’il faut sensibiliser. Même si le choix des variétés et des qualités est étendu, c’est l’absence de choix de niveaux d’utilisation qui entraîne le gaspillage. Mettre de nouveau à disposition les techniques d’une cuisine de restes valorisant les produits dans leur intégralité tout en sachant exploiter ce qui peut rester à la fin d’un repas. Surtout que la plupart des personnes l’entendent et savent que c’est possible, mais ne savent pas forcément le faire, souvent parce qu’ils n’osent pas. Mais ce n’est pas mal de ne pas savoir faire, il faut valoriser les passages à l’acte culinaire.

  1. Les conseillères en économie sociale et familiale sont issues des anciennes maîtresses de maisons des institutions et reçoivent une formation d’économat domestique. C’est une profession qui a été rapprochée des travailleurs sociaux, éducateurs et assistantes sociales. Leur métier consiste à aider les familles qui ont de faibles budgets et à gérer leurs économies, en particulier leur budget alimentation.

A la suite de cet entretien lire «La soupe, une arme anti-gaspi?»

Contenus libres de droit. PDF à télécharger: MDufau_LutterVsGaspillage