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Comment manger des fruits et légumes sans se ruiner ?

pexels-photo-375896 (1) » C’est bien joli de nous dire qu’il faut manger des fruits et des légumes à tous les repas mais c’est cher, ils ne se conservent pas, les enfants et mon mari ne les aiment pas. En plus il faut du temps pour les cuisiner et au final, j’en jette la moitié à la poubelle… » Pas facile de motiver les personnes réticentes à manger des légumes. Leur vécu, leur ressentis, voire leur aversion les empêchent de modifier leur comportement.

Le marché : un lieu privilégié

Certains de leurs arguments sont fondés : Oui les fruits et légumes peuvent paraître chers. Mais ils ne sont pas chers partout.

Les marchés sont le lieu idéal pour acheter des fruits et légumes frais, de saison, cultivés localement. Les fins de marchés sont propices aux bonnes affaires quand on entretient de bonnes relations avec le maraîcher. Le panier reste le meilleur outil d’économie : « je n’achète que ce que je peux porter ».

Quand on privilégie les produits de saison, que l’on se déplace chez des producteurs, le prix au kilo baisse de manière très avantageuse pour le consommateur. Les producteurs mettent en vente également à moindre coût les « gueules cassées ou abîmées » de leur production qui n’en sont pas moins mangeables.

 Les conserves : praticité et bas coût

Aller chez un producteur et acheter en grande quantité peut permettre également de faire des conserves. Il n’y a pas que nos mamies qui en font… Même dans un appartement grâce à un autocuiseur, il est possible de faire des bocaux. Avec 5 kg de fraises, il est facile de faire une belle tarte, des confitures, du sirop… il existe différentes façons de conserver les fruits et les légumes. Pour les « chercheurs de temps et de facilité », il est facile de trouver des fruits et légumes déjà préparés en conserves. Là, tout un panel existe dans les rayons des supermarchés, c’est la préparation la plus rapide. Une grande diversité de légumes et de fruits existe et permet là encore de diversifier ses préparations. Le prix au kilo reste très abordable pour l’ensemble des produits.

Profiter de ce que la nature nous offre

Une autre possibilité afin de consommer des fruits et des légumes moins chers, c’est de les cultiver. Un petit carré de jardin peut produire beaucoup. Bien sur tout le monde n’a pas de jardins, mais il est possible de louer un terrain dans le cadre des « jardins solidaires » ou des « jardins partagés ». En appartement, il est également agréable de planter dans des jardinières des tomates, des salades, des fines herbes… et d’avoir un citronnier en pot par exemple. Pour ceux qui vivent près de la nature, le glanage est aussi une manière de se procurer des fruits et légumes à moindre coût. La nature offre à la personne qui sait être attentive beaucoup de produits : champignons, châtaignes, mûres, fleurs… mais une règle d’or existe…Ne cueillir que ce que l’on peut consommer. Ici pas de concours du plus gros panier…

Les surgelés : la meilleure façon d’éviter le gaspillage

Oui, les produits frais sont fragiles, ils s’abîment plus facilement, mais on peut consommer des fruits et légumes autrement. En effet, on en trouve sous forme surgelés… qui sont portionnables et utilisables selon son bon vouloir. De ce fait, il n’y a pas ou moins de gaspillage. De plus, sous cette forme, les fruits et légumes sont nettement moins chers car le prix au kilo correspond plus à la réelle quantité de produits achetés : on trouve 1kg de têtes de chou-fleur dans un sachet. On peut de plus, les utiliser de multiples manières : soupes, purée, en accompagnement, gratins… Bien sûr il est préférable d’acheter des produits simples plutôt que des mélanges déjà préparés car cela permet ensuite de les utiliser comme bon nous semble et de maîtriser les quantités souhaitées. En achetant 1 kilo d’oignons coupés, vous pouvez au choix faire une flammenkuche, une soupe à l’oignon, ou prendre juste la quantité suffisante pour apprêter un plat. Un autre élément pour maitriser son budget est de préférer les produits à l’unité plutôt que les lots. En effet, ces derniers semblent de prime abord moins onéreux mais bien souvent ils génèrent du gaspillage. Et c’est ce coût-là qui est très important.

 

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Mignonne, allons voir si la rose… se mange

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Les fleurs ont toujours été utilisées dans la cuisine. Elles permettent de décorer les plats, bien sûr quand elles sont fraîches, odorantes et fermes. L’utilisation dans les préparations culinaires de ces fleurs est moins connue. Gelée, infusion, macérât sont multiples.

Les plus communes sont bien sûr la rose ou la capucine. Mais il existe des fleurs plus discrètes comme le lilas, la pâquerette, la fleur de pissenlit, de jacinthe, le trèfle…

 

Loin d’être une pratique intimiste, les échanges sur la toile montrent un développement de l’utilisation des fleurs dans la cuisine et la transmission d’un savoir faire.

De plus en plus de fleurs sont utilisées comme le lilas, la fleur de sureau ou le trèfle pour faire des gelés.

Mais toutes les fleurs sont-elles bonnes à manger? Faut-il avoir des connaissances botaniques pour utiliser au mieux toutes ces fleurs? Demandent-elles une technique particulière de préparation de cuisson?

Manger des fleurs reste encore un acte alimentaire particulier, il demande une forme d’initiation à la dégustation afin de goûter la fleur comme on peut le faire pour un vin ou un chocolat. Ce sont des saveurs à découvrir, à acquérir, à apprendre à savourer, à mélanger.

Au delà des saveurs, l’acte de manger des fleurs demande de changer de point de vue, de paradigme. Revenir à des usages un peu oubliés, maîtrisés par une poignée de personnes qui se transmettent ce savoir faire ou de grands cuisiniers qui les mettent à l’honneur. Manger des fleurs demande également d’être en contact direct avec ces fleurs car elles ne sont pas « vendues ». Elles doivent être cueillies et presque cuisinées sur place. Cela demande donc de s’adapter aux rythmes des saisons, des floraisons.

La cuisine des fleurs est « hors temps », elle est intimement liée à la floraison de ces dernières, fugace, dépendante du climat, incertaine en quantité et en qualité. Cuisiner avec des fleurs c’est « être avec son temps » dans tous les sens du terme. L’instant présent de la fleur bien sûr, du cuisinier, et de la personne qui va la déguster en se dégageant de ses idées préconçues pour se recentrer sur son acte de manger.

Remettre du sens à son alimentation est une évidence :

« Puisqu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir ! »

 

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Il court, il court…

 

Latempsmd vie de milliers de personnes s’accélère. Les sollicitations se font de plus en plus pressantes, de plus en plus nombreuses. L’alimentation quotidienne n’échappe pas à ce principe. Les repas doivent se faire plus rapidement. Ils doivent être pris le plus vite possible afin de rentabiliser les temps disponibles.

 

 

À part pour une certaine catégorie de personnes, faire ses courses ne se fait plus en totalité sur les marchés ou aux supermarchés mais de plus en plus sur des sites en ligne des grandes enseignes ou des sites de ventes coopératifs, alternatifs. Ainsi, les achats de produits frais, de surgelés, de produits secs sont choisis en moins d’une heure sans bouger de son canapé, entre deux rendez-vous, à n’importe quelle heure. Toutes les contraintes sont effacées.

Malgré le développement d’une nouvelle consommation plus attentive à l’origine des aliments, cette dernière ne parvient pas à se hisser à la hauteur de cet arsenal de moyens destinés à consommer plus vite. Les grandes surfaces se sont engouffrées dans ce nouvel eldorado consumériste, suivies de près par les sites de ventes alternatifs. Toutes ces enseignes nous promettent des produits de meilleures qualités car non palpées par des milliers de mains… du producteur au consommateur, sans intermédiaires…. en un clic vous êtes livrés, éco-responsable car local.

Cet accès en ligne tend à modifier l’acte même de se nourrir. Le choix des aliments se fait sur image, au mieux sur photos. Ici, le packaging, le marketing et la publicité voient une nouvelle zone commerciale à conquérir. Le visuel de l’aliment est primordial. Le choix ne se fait pas sur la réalité même de l’aliment, sa qualité, sa taille, sa fraîcheur, son origine mais sur l’idée que l’on peut se faire de cet aliment, sur la mémoire que l’on s’est construit à partir des images reçues sur les prospectus, sur les écrans. La tomate est présentée rouge vif, brillante, charnue… elle est présente quelque soit la saison. La salade sous vide aura le même goût quoi qu’il arrive. On ne regarde pas l’étiquette pour connaître la composition d’un aliment ou pour chasser les additifs. On ne soupèse pas le produit pour évaluer sa densité, sa qualité, on fait confiance à l’image. Impossible de sentir le melon, la pêche pour appréhender sa maturité. L’œil devient le seul sens évaluateur de la qualité de l’aliment. Les chartes de couleurs, les codes visuels sont ici primordiaux, ils doivent remplir leur effet à grande vitesse. La qualité des aliments sera vérifiée au mieux au moment de la réception des aliments sur site, au plus tard au domicile ou voire même au moment de la préparation du repas.

Aujourd’hui, le plus important est que la contrainte temps des achats pour se nourrir tous les jours soit la moins longue possible. Certains sites de ventes en ligne proposent des rencontres avec les producteurs afin de favoriser le rapprochement avec les consommateurs au moment de la réception des aliments. La confiance dans la qualité de l’aliment est ainsi plus importante car les consommateurs voient les aliments en direct et peuvent construire leur imaginaire à partir d’un vécu. Mais ici, le temps est un peu plus ralenti que dans un « drive » de supermarché.

Flâner sur un marché deviendrait presque un luxe que l’on ne s’accorde que pour certains évènements ou périodes, malgré les envies de retour à une consommation plus responsable…

 

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Une soirée ordinaire dans une famille mono parentale

 

MireilleDufauANDESMireille Dufau est conseillère en économie sociale et familiale. Spécialiste de l’action socio-éducative, elle travaille aujourd’hui comme animatrice réseau pour l’Association Nationale des Epiceries Solidaires (ANDES). Ses chroniques sont le miroir de son travail sur le terrain auprès de familles en situation de précarité.

 

 

19H30, à peine entrée sur le pas de la porte après une journée de travail éreintante, un bisou sur chaque joue et … «On mange quoi ce soir ?» crient d’un seul homme vos 3 amours. Question lancinante qui revient tous les soirs.

Pfff… le cerveau n’est plus en mesure d’effectuer un quelconque effort… Le vide sidéral… Le réfrigérateur ne vous soutient guère dans vos recherches, vos placards vides ne vous inspirent aucune idée.

Heureusement, internet a été inventé ! Google «on mange quoi ce soir ?»… 10 000 réponses !!

Currywurst ? Trop compliqué.

Lasagnes saumon épinards ? Les épinards et Jules, ce sont des cris et des pleurs à tous les coups !  Pas ce soir !

Une raclette ? Je n’ai pas de fromage.

Des Carbonaras ? On a déjà mangé des pâtes hier soir…

Champignons à l’ail ? Oups, demain j’ai rendez-vous avec le boss

Gratin de rutabagas ? C’est quoi ça ?

… une demi-heure après… « Maman, j’ai faim !!! On mange quand ?… Maman j’ai faim, on mange quoi ? Maman j’ai FAAIIMM… »

« Euh une pizza, ça vous va ? »

« Oh, t’es la meilleure des mamans ! »

Le repas se passe, les dents sont lavées et tous les enfants sombrent dans le sommeil.

Avachie sur le canapé, la culpabilité à fleur de peau, des résolutions sont prises : « Dès demain, je fais des courses au magasin bio, je planifie mes menus et je cuisine! Les autres mères y arrivent bien, elles. Il n’y a pas de raison, je le fais ! »

Le lendemain, au pas de course les courses sont faites à l’hypermarché, la supérette BIO était fermée…  Les sacs regorgent de fruits, de légumes, de viandes, de promos.

Avec ça plus d’excuse. Enfin les repas seront équilibrés !

« Ce soir mes chéris, soupe de fanes de carottes et purée de petits légumes. »

« MUMMM… Ouais….BOF….. »

Après la séance d’épluchage, de tranchage et de cuisson, en essayant de faire comme « Top Chef » les plats sont prêts. La présentation est soignée et la table est mise avec soin.

« A TABLE !!! »

« Ouaa, c’est beau ! »

Chacun se sert plus ou moins et là …. Silence.

« Euh, maman, il ne reste pas un fond de pâtes ? j’aime pas ! »

La table se dessert, et les trois quarts des préparations sont jetés à la poubelle.

Aucun succès, effort nul !

Désespoir…

 

Le soir suivant, pâtes, jambon, fromage râpé, fruits. Une valeur sûre.

Le lendemain, surgelés, pas le temps…

La fin de semaine approche et les bonnes résolutions se font oublier.

Le temps passe, les habitudes et la course folle ont repris de plus belle.

Il faut descendre les poubelles !

Avant de les fermer il faut vider ce qu’il y a dans le réfrigérateur… Des radis tous mous, des courgettes moisies, la salade flétrie, le paquet de yogourt qui n’a pas été entamé, la viande hachée qui devait servir à faire des lasagnes…

BEURK c’est nul de jeter tout ça !!!

La culpabilité gagne toute la famille.

Un grand débat s’en suit sur la nécessité de ne pas gaspiller où tout le monde s’accorde.

Oui, mais comment faire ?

La soupe, une arme anti gaspi ?

SoupeEn prolongement de l’interview de Mireille Dufau, «lutter contre le gaspillage alimentaire c’est apprendre à mieux se nourrir», nous revenons sur la question de la soupe. Les fanes d’une botte de radis ou de navets plutôt que d’être jetées peuvent être la base d’une soupe. Car la soupe est une méthode, un moyen, un réceptacle, mais en aucun cas une simple recette.

Velouté, potage, bouillon et soupe sont faits du même pot, une cuisson dans un liquide. A partir de là tout peut être imaginé : suivant sa culture, son envie, la saison, et l’endroit où l’on se trouve. Pour réaliser une bonne soupe tout ce qui est à votre disposition sur un marché peut entrer dans sa composition. Le terme générique de soupe de légumes est évocateur de cette liberté. Il suffit d’associer dans la casserole les produits à disposition, de les peler et de les couper en morceaux réguliers pour les faire cuire. Tout peut entrer en cuisson : viande ou pas, avec ou sans matières grasses, légumes, épices, fromages, laitages, verdures. Et sous toutes les formes : mixer, morceaux, mirepoix, blender, brunoise, translucide, liée, avec des choses qui flottent.

La soupe à toutes les sauces !

La soupe peut être réalisée pour elle-même ou être l’aboutissement d’une recette précédente et fournir le début ou le principal d’un repas. En effet la soupe peut être faite pour elle-même ou découler d’un pot-au-feu, d’une poule au pot ou de toutes préparations cuites à l’eau. Le bouillon réchauffé pourra accueillir la viande détaillée, ses légumes d’accompagnement, et de nouveaux ingrédients comme des pâtes, des épinards, des fanes, de la roquette.   Elle peut aussi débuter par un braisage et accueillir du grillé. Qu’est-ce qui vous empêche de faire cuire dans un peu d’huile d’olive les légumes choisis avant d’ajouter le liquide de cuisson, ou d’ajouter à la surface des assiettes à soupe, de petits morceaux de lard, de viande, de poisson et de crevette que vous aurez poêlés ? Même pour mouiller la soupe vous pouvez varier : de l’eau tout simplement, pourquoi pas utiliser un reste de lait qui ne trouve pas de place avant qu’il ne tourne, le bouillon bien sûr, sans oublier la lampée de vin rouge au moment de la dégustation.

Un plat universel

Nous pourrions croire que la soupe est la cuisine permettant en une cuillerée de goûter à une représentation du monde. Froide ou chaude, cuite ou crue, elle est toute à la fois le lien social et la culture. Elle est certainement le seul plat que l’on ne jette jamais. Un fond de soupe trouvera toujours preneur. La soupe est accueillante, prête à tout cuisiner, même ce qui n’aurait pu servir à un autre plat.

Car la soupe est un remède. Un moyen de lutter contre la monotonie de notre alimentation  et de ne pas succomber au gaspillage. Une poignée de légumes oubliés au fond du réfrigérateur, une fois pelés et détaillés ne pourront bien souvent qu’agrémenter une soupe.

La soupe n’a rien de compliqué, elle est juste accueillante et ouverte à tous les vents et toutes les influences.

« Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands »

L’Association Nationale des Épiceries Solidaires a coédité, il y a quelques années, le Manuel de cuisine populaire, dont le premier chapitre donner les clefs pour comprendre l’univers des soupes. En voici l’introduction :

«Ah, la Soupe!

Ce devrait être un cri : « à la soupe ! ». Elle réchauffe le corps, nourrit l’esprit, et laisse des moustaches aux gourmands. Elle permet d’introduire dans son alimentation une jolie petite collection de ces satanés légumes tant conseillés. La soupe c’est aussi un plat pratique. En en préparant une grande quantité, vous avez un plat juste à réchauffer pour plusieurs jours. Prend-elle du temps? Des légumes à éplucher, à laver, à couper en morceaux et à faire cuire dans de l’eau à petits bouillons pendant une grosse demi-heure. Allez, au total une heure de préparation. Vous vous y mettez à 18H30, à 19H30 vous passez à table. Et c’est tellement simple. Mais surtout la soupe est variée. Propre à suivre les saisons et tous les légumes de la création, elle peut  aussi accueillir des éléments solides pour lui donner le relief nécessaire à notre plaisir. Enfin, la soupe chaude réconforte le corps et l’esprit de septembre à avril et les soupes froides rafraîchissent le creux des reins et la pensée en été.

« Trempé comme une soupe » dit-on lorsque l’on s’est fait mouiller par la pluie? Le mot soupe, d’origine germanique, désignait au Moyen Age une tranche de pain que l’on mouillait de bouillon» (découvrez en vidéo les origines de cette expression de table).

Contenus libres de droit. PDF à télécharger : ERoux_LaSoupeArmeAntiGaspi

Une épicerie solidaire

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Mireille Dufau est conseillère en économie sociale et familiale. Spécialiste de l’action socio-éducative, elle travaille aujourd’hui comme animatrice réseau pour l’Association Nationale des Épiceries Solidaires (ANDES). Ses chroniques sont le miroir de son travail sur le terrain auprès de familles en situation de précarité.

Une jeune mère entre dans ce qui semble être une supérette, tête baissée, un peu lasse. L’atmosphère n’est pas la même que dans une supérette classique et pourtant on peut y faire ses achats, on trouve de tout. Les rayonnages de denrées sont plus ou moins mis en valeur mais ne répondent pas aux critères marketing des chaines classiques. Les prix sont affichés, ils sont bas mais correspondent à une valeur.

À la caisse chacun paie avec une certaine satisfaction. Les caissières et les vendeurs vous accueillent,  vous proposent un petit café, entament une conversation chaleureuse. Ce lieu qui semble être commun,  est en fait une épicerie solidaire où les personnes qui ont des difficultés financières peuvent venir pour une période donnée.

La société de consommation semble faire une pause dans cet endroit, et pourtant on la retrouve à travers certaines marques de produits. Le dépaysement n’est pas total.

Cette jeune mère, refuse le café qui lui est proposé et va de suite faire ses courses. Elle n’a pas très envie qu’on la voit. Mais reste le problème majeur : elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut  cuisiner pour le repas du soir. Aucune envie, juste que cela se passe rapidement.

–       Une dame s’approche : « Vous avez besoin d’aide, je peux vous conseiller ? »

–       « Ben, je ne sais pas quoi choisir pour ce soir, vous savez avec les enfants… ils sont difficiles. »

–       « Ici, on ne vous donne pas une recette clé en main. Vos enfants aiment les pommes ? Regardez, le producteur du coin a donné à l’épicerie une partie de sa production, vous pouvez en achetant une pâte et faire une tarte aux pommes. Ou en les coupant en petits morceaux et en les faisant cuire à la casserole, une compote. »

–       « Tenez, si vous avez le temps, ajoutez un peu de beurre et de la cannelle, vous allez voir c’est différent » dit cette dame en partageant ses petits secrets.

–       « Ah tiens vous  rajoutez de la cannelle ? Moi je mets un coing ça lui donne un petit goût » dit en passant une dame qui fait également ses achats. «Je vois que vous en avez, je vais en prendre »

–       « Mais vous pouvez les faire cuire aussi  au micro-ondes. Bon c’est pas le mieux, mais cela va vite avec des enfants. Ou bien, vous pouvez en  râper une et l’ajouter à votre salade. Tenez, regardez comme elles sont belles… Vous savez, elles sont tellement bonnes qu’avec juste un camembert  c’est délicieux ! En l’espace de 5 minutes vous trouvez mille et une façon de manger les pommes … Et tout est à l’avenant ! »

En passant à la caisse, cette jeune femme regarde timidement la caissière qui lui tend son ticket, en lui rendant sa monnaie. Rien ne change mais tout est différent.

Elle sort la tête plus droite.