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Une épicerie solidaire

MireilleDufauANDES

 

Mireille Dufau est conseillère en économie sociale et familiale. Spécialiste de l’action socio-éducative, elle travaille aujourd’hui comme animatrice réseau pour l’Association Nationale des Épiceries Solidaires (ANDES). Ses chroniques sont le miroir de son travail sur le terrain auprès de familles en situation de précarité.

Une jeune mère entre dans ce qui semble être une supérette, tête baissée, un peu lasse. L’atmosphère n’est pas la même que dans une supérette classique et pourtant on peut y faire ses achats, on trouve de tout. Les rayonnages de denrées sont plus ou moins mis en valeur mais ne répondent pas aux critères marketing des chaines classiques. Les prix sont affichés, ils sont bas mais correspondent à une valeur.

À la caisse chacun paie avec une certaine satisfaction. Les caissières et les vendeurs vous accueillent,  vous proposent un petit café, entament une conversation chaleureuse. Ce lieu qui semble être commun,  est en fait une épicerie solidaire où les personnes qui ont des difficultés financières peuvent venir pour une période donnée.

La société de consommation semble faire une pause dans cet endroit, et pourtant on la retrouve à travers certaines marques de produits. Le dépaysement n’est pas total.

Cette jeune mère, refuse le café qui lui est proposé et va de suite faire ses courses. Elle n’a pas très envie qu’on la voit. Mais reste le problème majeur : elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut  cuisiner pour le repas du soir. Aucune envie, juste que cela se passe rapidement.

–       Une dame s’approche : « Vous avez besoin d’aide, je peux vous conseiller ? »

–       « Ben, je ne sais pas quoi choisir pour ce soir, vous savez avec les enfants… ils sont difficiles. »

–       « Ici, on ne vous donne pas une recette clé en main. Vos enfants aiment les pommes ? Regardez, le producteur du coin a donné à l’épicerie une partie de sa production, vous pouvez en achetant une pâte et faire une tarte aux pommes. Ou en les coupant en petits morceaux et en les faisant cuire à la casserole, une compote. »

–       « Tenez, si vous avez le temps, ajoutez un peu de beurre et de la cannelle, vous allez voir c’est différent » dit cette dame en partageant ses petits secrets.

–       « Ah tiens vous  rajoutez de la cannelle ? Moi je mets un coing ça lui donne un petit goût » dit en passant une dame qui fait également ses achats. «Je vois que vous en avez, je vais en prendre »

–       « Mais vous pouvez les faire cuire aussi  au micro-ondes. Bon c’est pas le mieux, mais cela va vite avec des enfants. Ou bien, vous pouvez en  râper une et l’ajouter à votre salade. Tenez, regardez comme elles sont belles… Vous savez, elles sont tellement bonnes qu’avec juste un camembert  c’est délicieux ! En l’espace de 5 minutes vous trouvez mille et une façon de manger les pommes … Et tout est à l’avenant ! »

En passant à la caisse, cette jeune femme regarde timidement la caissière qui lui tend son ticket, en lui rendant sa monnaie. Rien ne change mais tout est différent.

Elle sort la tête plus droite.

Précarité alimentaire et santé nutritionnelle

 

Par Guillaume Bapst. Mieux connaître Guillaume

 

 

 

Une double peine : être pauvre et être exposé, plus que d’autres, aux troubles de la santé.

Les personnes qui ont recours à l’aide alimentaire connaissent des contraintes dans leurs conditions de vie qui ont un impact, entre autre sur leur santé nutritionnelle. Ces contraintes naissent de leur statut mais aussi de leurs fortes dépendances à un système associatif caritatif d’aide alimentaire.

En 2004, la première étude en Europe sur l’état de santé nutritionnelle des populations ayant recours à l’aide alimentaire est menée. Dénommée ABENA, elle est publiée par l’INVS (Institut National de Veille Sanitaire) en 2005.

Menée à grande échelle sur plusieurs points du territoire et sur différentes formes d’aide alimentaire (colis, repas, épiceries solidaires), elle met en exergue un déficit de consommation de différentes familles de produits.

Les fruits et légumes, le poisson et les produits laitiers sont les parents pauvres et sous représentés dans la consommation de ces populations précaires. En effet, l’étude ABENA a pu démontrer que :

  • Seuls 1,2 % de ces personnes s’inscrivaient dans les repères de consommation du P.N.N.S. (Programme National Nutrition Santé), la consommation de 5 fruits et légumes par jour.
  • Seuls 9,2 % s’inscrivaient dans les mêmes repères de consommation des produits laitiers.
  • Enfin seuls 27,3 % de ces personnes consommaient du poisson et s’inscrivaient dans les repères du P.N.N.S.

Cet état alarmant met en lumière de manière criante le manque de diversité dans l’alimentation des plus précaires mais plus encore interroge sur les risques et maladies (obésité, maladies cardio-vasculaires, cholestérol et autres troubles de la santé) que nous leur faisons courir.

Pour autant, tout est-il lié à un coût excessif des denrées alimentaires et des manques de savoir-faire culinaire?  Bien évidemment que non,  cela serait trop simple !

J’en fais une autre lecture qui vient s’additionner.

L’aide alimentaire en France est basée sur la récupération et le don. Il est plus facile et moins coûteux de récupérer des boites de conserves, des sodas, des mets déjà préparés et sous vide plutôt que des produits frais et non travaillés.

Car tous ces produits manquant dans l’aide alimentaire sont tributaires d’une logistique complexe, nécessitant rapidité et d’une logistique du dernier kilomètre. Hors tout ces paramètres alourdissent le coût logistique.

Ne faut-il pas se poser la question autrement : Le défi n’est-il pas de passer d’une logique de remplir « des ventres » à apporter à « ces mêmes ventres » plaisir, qualité et diversité alimentaire, pour lutter efficacement contre ce fléau de nos sociétés modernes, la précarité alimentaire ?